Kinopoivre, les films critiqués par Jean-Pierre Marquet

Année 2012

Pour cette année, le dernier film de Spielberg, Cheval de guerre, une reprise d’un classique britannique de 1943, Colonel Blimp, un remarquable film belge, À perdre la raison, et la sortie, avec presque... soixante ans de retard, du premier film de Stanley Kubrick, Fear and desire. Plus un Entracte 22 sur le népotisme favorisant les acteurs, et un Entracte 23, écho d’une critique sévère pour le même Kubrick.

Cheval de guerre

Réalisateur : Steven Spielberg

Titre original : War horse

Scénario : Lee Hall et Richard Curtis, d’après un roman de Michael Morpurgo

Interprètes : Jeremy Irvine (Albert Narracott), Peter Mullan (Ted Narracott), Emily Watson (Rose Narracott), Niels Arestrup (le grand-père), David Thewlis (Lyons), Tom Hiddleston (capitaine Nicholls), Benedict Cumberbatch (major Jamie Stewart), Céline Buckens (Émilie), Toby Kebbell (Geordie), Patrick Kennedy (lieutenant Charlier Waverly), Leonhard Carow (Michael), David Kross (Gunther), Matt Milne (Andrew Easton), Robert Emms (David Lyons), Eddie Marsan (sergent Fry), Nicolas Bro (Friedrich), Rainer Bock (Brandt), Hinnerk Schönemann (soldat allemand dans le no man’s land), Gary Lydon (Si Easton), Geoff Bell (sergent Sam Perkins), Liam Cunningham (médecin militaire), Sebastian Hülk (officier allemand dans la ferme), Gerard McSorley (participant aux enchères), Tony Pitts (sergent Martin), Irfan Hussein (sergent-major Singh), Pip Torrens (major Tompkins), Philippe Nahon (participant français aux enchères), Jean-Claude Lecas (boucher), Justin Brett (motocycliste), Seamus O’Neill, Pat Laffan (fermiers du Devon), Michael Ryan, Peter O’Connor, Stephen Molloy (soldats britanniques dans la tranchée), Trystan Wyn Puetter, Gunnar Atli Cauthery (soldats allemands dans la tranchée), Julian Wadham (capitaine dans la tranchée), Anian Zollner (vieil officier allemand), Michael Kranz (jeune officier allemand), Hannes Wegener (officier allemand), David Dencik (officier du camp de base), Edward Bennett (officier de recrutement de la cavalerie), Johnny Harris (officier de recrutement de l’infanterie), Philip Hill-Pearson (soldat blessé), Tam Dean Burn (infirmier dans la tranchée), Alan Williams (infirmier de l’hôpital), Thomas Arnold (officier allemand tireur), Maximilian Brückner (officier artilleur allemand), Markus Tomczyk (soldat artilleur allemand), Peter Benedict (officier allemand sur le pont), Callum Armstrong (joueur de cornemuse), Chris Bowe, Graham Curry (participants écossais aux enchères)

Musique : John Williams

Directeur de la photo : Janusz Kaminski

Montage : Michael Kahn

Durée : 2 heures et 26 minutes

Sortie à Paris : mercredi 22 février 2012

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Spielberg pense aux enfants ! Et son précédent film, Les aventures de Tintin, l’ayant assez peu occupé (il n’a consacré que trente jours au tournage avec les acteurs, l’essentiel du film ayant été fait en post-production, avec la fabrication des images de synthèse), Spielberg a pu, avec War horse, faire mentir André Gide : on peut faire du bon cinéma avec de bons sentiments ; mieux encore qu’avec son E.T., improbable histoire sur un extraterrestre, il s’attache ici à suivre celle d’un cheval, d’ailleurs magnifique, et du jeune homme (non moins beau) qui l’a dressé avant de partir à la guerre – la Première mondiale, celle que Brassens préférait. Et le scénario, quoique tiré d’un roman puis d’une pièce de théâtre, rappellera aux cinéphiles le principe de La ronde, film de Max Ophüls, à ce détail près que c’est le pur-sang qui passe de mains en mains, avant de revenir à son point de départ.

Entièrement tourné en Angleterre, le film tranche avec la production habituelle : pas de 3D, presque pas de trucages numériques tapageurs, un tournage traditionnel, mais grandiose : les séquences de guerre sont exceptionnelles, rappelant que Spielberg, sur ce terrain, vaut tous les généraux en chef.

L’histoire commence lorsqu’un fermier anglais plutôt fauché décide d’acheter aux enchères un cheval qui est loin de convenir aux travaux de la ferme. Sa femme est furieuse et veut qu’il le rende, mais son jeune fils, Albert, en tombe amoureux, le baptise Joey, puis supplie qu’on le laisse dresser l’animal. Il y parvient, mais la situation financière de la famille ne s’améliore pas, et le père revend le cheval à l’armée ; ce qui tombe bien, la Première Guerre mondiale vient de commencer.

Joey a été acheté par un jeune officier intelligent et artiste, qui promet à Albert de veiller sur son cheval et lui en donner des nouvelles ; et, en effet, Albert va recevoir des dessins de son cher Joey, qu’a réalisés l’officier avant d’être tué. Joey, lui, est capturé par l’armée allemande et voué à tracter des canons. Puis les hasards de la guerre font qu’il aboutit dans une ferme tenue par un vieux Français et sa petite-fille, mais les Allemands récupèrent le cheval. Plus tard, celui-ci s’échappe, mais, dans sa fuite, est pris dans les fils de fer barbelés qui protègent une tranchée – scène d’anthologie qui n’aurait pu être réalisée sans les trucages numériques, l’animal aurait été gravement blessé (ou les animaux, puisqu’il y en eut plusieurs pour le tournage). Dans une scène de fraternisation très inattendue, deux soldats, l’un anglais, Colin, l’autre allemand, Peter, l’en délivrent et tirent à pile ou face pour savoir qui l’aura ; c’est l’Anglais qui gagne, et les deux hommes, s’étant serré la main, retournent à leurs tranchées respectives.

 

Cheval de guerre - Barbelés

 

Dans une de ces tranchées, le récit rejoint Albert qui entre-temps est devenu soldat. Gazé, il perd momentanément la vue, et retrouve son cheval à l’hôpital. Mais un soldat ne peut pas posséder de cheval, ces animaux étant réservés aux officiers. Comme la guerre prend fin, Joey va être vendu aux enchères une nouvelle fois. C’est le fermier français qui l’achète, en souvenir de sa petite-fille, morte dans l’intervalle, puis, ému par l’histoire d’Albert, qui le lui offre. Albert rentre au pays avec son cheval et retrouve ses parents.

Racontée ainsi, cette histoire semble mièvre, et le film, uniquement destiné aux enfants (il n’y a aucun épisode amoureux, et le seule jeune fille du récit ne rencontre jamais le héros). En réalité, il passe sur tout cela un souffle épique, et les séquences de guerre sont très réalistes, notamment les bruitages, aussi vrais que dans Saving private Ryan, ce qui est très rare au cinéma. Je me permets d’ajouter que les tranchées vues par Spielberg sont autrement plus crédibles que celles de Kubrick dans Les sentiers de la gloire !

Outre les quatorze chevaux qui ont été nécessaires pour le rôle de Joey, la distribution est brillante. Albert est joué par un acteur débutant de vingt ans, Jeremy Irvine, qui va certainement se faire un  nom, les jeunes découverts par Spielberg devenant en général célèbres (Drew Barrymore, Henry Thomas, Joseph Mazzello, surtout Christian Bale). Sa mère est interprétée par Emily Watson. Le fermier français est joué par Niels Arestrup. Benedict Cumberbatch, connu pour son rôle-vedette dans la série Sherlock, est un officier de cavalerie, et David Kross, qui fut la vedette de The reader, est Gunther, un soldat. Quant au co-scénariste Richard Curtis, il est le réalisateur de Love actually  et de The boat that rocked, deux films qui ont connu un grand succès mérité, et le scénariste d’une foule de productions au cinéma et à la télévision.

 

Jeremy Irvine

 

Le film a aussi le mérite de nous rappeler (ou de nous apprendre) le rôle joué par les chevaux dans la Première Guerre mondiale, qu’aux États-Unis on connaît mal : dans l’armée britannique, un million de chevaux ont participé aux combats, mais seuls 62 000 survécurent. En tout, entre quatre et huit millions de chevaux ont péri dans cette guerre.

Inutile de dire que la réalisation est impeccable. On retrouve les fameux mouvements de caméra qu’affectionne ce réalisateur, notamment lorsque un déplacement vertical ascendant à la grue révèle que tel paysage, qui semblait calme et désert, s’avère soudain grouillant de monde et le lieu d’une  intense agitation (voir Rencontres du troisième type ou Empire du Soleil).

Cheval de guerre est une belle réussite. Le seul reproche que je puisse lui faire, c’est que tout le monde y parle anglais ! Or il n’est pas vraisemblable, et il n’est plus admissible, nonobstant les raisons commerciales, qu’entre eux, les Français ou les Allemands du film parlent cette langue. Cela mis à part, Spielberg fait ce qu’il sait faire, raconter une histoire, et laisse de côté ce qu’il rate régulièrement : philosopher. Naturellement, son film sera très critiqué, parce qu’il est issu d’un roman pour enfants, mais lorsque Scorsese, au même moment, sort lui aussi un film pour enfants, tout le monde trouve cela très bien et pousse des cris d’admiration. Oui, mais Scorsese a la carte, et Spielberg ne l’a jamais eue.

*

Plusieurs des jeunes interprètes de Steven Spielberg sont devenus célèbres, le plus connu étant Christian Bale, le héros d’Empire du Soleil. Mais on se souvient d’Henry Thomas et surtout de Drew Barrymore dans E.T., et de Jonathan Ke Quan, qui jouait le jeune Demi-Lune dans Indiana Jones et le temple maudit. Avec Cheval de guerre, Jeremy Irvine, né le 1er janvier 1990 à Cambridge, est bien parti pour connaître un succès au moins équivalent, car il a tout pour lui, le talent et la beauté.

Pourtant, ce n’était pas gagné, puisque Jeremy a eu beaucoup de mal à débuter, et qu’il s’apprêtait même à tout abandonner quand Spielberg l’a engagé : il allait entamer une carrière de... soudeur en usine ! Notons qu’il ne savait pas non plus monter à cheval, et, accessoirement, qu’il est diabétique depuis l’âge de six ans.

Une petite curiosité : le patronyme (juif) qu’il a choisi est trompeur, puisqu’il n’est pas juif. C’était le nom de son grand-père. En fait, il s’appelle Jeremy Smith !

En bref : à voir absolument.Haut de la page

[Entracte 22]

Parfois, dans mes notules, je me suis amusé à mettre en boîte le népotisme des cinéastes français, Chabrol notamment, mais il était loin d’être le seul : beaucoup, par exemple René Féret, embauchent les membres de leur famille sans grande nécessité, au détriment toutefois de véritables professionnels qui ont besoin de gagner leur vie et n’ont pas un parent pour leur offrir un coupe-file. Mais, bien entendu, c’est pire aux États-Unis, puisque, là-bas, TOUT est pire que chez nous. Voici donc un modeste aperçu, mais, me restreignant aux nombreux acteurs, je m’en tiendrai à ceux qui ont un père, une mère, un frère, une sœur, un oncle ou un cousin dans le métier.

 

Ainsi, Sean Penn et son frère moins connu Christopher Penn sont les fils de Leo Penn, réalisateur, et d’Eileen Ryan, actrice.

Sigourney Weaver est la fille de Sylvester « Pat » Weaver, président de la chaîne de télévision NBC, et d’Elizabeth Inglis, actrice.

Beau Bridges et son frère Jeff Bridges sont les fils de Lloyd Bridges, acteur.

Nicolas Cage, dont le vrai nom est Coppola, est le neveu de Francis Coppola, tandis que Sofia et Roman Coppola sont les enfants du réalisateur.

Angelina Jolie est la fille de l’illustre Jon Voight, acteur.

Emma Thompson et sa sœur (moins connue) Sophie sont les filles d’Eric Thompson, réalisateur, et de Phyllida Law, actrice.

Laura Dern est la fille de Bruce Dern, acteur, et de Diane Ladd, actrice – elle-même cousine lointaine de Tennessee Williams, dramaturge.

Jane Fonda et son frère Peter sont les enfants d’Henry Fonda, illustre acteur.

Chris Larkin et Toby Stephens, acteurs, sont les fils de Maggie Smith, actrice.

Gwyneth Paltrow est la fille de Bruce Paltrow, producteur, et de Blythe Danner, actrice.

Inutile de préciser que Geraldine Chaplin est l’une des filles de Charles Chaplin. Il y a aussi ses frères et sœurs Michael, Josephine, Victoria, Jane et Christopher, tous acteurs ! Tandis que Carmen et Dolores, filles de Michael, sont ses petites-filles, et que Oona est la fille de Geraldine. De la dynastie, seul James Thiérrée, fils de Victoria et le plus talentueux, n’a pas utilisé le nom de son ancêtre.

Jamie Lee Curtis est la fille de Tony Curtis et de Janet Leigh, acteurs.

Rob Reiner est le fils de Carl Reiner, réalisateur et producteur.

Angela Lansbury est la fille de Moyna MacGill, actrice (et la petite-fille du politicien George Lansbury).

Liza Minelli est la fille de Vincente Minelli, réalisateur, et de Judy Garland, actrice.

Melanie Griffith est la fille de Tippi Hedren, vedette de deux films d’Hitchcock (qui, lui-même, a fait jouer sa fille Patricia, sa seule héritière, dans plusieurs de ses films).

Michael Douglas et son frère moins connu Eric Douglas sont les fils de Kirk Douglas.

Charlie Sheen, Emilio Estevez, Ramon Estevez et leur sœur Renée Estevez sont les enfants de Martin Sheen.

Vanessa Redgrave et sa sœur Lynn Redgrave sont les filles de Michael Redgrave et de Rachel Kempson, tous deux acteurs.

Nastassja Kinski et sa sœur moins connue Pola Kinski sont les filles de Klaus Kinski.

Randy Spelling et sa sœur Tori Spelling sont les enfants d’Aaron Spelling, producteur de télé (notamment de Dynasty).

Alan Alda est le fils de Robert Alda, acteur.

Nick Cassavetes et sa sœur Zoe sont les enfants de l’acteur-réalisateur John Cassavetes.

Christian Slater est le fils de Mary Jo Slater, directrice de casting, et de Michael Gainsborough, acteur.

John Cusack et sa sœur Joan Cusack sont les enfants de Dick Cusack, acteur.

Jason Connery est le fils de Sean Connery.

John Huston, acteur et réalisateur, était le fils de Walter Huston, acteur (qu’il a fait jouer dans Le trésor de la Sierra Madre).

Alison Eastwod est la fille de Clint Eastwood.

Carrie Fisher est la fille de Debbie Reynolds et d’Eddie Fisher, acteurs.

Brandon Lee est le fils de Bruce Lee.

Matthew Broderick est le fils de James Broderick, acteur, et de Patricia Broderick, dramaturge.

Josh Brolin est le fils de James Brolin, acteur.

Kurt Russell est le fils de Bing Russell, acteur et joueur de baseball.

Oliver Reed était le neveu de Carol Reed, réalisateur.

Robert Downey junior est le fils de Robert Downey, réalisateur.

Ben Stiller est le fils de Jerry Stiller et d’Anne Meara, acteurs.

Anthony Perkins était le fils d’Osgood Perkins, acteur.

Constance Bennett et Joan Bennett étaient les filles de Richard Bennett, acteur.

Isabella Rossellini est la fille de Roberto Rossellini, réalisateur, et d’Ingrid Bergman, actrice.

Ron Howard, acteur devenu réalisateur, est le fils de Rance Howard, réalisateur, et de Jean Speegle Howard, actrice. Conséquemment, sa fille Bryce Dallas Howard est aussi actrice, et il fait parfois jouer son frère Clint Howard, ainsi que... son père !

Maria Schell et son frère Maximilian Schell étaient les enfants de Ferdinand Hermann Schell, poète, et de Margarethe Noe, actrice.

Valentina Quinn et son frère Alex A. Quinn sont les enfants d’Anthony Quinn, acteur.

Kate Hudson est la fille de Goldie Hawn, actrice, et de Bill Hudson, comique.

Tatum O’Neal est la fille de Ryan O’Neal.

Juliet Mills et sa sœur Hayley Mills sont les filles de John Mills, acteur.

Larry Hagman est le fils de Mary Martin, chanteuse et actrice.

Paul Giamatti et son frère Marcus sont les fils de Toni Smith, actrice.

Ashley Hamilton est le fils de George Hamilton, et d’Alana Stewart, acteurs.

Charley Boorman est le fils de John Boorman, réalisateur. Il a débuté à six ans dans Délivrance, film de son père, et a joué dans trois autres de ses films.

Jennifer Grant est la fille de Cary Grant et de Dyan Cannon, acteurs.

Bruce, David, Keith et Robert Carradine sont les fils de John Carradine, acteur.

Helen Hunt est la fille de Gordon Hunt, réalisateur.

Ethen Wayne et son frère Patrick Wayne sont les enfants de John Wayne, acteur.

Nicollette Sheridan est la fille de Sally Sheridan et de Telly Savalas, acteurs.

Patrick Swayze et Don Swayze sont les fils de Patsy Swayze, chorégraphe.

Matthew Perry est le fils de John Bennett Perry, acteur.

Christopher Mitchum est le fils de Robert Mitchum, acteur.

Macaulay Culkin est le neveu de Bonnie Bedelia, actrice.

Ted Demme est le fils de Jonathan Demme, réalisateur.

Nancy Sinatra est la fille de Frank Sinatra, acteur et chanteur.

Asia Argento est la fille de Dario Argento, réalisateur.

Colin Hanks est le fils de Tom Hanks, acteur.

Kiefer Sutherland est le fils de Donald Sutherland, acteur.

Maggie Gyllenhaal et son frère Jack Gyllenhaal sont les enfants de Stephen Gyllenhaal, producteur, et de Naomi Foner, productrice.

Warren Beatty est le frère de Shirley MacLaine, qui a débuté au cinéma (avec Hitchcock) six ans avant lui.

Julia Roberts est la sœur d’Eric Roberts, acteur.

Joaquim Phoenix est le frère de River Phoenix, acteur, et Summer Phoenix, actrice, est sa sœur.

Kevin Dillon est le frère de Matt Dillon, acteur.

Mark Wahlberg est le frère de Donnie Wahlberg.

Casey Affleck est le frère de Ben Affleck.

Joseph Fiennes est le frère de Ralph Fiennes.

Nicholas Turturo et Aida Turturro sont les frère et sœur de John Turturro.

William Baldwin et Stephen Baldwin sont les frères d’Alec Baldwin.

Brian Doyle Murray est le frère de Bill Murray.

Joan Fontaine était la sœur d’Olivia de Havilland.

James Belushi est le frère de John Belushi.

Kiernan Culkin et Quinn Culkin sont les frère et sœur de Macaulay Culkin.

Dennis Quaid est le frère de Randy Quaid.

Frank Stallone est le frère de Sylvester Stallone.

Dedee Pfeiffer est la sœur de Michelle Pfeiffer.

Jim Hanks est le frère de Tom Hanks.

Monica Cruz est la sœur de Penelope Cruz.

Sydney Chaplin est le frère de Charles Chaplin.

Edward Fox est le frère de James Fox.

Arthur Howard était le frère de Leslie Howard.

David Arquette, Alexis Arquette, Rosanna Arquette et Patricia Arquette sont les frères et sœurs de Lewis Arquette et Cliff Arquette.

 

Je vous ai fait grâce des gens de cinéma dont la famille appartient au monde de la politique, des affaires, du journalisme, etc., et qui, de ce fait, n’a AUCUNE influence quand il s’agit de faire embaucher un parent !

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Colonel Blimp

Réalisateurs : Emeric Pressburger et Michael Powell

Titre original : The life and death of colonel Blimp

Scénario : Emeric Pressburger et Michael Powell

Interprètes : Roger Livesey (Clive Candy), Deborah Kerr (Edith Hunter / Barbara Wynne / Angela “Johnny” Cannon), Anton Walbrook (Theo Kretschmar-Schuldorff), Roland Culver (colonel Betteridge), James McKechnie (Spud Wilson) Albert Lieven (von Ritter), Arthur Wontner (conseiller d’ambassade), David Hutcheson (Hoppy), Ursula Jeans (Frau von Kalteneck), John Laurie (Murdoch), Harry Welchman (major Davies), Reginald Tate (van Zijl), A.E. Matthews (président du tribunal), Carl Jaffe (von Reumann), Valentine Dyall (von Schönborn), Muriel Aked (tante Margaret), Felix Aylmer (l’évêque), Frith Banbury (“Baby-Face” Fitzroy), Neville Mapp (Stuffy Graves), Vincent Holman (portier du club en 1942), James Knight (portier du club en 1902), Dennis Arundell (chef d’orchestre), David Ward (Kaunitz), Jan Van Loewen (citoyen indigné), Eric Maturin (colonel Goodhead), Robert Harris (secrétaire d’ambassade), Theodore Zichy (colonel Borg), Jane Millican (infirmière Erna), Phyllis Morris (Pebble), Diana Marshall (Sybil Hopwell), W.H. Barrett (le Texan), Thomas Palmer (le sergent), Yvonne Andrée (la religieuse), Marjorie Gresley (la matronne), Helen Debroy (Mrs Wynne), Norman Pierce (Mr Wynne), Edward Cooper (officiel de la BBC), Joan Swinstead (secrétaire), John Boxer (soldat), Ian Fleming (major Plumley en 1902), Desmond Jeans (barman), Patrick Macnee (un extra), Ferdy Mayne (étudiant prussien), Pat McGrath (caporal Tommy Tucker), Ronald Millar (sergent Hawkins), Charles Mortimer (docteur Crowler, au duel), Pete Murray (extra dans la foule à la BBC), Peter Noble (prisonnier de guerre), Wally Patch (sergent de l’équipe de déblayage), Norris Smith (Napoleon Armstrong, en 1918), Waleen Tidy (la sœur d’Edith), John Varley (soldat), George Woodbridge (homme de l’équipe de déblayage), Erik et Spangle (les chiens épagneuls)

Musique : Allan Gray

Directeur de la photo : Georges Périnal

Montage : John Seabourne senior

Durée : 2 heures et 43 minutes

Sortie à Paris : mercredi 1er avril 1953

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Powell et Pressburger, qui étaient des hommes cultivés, ont peut-être pensé, pour leur titre, à Vie et opinions de Tristram Shandy, célèbre roman de Lawrence Sterne, autobiographie d’un personnage imaginaire qui arrête son récit au moment où il atteint ses... six ans ! C’est que leur film ne conte nullement la mort du personnage principal, bien vivant à l’épilogue, ni colonel, ni affublé du nom de Blimp – mot qui signifie baderne ou culotte de peau et fustige les militaires trop portés sur le respect aveugle du règlement. En réalité, si le colonel Blimp est un personnage de bande dessinée très connu en Angleterre, dû à David Low – qu’il ne faut pas confondre avec le David Lowe actuel –, les réalisateurs ont pris leur idée de scénario ailleurs : dans une scène coupée de leur précédent film, Un de nos avions n’est pas rentré, scène où une personne âgée dit à un jeune homme « Vous ne savez pas ce que c’est que d’être vieux », réplique qu’on retrouve donc dans Colonel Blimp.

Leur film peut dérouter, car le début est assez mystérieux : nous sommes de toute évidence en Angleterre, au début des années quarante, et il est question d’une guerre « qui doit commencer à minuit ». Or nous ne voyons aucun ennemi, uniquement des soldats en uniforme anglais qui apparemment se battent entre eux sans se faire beaucoup de mal, dans une atmosphère très potache. On rencontre aussi un lieutenant impertinent qui courtise une certaine Mata-Hari anglaise, un général obèse qui vit dans un établissement de bains turcs et qui est très fier de sa moustache, et autres péripéties incompréhensibles. Cette séquence est d’ailleurs reprise à la fin, quasiment identique mais sous un autre angle, et, entre-temps, tout s’est éclairci, les bisbilles auxquelles nous avons assisté avaient lieu au sein de la Home guard, formation paramilitaire britannique instituée au début de la Seconde Guerre mondiale, afin de protéger le territoire national contre un éventuel débarquement allemand... qui n’eut jamais lieu ! Et le général en question, dans cette histoire, en est le créateur (elle fut dissoute le 31 décembre 1945). Quoi qu’il en soit, la comédie a fait place peu à peu à une histoire au ton beaucoup plus grave, sur le thème qui est abordé, sans qu’il y paraisse, dès cette séquence de début : « Peut-on combattre un ennemi fourbe et déloyal avec ses propres armes ? » – ou, si l’on préfère, « La fin justifie-t-elle les moyens ? ».

Le film, assez long et qui s’amuse à ne jamais montrer ce dont il parle (le duel, la guerre), commence comme une comédie très amusante : en 1902, un jeune lieutenant britannique, Clive Candy, le futur général justement, récemment revenu de la guerre des Boers, se rend de sa propre initiative à Berlin pour une mission qu’il juge « diplomatique », consistant à faire taire un Allemand nommé Kaunitz, lequel a prétendu que l’armée britannique commettait des atrocités en Afrique du Sud. Maladroit, il réussit à offenser toute l’armée allemande, et doit ainsi se battre en duel avec un représentant de ladite armée, Theo Kretschmar-Schuldorff, qu’il ne connaît pas ! De ce duel, on ne verra que les préparatifs, avec les règles absurdes données aux duellistes, comme celle-ci : « Défense de saisir à main nue l’arme de l’adversaire » (ils se battent au sabre !). Blessés tous les deux, les deux hommes deviennent amis, vont aimer la même femme, jouée par Deborah Kerr, qui tient pas moins de trois rôles, et, atrocités du nazisme aidant puisque le film se termine en 1943, convenir que vouloir se comporter en gentleman pour combattre un ennemi déloyal et barbare, c’est aussi absurde qu’inefficace.

Powell et Pressburger, c’est le moins qu’on puisse dire, étaient des virtuoses du scénario comme de la réalisation, et celle-ci, dans ce cas, est magistrale : voir, précisément, les préparatifs du duel dans un gymnase. Leur film, graduellement, se teinte de patriotisme et de gravité sans jamais abandonner la comédie, et se termine avec un message d’espoir dans la défaite du nazisme et de la barbarie. N’oublions pas que, lorsqu’il sort en salles, à Londres, le 10 juin 1943, la guerre dure toujours.

Malgré cela, Winston Churchill détesta l’idée de tourner en dérision toutes les armées, ne comprit pas que les auteurs ne voulaient nullement se moquer du patriotisme, et, pour empêcher Laurence Olivier d’interpréter le rôle principal, le fit incorporer dans la marine ! Mieux, on empêcha la fabrication des uniformes nécessaires au tournage, et ceux qu’on voit dans le film... ont été volés ! Churchill tenta vainement de faire interdire le film lors de sa sortie.

Roger Livesey, interprète du personnage de l’officier anglais qui devient général avant d’être mis à la retraite, a pour partenaire Deborah Kerr, laquelle joue trois rôles, comme dit plus haut. Mais c’est l’acteur autrichien Anton Walbrook qui domine la distribution, en jouant l’officier allemand qui, devenu antinazi, vient s’installer en Angleterre, pays d’origine de sa femme défunte, à la fin de sa vie. Très émouvant dans l’épisode final, il éclipse toute la distribution. Très apprécié par Max Ophüls, il a joué dans plusieurs de ses films. C’est lui qui, deux ans auparavant, dans Dangerous moonlight, interprétait le pianiste Stefan Radetzky et jouait le célèbre Concerto de Varsovie (de Richard Addinsell).

Signalons enfin, au chapitre des potins, que les deux chiens du film appartenaient à Powell ; que les deux auteurs ont touché un salaire de 2500 livres sterling plus 12,5 % des bénéfices (ils étaient leurs propres patrons dans la compagnie Archer) ; et que le Ian Fleming qui joue le major Plumley n’est PAS l’auteur des romans sur James Bond, mais un homonyme !

En bref : à voir absolument.Haut de la page

[Entracte 23]

Pauline Kael

Pauline Kael, née en 1919, morte en 2001, était une critique de cinéma travaillant notamment pour le magazine « The New Yorker » entre 1967 et 1991, et dont certaines critiques ont été publiées en France, il y a deux ans, sous le titre Chroniques américaines. Il y a aussi les Chroniques européennes, mais elles ne sont pas passées sous mes yeux. Le moins qu’on peut dire, c’est qu’elle avait des goûts à part, et la dent dure. Ainsi, elle admirait Tarantino et Spielberg, et... détestait Kubrick. Bref, elle était le contraire d’un critique consensuel !

J’ai lu la presque totalité de ses critiques sur ce cinéaste, et, en dépit des avis peu motivés qu’elle donne, il m’arrive d’être d’accord avec elle, sur certains points au moins. Voici donc ce que j’en pense. Je précise que je ne suis pas fou de Kubrick, et n’admire guère de lui que 2001: a space odyssey, Orange mécanique, The shining et Full metal jacket, avec toutefois quelques restrictions (elle n’en aime aucun !). En revanche, Barry Lyndon m’agace et me fait bailler, je déteste Eyes wide shut, et me suis taillé un petit succès en disant sur France Inter ce que je pensais de ce dernier film !

Pauline, tout comme je le fais, ne visait pas à l’objectivité, qui n’existe pas, mais couchait sur le papier ses impressions de spectatrice cultivée non moins que passionnée. Ne me dites pas que ses confrères n’en font pas autant ; simplement, ils recouvrent tout cela d’un vernis fait de conformisme et de jargon psychanalytique, lequel personnellement m’insupporte et que je fuis comme le choléra.

Procédons dans l’ordre. Pauline Kael a descendu en flammes Docteur Folamour. Ses arguments : loin de vouloir montrer la guerre comme une calamité, Kubrick en a fait une pochade, peuplée de personnages tous idiots (masculins ; il n’y a qu’une seule femme dans le film, une pin-up qui est la secrétaire très particulière d’un général belliciste). Le titre complet, du reste, est Docteur Folamour ou comment j’ai appris à ne plus m’en faire et à aimer la bombe ! Et la guerre, qui doit vraiment éclater, quand la bombe est larguée au-dessus de l’URSS, est annoncée par une chansonnette sentimentale comme Kubrick en plaçait dans quasiment tous ses films. Bref, un sujet sérieux traité en farce, impression renforcée lorsqu’on sait que le réalisateur avait filmé une bataille de tartes à la crème qui se déroulait dans l’immense salle du Conseil. J’en ai vu quelques photos, mais il n’a pas osé la monter dans son film...

Je n’ai pas lu sa critique de 2001, mais en ai eu quelques échos. En gros, elle en pensait ce que j’en ai pensé plus tard : que le film devait tout à l’auteur du roman, Arthur C. Clarke, à sa musique classique, et à ses trucages fabuleux, qu’on n’a pas encore égalés bien que le film soit sorti en... 1968, alors que les trucages par ordinateur n’existaient pas. Mais le film, très froid, où les personnages sont désincarnés (voyez la scène où Frank regarde le message visuel d’anniversaire que lui ont envoyé ses parents), donne à supposer que le réalisateur interdisait à ses acteurs d’exprimer la moindre émotion. Quant au fait que l’évolution des premiers hommes soit due à une intervention artificielle (le monolithe), il est philosophiquement contestable.

Sur Orange mécanique, lire sa critique ici, en anglais malheureusement.

Avec Pauline, le très surestimé Barry Lyndon en prend pour son grade ! Dans ce film de trois heures qui contredit le postulat du roman de Thackeray dont il est adapté (l’auteur contait de façon picaresque les tribulations d’un personnage qui utilisait les vices de son époque comme marchepied pour son ascension sociale, et n’était pas du tout amputé d’une jambe à la fin, Kubrick en a fait une suite de tableaux inanimés), il semble que le réalisateur nous dise sans cesse : « Voyez ce que je sais faire avec ma caméra ! Voyez comme je compose de beaux tableaux ! Voyez comme je peux filmer à la seule lueur des bougies ! » (il fait dix fois le coup de l’éclairage aux bougies, en truquant de temps à autre puisqu’on décèle la présence de projecteurs dans certaines scènes), etc., et c’est prodigieusement ennuyeux. Miss Kael a une expression réjouissante pour qualifier l’absence totale d’expression de tous les personnages, et notamment des deux vedettes Ryan O’Neal et Marisa Berenson, qui donnent l’impression de sortir d’une vitrine des Galeries Lafayette : il a transformé les personnages en meubles ! Bien trouvé.

Je n’en dirai pas davantage. Trouvez ses livres et lisez-les, cela vaut mieux que d’écouter à la télé les pitoyables interviews de Laurent Weil, qui ne pose que des questions contenant la réponse (du genre « Brad, vous êtes content d’être à Cannes ? ») !

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À perdre la raison

Réalisateur : Joachim Lafosse

Scénario : Joachim Lafosse, Thomas Bidegain et Matthieu Reynaert

Interprètes : Niels Arestrup (docteur André Pinget), Tahar Rahim (Mounir), Émilie Dequenne (Murielle), Stéphane Bissot (Françoise), Mounia Raoui (Fatima), Redouane Behache (Samir), Baya Belal (Rachida), Nathalie Boutefeu (docteur Declerck), Yannick Renier (médecin radiologue), Claire Bodson (femme policier à l’hôpital), Jean-Charles Hautera (professeur Maryns), Daniel Feis (pianiste), Pascal Bongard (dermatologue), Jean-Henri Compère (bourgmestre), Joël Delsaut (notaire), Armen Godel (docteur Lefèvre), Sandrine Smeets (caissière du supermarché)

Directeur de la photo : Jean-François Hensgens

Montage : Sophie Vercruysse

Musique : Domenico Scarlatti

Durée : 1 heure et 51 minutes

Sortie à Paris : mercredi 22 août 2012

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Il était prévu que le film s’intitule Aimer à en perdre la raison, mais le titre actuel est davantage conforme à l’histoire, car l’amour n’est pas la cause du drame : plutôt l’envahissement et le sentiment de ne plus pouvoir faire face. On sait qu’à l’origine, il y avait eu ce fait-divers sanglant survenu en Belgique : le 28 février 2007, Geneviève Lhermitte avait tué ses cinq enfants – quatre dans le film. Bien entendu, on pense aussi à Médée, personnage capital de la tragédie antique grecque.

Ce que nous voyons à l’écran, c’est la lente mais inexorable dégradation de l’état mental d’une femme, radieuse au début puisqu’elle épouse l’homme qu’elle aime et qui l’aime. Le chiendent, c’est que, d’une part, tous deux ne vont cesser de mettre des enfants au monde (des filles), et que, surtout, ils ne vivent pas chez eux, mais chez le père adoptif du mari – donc ne connaissent guère d’intimité.

On retrouve dans ce dernier trait ce qui rattache le film à la précédente œuvre de Joachim Lafosse, Élève libre : l’emprise exercée par un personnage sur un autre, dénué de personnalité et qui accepte tout. Ici, le docteur belge Pinget, dont on ne saura jamais s’il est sincèrement généreux ou si c’est un pervers, a épousé une Marocaine pour lui fournir, grâce à ce mariage blanc, les papiers lui permettant de venir en Europe, et il a adopté son jeune frère Mounir. Comme, au passage, il ne s’est nullement occupé de l’encore plus jeune Samir, celui-ci soupçonne que la charité n’est pas seule en cause dans la transaction ! Mais, manifestement, c’était un ragot, et Pinget finit par favoriser le mariage de Samir avec la sœur de sa belle-fille adoptive – la future meurtrière.

Néanmoins cette ambigüité alimente beaucoup de conversations sur la mentalité de ce personnage, que pour ma part, je crois sincèrement généreux. Mais ce n’est pas la première fois, même si c’est plus imprécis qu’avec Élève libre. En effet, dans ce précédent film, un garçon de seize ans qui n’avait connu que l’échec dans ses études et ne pouvant, de ce fait, réussir à entrer dans l’école de tennis à laquelle il aspirait, se voyait pris en charge par un homme apparemment généreux, cultivé, qui l’hébergeait, le nourrissait, l’instruisait... mais l’aidait à faire son éducation sexuelle avec une fille de son âge, avant d’avoir avec lui des rapports sexuels non prévus au départ, peut-être, mais que le garçon acceptait. C’est pourquoi sa révolte tardive et sans lendemain était suspecte : qui était le plus pervers des deux ?

Dans À perdre la raison, Murielle n’est pas une perverse, seulement une fille amoureuse d’un garçon qu’elle épouse. L’ennui, c’est que ce garçon est un faible, et dépend totalement de son père adoptif, qui, là encore, l’héberge, lui offre un travail, paie aux jeunes époux leur voyage de noces (mais le marié insiste pour qu’il les accompagne dans leur voyage !), et prend assez mal le désir de sa belle-fille adoptive d’aller habiter ailleurs. Complètement déboussolée, pas vraiment soutenu par un mari trop faible, elle en vient à la pire des extrémités.

La réalisation est parfaite, mais un détail très voyant gêne bon nombre de spectateurs : constamment, la caméra est placée de telle façon que l’image est limitée, à droite, à gauche, parfois des deux côtés, par un mur en amorce, et flou – tout à fait comme si le public, dont elle est l’œil, jetait un regard indiscret à l’intérieur d’une pièce de la maison où il n’a que faire. De sorte que le spectateur se sent dans la peau d’un voyeur ! Que cache ce procédé très particulier ? L’intention d’impliquer malgré lui le public dans le drame ? On peut spéculer là-dessus...

Inutile d’épiloguer sur l’interprétation d’Émilie Dequenne, laquelle confirme son grand talent. Ni sur la maîtrise du réalisateur, qui ne filme jamais pour ne rien dire, on le sait depuis Nue propriété. Le cinéma francophone n’est jamais meilleur que lorsqu’il est l’œuvre d’un Belge !

En bref : à voir absolument.Haut de la page

Fear and desire

Réalisateur : Stanley Kubrick

Assistant à la réalisation : Steve Hahn

Scénario : Howard Sackler

Dialogues : Toba Kubrick

Interprètes : Frank Silvera (sergent Mac), Kenneth Harp (lieutenant Corby / le général), Paul Mazursky (soldat Sidney), Stephen Coit (soldat Fletcher / le capitaine), Virginia Leith (la fille), David Allen (voix du narrateur)

Directeur de la photo : Stanley Kubrick

Montage : Stanley Kubrick

Musique : Gerald Fried

Décors : Herbert Lebowitz

Maquillage : Chet Fabian

Durée : 1 heure et 2  minutes

Sortie à Paris : mercredi 14 novembre 2012

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Étrange carrière que celle de Kubrick : il commence avec un film plutôt mauvais mais ayant coûté très peu cher, tourné en cinq semaines avec une caméra Arriflex, en 16 millimètres « gonflé » ensuite en 35 millimètres – celui dont il est question dans le présent texte –, et finit avec un film très mauvais, ayant, lui, coûté une fortune, tourné dans les studios de Londres avec de ruineuses vedettes, Eyes wide shut, analysé ici. Entre les deux, une œuvre en dents de scie...

Fear and desire traite d’une guerre dont on ne verra presque rien, sauf le massacre de deux soldats au début et la brève escarmouche finale, et qui se déroule dans un pays non précisé. Quatre militaires, un lieutenant, un sergent et deux soldats, sont tombés derrière les lignes ennemies quand leur avion s’est écrasé. Pour retourner dans leur camp, ils tentent de descendre une rivière sur un radeau. Après quelques péripéties, ils y parviendront, plutôt amochés moralement, mais ayant tué un petit groupe d’ennemis, dont un général ! Et aussi une fille rencontrée par hasard, abattue par l’un d’eux, déboussolé par le désir et par le fait qu’elle ne parle pas sa langue.

Pour ses débuts au cinéma, le photographe chevronné Kubrick sait peu de choses du métier : il a le même âge, vingt-cinq ans, qu’Orson Welles réalisant Citizen Kane, mais, bien qu’ayant pu, deux ans auparavant, se faire la main sur deux courts métrages, il est très loin d’avoir la vision, le bon sens et l’imagination inventive de son aîné – qui, lui aussi et on l’oublie constamment, avait réalisé deux courts métrages avant ledit Citizen Kane. Aussi Kubrick commet-il la bévue, notamment, de ne pas penser à prévoir, sur le plateau en extérieurs (dans les montagnes San Gabriel, en Californie), des emplacements pour les micros devant capter les dialogues. Résultat : l’ingénieur du son, Nathan Boxer, lui fait remarquer son amateurisme, et Kubrick prend la décision qui s’imposait, il... le met à la porte et prend sa place ! Déjà la grosse tête. Mais le fait de se retrouver avec des scènes sans aucun son obligea le réalisateur novice à faire post-synchroniser son film, donc à rappeler ses acteurs, ce qui augmenta le coût du film, dit-on, de vingt mille dollars. Finalement, il en coûta donc trente-trois mille.

On doit reconnaître que la photo en noir et blanc est magnifique. Mais le scénario débouche sur un récit quelque peu ennuyeux, compliqué par cette étrange et très intello idée de faire jouer, à deux des acteurs, un double rôle, des militaires, et des officiers du camp opposé. L’interprétation, elle, est passable, car le dialogue ne facilitait pas la tâche des acteurs : intellectualisant tout, truffé de réflexions en voix off (de nombreux films de Kubrick comportent un narrateur qui commente le récit), ces textes donnent au film un côté extrêmement prétentieux, tare dont il est juste de reconnaître que l’auteur fut assez conscient a posteriori pour vouloir retirer toutes les copies de la circulation ! Il déclara lui-même que son film ressemblait à un « dessin d’enfant sur une porte de frigo », que c’était « un exercice cafouilleux d’amateur », un navet « incompétent et prétentieux », et qu’on « y discernait bien un effort intellectuel, mais exprimé grossièrement, misérablement et maladroitement » (ces trois adverbes mis font admirablement, on ne saurait mieux dire).

*

Donc, Kubrick tenta de retirer toutes les copies de son film. Toutes ? Non ! Seule à résister encore et toujours au destructeur, une copie subsistait... chez Kodak. La firme conservait en effet, dans ses archives à Rochester, une copie de tous les films qu’elle avait été chargée de tirer, ce qu’ignorait le réalisateur, et ce qui permit la fabrication, beaucoup plus tard, d’une copie sur cassette VHS, puis sur DVD – lequel sortit officiellement en Italie le 20 novembre 2008. Les héritiers de Kubrick avaient d’ailleurs permis qu’on projette cette copie unique, à la condition qu’elle ne soit montrée qu’à des personnes autorisées (pas à des groupes), qu’elle ne sorte jamais du bâtiment où on la conservait, et, bien entendu, qu’aucune copie, complète ou partielle, n’en soit faite. Ce qui n’empêcha pas que des copies pirates circulaient sur Internet (dont une horreur sous-titrée en italien, que j’ai vue en partie, mais qui en a été supprimée aujourd’hui) ! Cela, jusqu’à ce que le négatif original soit découvert, à la fin des années 1980, dans un entrepôt de Porto Rico, où l’on stockait des pellicules. Le chercheur Mark Carducci affirmait pourtant que Kubrick l’avait détruit après la mort du distributeur, Joseph Burstyn. Il faut croire que non, et nul ne sait comment la pellicule était arrivée à cet endroit, mais elle a été acquise en 1993 par la Bibliothèque du Congrès, à Washington, qui, associée à l’éditeur Kino Lorber, a sorti en 2012 la version impeccablement restaurée du film qu’on peut voir aujourd’hui. Le négatif, lui, est conservé à présent à la Bibliothèque nationale du centre audio-visuel de conservation, à Culpeper (Virginie).

Et la France ? Eh bien, la presse française a été d’une discrétion exquise. Je n’ai su que le film était sorti (plus d’un mois aupararavant) qu’en passant par hasard devant l’un des quatre cinémas qui le projette, et pas tous les jours, et une seule fois par jour, à Paris. Rien en province. Le DVD, lui, est sorti le 7 décembre, et un Bluray est prévu aux États-Unis. Les journaux ? Rien dans « Le Canard ». Ailleurs, « Le Monde », « Les Inrocks » et « Télérama » ont fait un article. La radio ? Le masque et la plume n’en a pas soufflé mot, et Michel Ciment, LE spécialiste de Kubrick (il l’a interviewé quatre fois et a publié sur lui un livre définitif ayant connu plusieurs éditions), n’en a rien dit non plus.

En bref : à voir.Haut de la page

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Dernière mise à jour de cette page le jeudi 3 décembre 2015.