Kinopoivre, les films critiqués par Jean-Pierre Marquet

Année 2017

L’année 2017 commence lentement, avec un gros succès international, La La land, un peu surfait, et un film bien meilleur, Un jour dans la vie de Billy Lynn.

La La land

Réalisateur : Damien Chazelle

Scénario : Damien Chazelle

Interprètes : Ryan Gosling (Sebastian), Emma Stone (Mia), Amiée Conn (actrice célèbre), Terry Walters (Linda, directrice du Coffee Shop), Thom Shelton (coffee spiller), Cinda Adams (directrice de la première audition), Callie Hernandez (Tracy), Jessica Rothe (Alexis), Sonoya Mizuno (Caitlin), Rosemarie DeWitt (Laura), J.K. Simmons (Bill), Claudine Claudio (Karen, serveuse), Jason Fuchs (Carlo), D.A. Wallach (chanteur des années 80), Trevor Lissauer (valet), Olivia Hamilton (Bree, a fille qui ne veut pas de gluten), Anna Chazelle (Sarah, assistant l’adjoint de l’audition), Marius De Vries (directeur du pilote), Finn Wittrock (Greg), Josh Pence (Josh), Nicole Coulon (la fiancée de Josh), Damon Gupton (Harry), John Legend (Keith), Christopher Michael Stevens (Malcolm), Keith Harris (Cole), Kaveh Rastegar (Tom), Shaylah J. Stevens (chanteur Echo Backup), Natalie Imani et Briana Lee (chanteuses Echo Backup), David Douglas (passeur de disque à la radio), Miles Anderson (Alistair, photographe), Bobo Chang (assistant du photographe), Meagen Fay (mère de Mia), Robert Haynes (voisin colérique), John Hindman (Frank, réalisateur), Valarie Rae Miller (Amy Brandt), Nicole Wolf (assistante d’Amy Brandt), Corrin Evans (nouveau préparateur de café), Kiff VandenHeuvel (nouveau directeur du Coffee Shop), Tom Everett Scott (David), Camryn Ray Cavaliero (sœur de Mia), Zoë Hall (Chelsea), Dempsey Pappion (employé du Seb’s Jazz Club), Eddie Clifton (batteur du Seb’s), Cal Bennett (saxophoniste du Seb’s), Nedra Wheeler (bassiste du Seb’s), Javier Gonzalez (trompettiste du Seb’s), Khirye Tyler (pianiste du Seb’s), Arthur Horowitz (Fantasy Baby), Jillian Meyers et Michael Riccio (assistants chorégraphes), Reshma Gajjar (danseuse n° 1 sur l’autoroute), Hunter Hamilton (danseur n° 1 sur l’autoroute), Damian Gomez (danseur n° 2 sur l’autoroute), Candice Coke (danseuse n° 2 sur l’autoroute), Amanda Balen (danseuse sur l’autoroute et conductrice), Mecca Vazie Andrews, Lou Becker, Doran Butler, Matt Cady, Dominic Chaiduang, Cindera Che, Carol Connors, Patrick Cook, Aaron Cooke, Tiffany Daniels, Bubba Dean Rambo, Nick Drago, Shaun Evaristo, Dana Fukagawa, Daniel Gaymon, Liz Imperio, Casey Johansen, Cristan Judd, Yoori Kim, Marissa Labog , Stephanie Landwehr, Chris Moss, Clarice Ordaz, Nathan Prevost, Bradley M. Rapier, Britt Stewart, Melinda Sullivan, Dana Wilson, Terrance Yates (danseurs et danseuses sur l’autoroute), Tracy Shibata (danseuse n° 1 à la fête d’Hollywood), Dominque Domingo (danseuse n° 2 à la fête d’Hollywood), Asiel Hardison (agent n° 1 à la fête d’Hollywood), Corey Anderson (agent n° 2 à la fête d’Hollywood), Nick Baga (agent n° 2 à la fête d’Hollywood), Scott Hislop (danseur à la fête d’Hollywwod, garçon effrayant), Leah Adler, Montana Efaw, Krystal Ellsworth, Natalie Gilmore, Sarah Mitchell, Brittany Parks(danseuses à la fête d’Hollywood), Noel Bajandas, Khasan Brailsford, Denzel Chisolm, Shannon Holtzapffel, Galen Hooks, Jeremy Hudson, Morgan Larson, George Lawrence Jr, Kc Monnie, Scott Myrick, Victor Rojas (danseurs à la fête d’Hollywood), Anthony Bellissimo, Ryan Ramirez, Bryan Tanaka (danseurs Echo), Catalina Rendic (danseuse Echo), Ava Bernstine, Gakenia Muigai, Becca Sweitzer (danseuses du restaurant), Mario Diaz, Quinn Lipton, Michael Stein (danseur du restaurant), Samantha Abrantes, Monie Adamson, McKenzie Anderson, Sybil Azur, Pamela Chu, Lexie Contursi, Mallauri Esquibel, Tara Nicole Hughes, Kayla Kalbfleisch, Megan Lawson, Martha Nichols, Eartha Robinson, Julie Schmid, Chelsea Thedinga, Emily Williams (danseuses de l’épilogue), Matthew Aylward, Demian Boergadine, Michael Higgins, Chris Jarosz, Matthew Kazmierczak, Paul Kirkland, Anthony Marciona, Michael Munday, Ryan Novak, Brandon O’Neal, Bill Prudich, Robert Roldan, Danny Valle, Gustavo Vargas (danseurs de l’épilogue)

Musique : Justin Hurwitz

Directeur de la photographie : Linus Sandgren

Montage : Tom Cross

Décors : Austin Gorg

Durée : 2 heures et 8 minutes

Sortie : en France le 25 janvier 2017

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Après Whiplash, court-métrage puis long-métrage, film parfait dans son propos et sa simplicité, Damien Chazelle tente de réaliser son rêve de comédie musicale, s’inspirant surtout de Jacques Demy avec Les demoiselles de Rochefort, mais en beaucoup moins bien, car il cède au travers coutumier de vouloir mêler de l’émotion à une histoire qui pouvait fort bien s’en passer. Bien loin des comédies optimistes et satiriques comme Singin’ in the rain, ou de l’élégance joyeuse des films avec Fred Astaire, ici, tout le scénario baigne dans la mélancolie, ce qui, hormis le dénouement dans Les parapluies de Cherbourg, est assez étranger à la comédie musicale. Même les deux morts de West side story ne rendaient pas le film lugubre !

Pourtant, le film commence superbement, par une longue séquence de danse contemporaine, tout à fait dans le style de Demy, avec cette difficulté supplémentaire qu’elle a été filmée sur une portion d’autoroute, le Century Freeway I-105, que la police de Los Angeles avait accepté de fermer pour la circonstance, comme ce fut le cas pour le film Speed en 1995. Mais, si la chorégraphie est bonne, la musique m’a semblé un cran au-dessous.

L’histoire est très pudique, puisqu’elle ne comporte aucune scène d’amour entre les deux personnages, qui, d’ailleurs, ne feront pas leur vie ensemble, sinon en rêve, après que Mia ait épousé un autre homme et en ait eu un enfant. La scène où elle retrouve par hasard son ex-amoureux dans le club de jazz qu’il a fondé et où elle (ou lui ?) rêve qu’ils reprennent leur histoire passée est entièrement imaginée.

Tout se passe à Los Angeles, comme le suggère le titre (La = L.A. = Los Angeles), où vivent et végètent Sebastian et Mia. Lui est pianiste de jazz sans succès, elle est actrice débutante et qui rate toutes ses auditions. Bien entendu, on devine dès le début qu’ils vont réussir et devenir vedettes, car c’est la règle au paradis du « rêve américain » [sic]. Aucune surprise, donc. Et l’animosité qu’ils partagent au début va évidemment se transformer en amour, toujours selon les canons en vigueur au pays du rêve calibré, ce qui se concrétise par une scène assez nunuche, faute de goût filmée dans l’observatoire Griffith qui avait servi au film de Nicholas Ray Rebel without a cause (en français, La fureur de vivre, avec le navrant James Dean), avec effet spécial numérique figurant une danse dans un ciel étoilé...

C’est très nostalgique, bourré de références cinématographiques assez obsessionnelles (Casablanca, Rebel without a cause), et se conclut par un épilogue qui remet enfin au premier plan la chorégraphie qui manque tant à ce film, que pourtant on nous a vendu comme une comédie musicale. Bref, entre deux séquences dansées qui seules valent le dérangement, un mélo assez pesant, prévisible et ennuyeux. Je pense que Spielberg, qui avait prouvé dans 1941 et dans le prologue d’Indiana Jones and the temple of doom ses capacités dans ce domaine – où il montrait davantage d’énergie –, aurait été le mieux placé pour ressusciter le genre, qui malheureusement va demeurer moribond, en dépit des cris d’admiration de la critique unanime. Ne resteront par conséquent que les films du passé.

(Et puis, mon Dieu, qu’Emma Stone est peu charismatique ! La tristesse qu’elle dégage plombe le film. Si Ryan Gosling, dont on a beaucoup tenu à nous faire savoir qu’il s’était consciencieusement entraîné à jouer au piano alors qu’il n’est pas pianiste, tient plutôt bien sa partie, elle ne paraît avoir été recrutée que parce qu’elle est bankable, comme il faut dire. Je pense que c’est une erreur de distribution)

Le film a coûté trente millions de dollars, et a rapporté bien davantage. Alors que Whiplash n’avait coûté que 3,3 millions.

En bref : à voir à la rigueur.Haut de la page

Un jour dans la vie de Billy Lynn

Réalisateur : Ang Lee

Titre original : Billy Lynn’s long halftime walk

Scénario : Jean-Christophe Castelli , d’après un livre de Ben Fountain

Interprètes : Joe Alwyn (Billy Lynn), Garrett Hedlund (Dime), Arturo Castro (Mango), Mason Lee (Foo), Astro (Lodis), Beau Knapp (Crack), Ismael Cruz Cordova (Holliday), Barney Harris (Sykes), Vin Diesel (Shroom), Steve Martin (Norm), Chris Tucker (Albert), Kristen Stewart (Kathryn), Makenzie Leigh (Faison), Ben Platt (Josh), Bruce McKinnon (le père de Billy), Deirdre Lovejoy (la mère de Billy), Laura Lundy Wheale (Patty Lynn), Allen Daniel (le major Mac), Randy Gonzalez (Hector), Tim Blake Nelson (Wayne)

Musique : Jeff Danna et Mychael Danna

Directeur de la photographie : John Toll

Montage : Tim Squyres

Décors : Gregory S. Hooper, Kim Jennings, Thomas Minton et Aziz Rafiq

Durée : 1 heure et 53 minutes

Sortie : en France le 1er février 2017

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Je ne l’écris pas souvent, mais ce film mériterait bien davantage un prochain Oscar que ce pauvre La La land, qui n’est jamais qu’un mélo moyen et mollasson sur deux artistes mettant du temps à réusssir mais « que la vie va séparer » [sic] – sans quoi il n’y aurait pas de film. Ce thème a souvent été utilisé au cinéma, donc, rien d'original.

Mais l’Oscar, Billy Lynn’s long halftime walk ne l’aura pas, car Hollywood détestera qu’un cinéaste d’origine taïwanaise, quoique devenu un des grands d’Hollywood, lui rappelle que les États-Unis perdent toutes leurs guerres depuis 1945, et que leurs dirigeants, tout en proclamant leur amour de la liberté [re-sic], n’ont en tête que le souci de rendre les riches plus riches, y compris en pratiquant, comme actuellement, la xénophobie à outrance, et, au besoin, en envoyant ses jeunes au casse-pipe en leur faisant croire qu’ils combattent pour ladite liberté. Ajoutons qu’outre cela, si les États-Unis pratiquent un patriotisme à tout crin et passablement ridicule (chanter l’hymne national avec la main droite sur la clavicule, confondue avec le cœur), s’ils envoient leurs boys faire la guerre loin de la mère-patrie et leur tressent des fleurs quand ils reviennent, en réalité, ils détestent les survivants comme on déteste sa conscience si elle vous chatouille un peu trop. Voir le tout premier Rambo !

Le Billy Lynn du titre est un jeune Texan de 19 ans, qui s’est engagé pour pouvoir payer le traitement médical de sa sœur accidentée, et a été envoyé en Irak, en 2004, au temps de Saddam Hussein. Là, au cours d’une escarmouche, il tente de ramener dans les lignes amies son sergent qui a été blessé, mais trop tard puisque le sous-officier meurt très vite. Or une caméra restée ouverte a filmé l’évènement, l’enregistrement est diffusé aux États-Unis, et l’armée ramène pour quelques jours l’escouade entière, afin d’exhiber le « héros » et ses camarades. On pense au film de Clint Eastwood sur ce petit groupe de soldats devenus célèbres, durant les combats dans le Pacifique, pour avoir simplement servi de figurants dans l’élaboration d’une photo abondamment truquée qui a ensuite servi d’instrument de propagande. Mais Eastwood dénonçait fort peu l’imposture et se contentait de raconter les faits. Ici, on prend parti. Billy, ses camarades et leur supérieur immédiat, un sergent humaniste, sont scandalisés par les exhibitions auxquelles on leur impose de participer : patriotisme, glorification de « l’Amérique » [re-re-sic, car nul ne songe que l’Amérique est un continent, dont les États-Unis ne sont qu’une petite partie, mais qui a annexé le tout], drapeau, musique pop, feux d’artifice, discours où s’étale une vanité nationale fort peu justifiée par les faits, avec, en prime, ces brochettes de soldats au garde-à-vous sur le terrain de sport. Au point que le héros de cette histoire, humilié, en vient à souhaiter de retourner en Irak, malgré le souhait de sa sœur aînée qui suggère de l’aider, via l’intervention d’un psy, à se faire exempter.

La publicité nous révèle que le film a été réalisé avec des techniques spéciales : 120 images par seconde au lieu de 24, quadruplement du nombre de pixels des images, filmage en 3D, et ainsi de suite. Or très peu de salles sont capables de suivre cette technique (une seule dans la banlieue parisienne, à Ivry), donc tout cela n’a pas grand intérêt. En revanche, scénario, dialogue et mise en scène dépassent de loin ce qui est produit habituellement. Et on retiendra cette phrase prononcée par Billy : « On me récompense pour le pire jour de ma vie », et « En Irak, on nous tue, on se moque pas de nous ».

Le film est construit sur un montage parallèle entre les scènes de guerre et les séquences présentes, totalement décalées, où les soldats sont forcés de participer à un cirque, et comprennent que leurs compatriotes, grugés par leurs dirigeants, sont désormais coupés de la réalité et ne voient aucun mal à laisser accomplir en leur nom des horreurs qui les déshonorent.

Joe Alwyn, qui incarne Billy, est très émouvant, simplement par ses regards et quelques larmes de honte. La honte, un état d’esprit qui n’est pratiquement jamais filmé ailleurs...

En bref : à voir absolument.Haut de la page

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Dernière mise à jour de cette page le jeudi 16 février 2017.