Kinopoivre, les films critiqués par Jean-Pierre Marquet

Empire du Soleil

Non professionnel, je ne puis me targuer d’être un véritable critique. Je reste un amateur – au sens où l’on était un sportif amateur lorsqu’on participait autrefois aux Jeux Olympiques (ce temps-là est bien fini : lisez plutôt Halte aux Jeux !, d’Albert Jacquard). Cette notion d’amateurisme n’a rien à voir avec le degré de compétence, et l’on connaît aussi des critiques à la fois professionnels ET mauvais : paresseux, de mauvaise foi, parfois ignares. Néanmoins, beaucoup de critiques français font bien leur métier. Il est injuste – et idiot –, par exemple, de prétendre que les critiques de cinéma sont des cinéastes ratés qui se vengent en « démolissant » les films dont ils ont à rendre compte. Cela peut exister, mais l’immense majorité fait un travail utile, contribuant à faire découvrir au public des œuvres qui, sans eux, resteraient ignorées. C’est l’essentiel de leur travail. Tout aussi idiot, de ressortir sans cesse la mauvaise blague selon laquelle aucun enfant n’a jamais rêvé de devenir critique.

Ce travail de découverte et de pédagogie n’empêche pas qu’on DOIVE effectivement démolir les mauvais films, pour deux raisons. D’abord, pour le spectateur qui n’a pas sa carte de presse et paye sa place, le cinéma coûte cher, très cher : dissuader le novice d’aller gaspiller son argent pour voir un navet relève de la défense du consommateur. Ensuite, parce que le nombre d’écrans est limité, et, lorsque un mauvais film monopolise la plupart des salles du pays durant des semaines, il gêne la sortie des productions moins bien pourvues sur le plan financier, celles qui ne peuvent s’offrir le budget de publicité apte à générer l’afflux de spectateurs nécessaire si l’on veut rentabiliser les frais d’une sortie massive (ne serait-ce que la fabrication simultanée de centaines de copies). Les exemples ne manquent pas de films morts-nés, tués par la concurrence indécente des blockbusters.

Mais les critiques sont des êtres humains. Ils ne sont pas infaillibles. Il leur arrive, s’ils passent à la radio ou à la télévision, de vouloir faire leur intéressant et d’adopter des positions paradoxales ; comme cet ex-critique qui prétendait être parti au milieu du Titanic de James Cameron, parce qu’il s’ennuyait, affirmait-il. C’était probablement mensonger, mais c’était surtout d’un snob ! Et d’une bêtise... Car Titanic était un bon film, et son succès, mérité.

De plus, leur métier impose aux professionnels de respecter un certain critère de qualité ; en clair, un critique ayant pignon sur rue ne peut, à moins d’être un héros ou un plaisantin, vanter les mérites d’un navet, ce navet serait-il inoffensif, c’est-à-dire incapable de concurrencer les bons films. Pas plus qu’ils ne peuvent dire du mal d’un chef-d’œuvre mondialement apprécié : qui se risquerait à traquer les ridicules, par exemple, chez Eisenstein ? Et pourtant, on se souvient, dans Octobre, d’un intertitre « LONGUE VIE AU GOUVERNEMENT PROVISOIRE », que Pierre Dac aurait pu imaginer !... Pour ne rien dire du dialogue de Full metal jacket, du très peu contesté Stanley Kubrick : les répliques d’anthologie « Pour causer, tu causes, mais pour oser, tu oses ? » et « Les morts ne savent qu’une chose, c’est qu’il vaut mieux rester vivant » sont, j’espère, dans toutes les mémoires ! Comprenons-nous bien, j’admire Kubrick, mais tout le monde peut déraper, y compris en supervisant la version doublée en français.

Ce long préambule vise à justifier ceci : on peut, sans honte, aimer des films qui n’ont pas reçu l’imprimatur de la critique. Et je me propose s’en défendre quelques-uns dans cette section des films dédaignés.

Pour commencer, Samson et Dalila, chef-d’œuvre de Cecil B. DeMille, et Empire du soleil, le meilleur film de Steven Spielberg, à mon avis – et je dirai pourquoi. Je n’ai pas trouvé beaucoup de critiques favorables. Raison de plus pour en écrire une.

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Dernière mise à jour de cette page le mercredi 5 avril 2017.