Kinopoivre, les films critiqués par Jean-Pierre Marquet – Les classiques – Citizen Kane

Citizen Kane

Samson et Dalila

Réalisateur : Cecil B. DeMille

Scénario : Jesse Lasky Jr et Fredric M. Frank, d’après le roman de Vladimir Jabotinsky Judge and fool (autre titre : Samson the Nazarite, Samson & Prelude to Delilah)

Interprètes : Hedy Lamarr (Dalila), Victor Mature (Samson), George Sanders (le Saran de Gaza), Angela Lansbury (Semadar), Henry Wilcoxon (le Prince Ahtur), Olive Deering (Miriam), Fay Holden (Hazelelponit), Julia Faye (Haisham), Russ Tamblyn (Saül), William Farnum (Tubal), Lane Chandler (Teresh), Moroni Olsen (Targil), Francis McDonald (le conteur), William “Wee Willie” Davis (Garmiskar), John Miljan (Lesh Lakish), Arthur Q. Bryan (le gros marchand philistin sans robe), Kasey Rogers (un spectateur), Victor Varconi (seigneur d’Ashdod), John Parrish (seigneur de Gath), Frank Wilcox (seigneur d’Ekron), Russell Hicks (seigneur d’Ashkelon), Fritz Leiber (seigneur Sharif), Boyd Davis (premier prêtre de Dagon), Mike Mazurki (chef des soldats philistins), Davison Clark (prince marchand), George Reeves (messager blessé), Pedro de Cordoba (Bar Simon), Frank Reicher (barbier du village), Colin Tapley (prince), Harry Cording (prince), Michael Hall (prince), Nils Asther (prince), James Craven (prince), Dorothy Adams (spectatrice qui crie au temple), Eric Alden (courtier / soldat / invité / spectateur), Joel Allen (courtier), Robert J. Anderson (garçon), Sugarfoot Anderson (esclave qui évente le couple royal), Carl Andre (spectateur), Vaughn Anthony (soldat), Sam Ash (vendeur), Jerry Austin (bouffon), Kay Bell (soldat), Ray Bennett (surveillant du moulin), Wanda Jay Bieber (danseuse), Wilda Bieber (danseuse), Rus Conklin (invité / grand soldat), Delmar Costello (esclave), Fairy Cunningham (fille), Isabel Cushin (fille), Charles Dayton (nain dans l’arêne), Edgar Dearing (collecteur de taxes), Joe Dominguez (prêtre), Lester Dorr (victime), Allan Douglas (courtier), Claire Du Brey (spectatrice au temple), Art Dupuis (soldat), Rosemary Dvorak (femme), Sarah Edwards (spectatrice), George Eldredge (seigneur), Fernanda Eliscu (bergère), Charles Evans (Manoah), Al Ferguson (villageois), Margaret Field (spectatrice au temple), Budd Fine (prêtre), Howard Gardiner (prêtre), Dick Foote (soldat au temple), Gene Gary (prince dans la loge), Fred Graham (prêtre), Greta Granstedt (spectatrice au temple), Frank Hagney (garde au moulin), William Hall (capitaine philistin), John Halloran (collecteur de taxes), Chuck Hamilton (capitaine), Thomas Browne Henry (maître du Trésor), Weldon Heyburn (spectateur au temple), Ed Hinton (Makon), Wesley Hopper (prêtre), James Horne Jr (prince), Charles Anthony Hughes (marchand), T. Arthur Hughes (porteur robuste), Perry Ivins (berger), Curtis Loys Jackson Jr (garçon), Gary Lee Jackson (garçon), Miriam Jaye (femme dans la loge), Sheldon Jett (homme gras), Charles Judels (marchand danite), John Kellogg (spectateur au temple), Phyllis Kennedy (fille aux yeux écarquillés), Crauford Kent (astrologue au tribunal de commerce), Mike Killian (jeune berger), Fred Kohler Jr (soldat au temple), Bob Kortman (vendeur), Ethan Laidlaw (collecteur de taxes), Paul Lees (spectateur), Leota Lorraine (femme de marchand), Charles Lunard (danseur au temple), Leoncio Madero (ouvrier de la poterie), George Magrill (courtier / soldat), Ted Mapes (capitaine tué avec la mâchoire d’âne), Frank Mayo (maître architecte), Philo McCullough (marchand), Leo J. McMahon (conducteur du char de course), Charles Meredith (grand prêtre de Dagon), John Merton (assistant du collecteur de taxes), John “Skins” Miller (homme au baudet), Joyce Miller (invitée), Bert Moorhouse (spectateur au temple), Lyle Moraine (soldat), Joel Nestler (garçon), John Northpole (mendiant), Edward Peil senior (ouvrier « noueux »), Hamil Petroff (danseur au sabre), Crissy Ellen Pickup (fille), Marjorie Pragon (danseuse au serpent), Hugh Prosser (collecteur de taxes), Sally Rawlinson (invitée), Rodd Redwing (spectateur au temple), Gordon Richards (guide), Keith Richards (spectateur au temple), Stephen Roberts (Bergam), Angelo Rossitto (nain dans l’arêne), Carl Saxe (esclave), Paul Scardon (mendiant), Lester Sharpe (fabricant de selles), Douglas Spencer (courtier), Robert St. Angelo (soldat), Larry Steers (prêtre), Erica Strong (fille riche dans la loge), Ray Teal (collecteur de taxes), Harry Templeton (prêtre / soldat), Larry Thompson (victime), Mort Thompson (spectateur), Tom Tyler (capitaine au moulin), Brahm van den Berg (danseur au temple), Charles Wagenheim (citadin), Pierre Watkin (deuxième prêtre de Dagon), Lloyd Whitlock (chef scribe à la chambre de commerce), Henry Wills (conducteur du char du saran), Harry Woods (Gammad), Jeff York (spectateur au temple), Paul Zendar (soldat / spectateur), Grace Ziebarth (chef des danseuses), George Zoritch (danseur au sabre), Cecil B. DeMille (voix du narrateur)

Musique : Victor Young

Images : Georges Barnes

Montage : Anne Bauchens

Décors : Hans Drier, Walter H. Tyler et John Meehan (récompensés par un Oscar)

Costumes : principalement Edith Head (costumes récompensés par un Oscar)

Durée : 2 heures et 11 minutes (avec les musiques d’ouverture et de fin). 2 heures et 14 minutes en Argentine.

Couleurs : Technicolor

Format : 1,37:1

Budget estimé : 3 millions de dollars

Sortie mondiale : 21 décembre 1949 à New York, le 5 octobre 1951 en France

Doublage en français : Jean Davy pour Victor Mature ; Abel Jaquin pour George Sanders ; Sylvie Deniau pour Angela Lansbury ; Claude Péran pour Henry Wilcoxon ; Renée Simonot pour Olive Deering ; Henriette Marion pour Miriam Fay Holden ; Camille Guérini pour William Farnum ; Anne Marilo pour Russ Tamblyn (!) ; Jean Clarieux pour Harry Woods ; et Pierre Morin pour Lane Chandler

C’est bien à tort que Cecil B. DeMille passe pour un spécialiste des films « bibliques », puisque, sur les quatre-vingts qu’il réalisa dans de nombreux genres différents – aventures, drames bourgeois, westerns –, on ne compte que quatre films inspirés de la Bible : Les dix commandements (première version, muette, en 1923), Le roi des rois en 1927, Samson et Dalila en 1949, et son dernier film, Les dix commandements (seconde version, en 1956). Donc rien n’est plus faux que cette réputation ! Encore faut-il préciser, pour Les dix commandements, que la première version, qui durait deux heures et seize minutes, comportait un second épisode contemporain, dans lequel on montrait l’efficacité (supposée) desdits commandements dans la vie moderne : à San Francisco, deux frères, John et Dan, étaient amoureux de Mary, et ce conflit s’aggravait quand le premier découvrait que son frère avait utilisé des matériaux de mauvaise qualité pour construire une cathédrale...

L’histoire de Samson provient du Livre des Juges, chapitres 13 et 16, dans l’Ancien testament, mais elle a été arrangée pour la rendre beaucoup plus romanesque, grâce au personnage de Dalila, qui est au tout premier plan et dont le caractère a été considérablement enrichi par rapport au peu que la Bible raconte sur elle. Cette histoire avait déjà été filmée en Autriche, en 1922, par l’illustre Alexander Korda, et sortit à Vienne le 25 décembre de cette année, mais DeMille fut tenté par cette histoire à partir de 1935, et il avait versé dix mille dollars à l’historien Harold Lamb pour écrire le scénario de ce qu’il considérait alors comme « une des plus grandes histoires d’amour de tous les temps ». Néanmoins, il avait délaissé ce projet jusqu’en 1948, pour tourner The plainsman (en français, Une aventure de Buffalo Bill, avec Gary Cooper et Jean Arthur, en 1936, sorti en France le 7 mai 1937). Il le reprit après avoir terminé Unconquered en 1947 (en français, Les conquérants d’un nouveau monde, toujours avec Gary Cooper), et lu Judge and Fool, roman de Vladimir Jabotinsky qui décrivait Dalila comme la jeune sœur de Sémadar, la femme philistine de Samson – épouse inventée, absente de la Bible. Dalila fut donc créée quasiment à partir de rien, par l’illustrateur Henry Clive, qui peignit sa vision du personnage au printemps 1948. DeMille décrivit sa Dalila comme ardente, douce (qualité qui n’apparaît guère dans le film), et rusée, avec une dangereuse capacité pour la vengeance, « une combinaison de Vivien Leigh et Jean Simmons, avec un peu de Lana Turner » (sic).

Le scénario final fut écrit par Jesse L. Lasky junior et Fredric M. Frank, à la fois d’après la Bible, le précédent scénario de Lamb et le roman de Jabotinsky.

Pour interpréter Dalila, lors de la première production, on pensait à Dolores del Río, Paulette Goddard et Joan Crawford. Puis, lorsque la production fut relancée en 1947, des douzaines d’actrices furent envisagées : Märta Torén, Viveca Lindfors, Lana Turner, Rita Hayworth, Susan Hayward, Ava Gardner, Jane Greer, Greer Garson, Maureen O’Hara, Rhonda Fleming, Jeanne Crain, Lucille Ball, Jennifer Jones, Vivien Leigh, Gail Russell, Alida Valli, Linda Darnell, Patricia Neal, Jean Simmons, Nancy Olson : beaucoup de choix fantaisistes, donc. Mais DeMille choisit Hedy Lamarr après avoir vu The strange woman, où elle avait pour partenaire Ian Keith, qui fut un concurrent pour le rôle du Saran de Gaza, finalement attribué à George Sanders, lequel y est excellent, très nuancé. À vrai dire, DeMille avait d’abord envisagé Hedy Lamar, en 1939, pour jouer Esther dans un autre film biblique qui ne se fit pas. Il fut très satisfait de l’interprétation de Miss Lamarr, et on le comprend, elle est éblouissante dans toutes les facettes de son rôle.

 

Hedy Lamarr et George Sanders

 

Pour jouer Samson, on pensa d’abord à Burt Lancaster, qui refusa car il souffrait du dos. Puis ce fut Steve Reeves, un culturiste célèbre, mais il refusa aussi, parce qu’on lui demandait de faire « moins culturiste ». Si bien qu’on engagea Victor Mature, dont le réalisateur avait admiré la performance dans Kiss of death. C’était pourtant un assez mauvais acteur, très peu expressif... mais costaud !

 

Victor Mature

 

Pour incarner Semadar, on pensait à Phyllis Calvert, mais elle renonça pour raison de santé, et Angela Lansbury la remplaça. Là encore, ce n’était pas le meilleur choix, elle ne faisait pas le poids en face d’Hedy Lamarr.

Pour jouer Miriam, la fille amoureuse de Samson, on auditionna Kasey Rogers, mais DeMille la trouva « trop jolie et trop jeune », et lui donna le rôle d’une spectatrice philistine dans la séquence de fin, au temple (mais sous le nom de Laura Elliot). C’est donc Olive Deering qui fut Miriam, et joua plus tard une autre Miriam, la sœur de Moïse, dans Les dix commandements, où elle était parfaite. Enfin, Russ Tamblyn, à quinze ans, jouait le futur roi Saül, premier roi (mythique) des Juifs, sous le règne duquel David apparut et vainquit le géant Goliath. Saül, comme Samson, se suicida, ce qui est rarissime dans la Bible. Russ, bon danseur et acrobate, et qui en était à son quatrième film, a joué dans de nombreux films, dont le célèbre West side story, où il était Riff, le chef des Jets. Ci-dessous, ces deux personnages dans une scène du début du film :

 

Russ Tamblyn et Oliver Deering

 

Le tournage principal commença le 4 octobre 1948, et se termina le 22 décembre. Les prises de vues eurent lieu aux studios Paramount, au 5555 Melrose Avenue, à Hollywood. Un peu plus tard, le 4 janvier suivant et à part, on tourna les plans du champ labouré – où les cultures changent de couleurs avec les saisons – aux Alabama Hills, à Lone Pine, toujours en Californie. D’autres scènes additionnelles furent réalisées entre le 18 et le 21 janvier, à Bou-Saâda, en Algérie, et à Moulay-Idriss, au Maroc, pour figurer les extérieurs en Palestine. Mais le 23 mai, alors que Samson et Dalila était terminé, on reconstitua le plateau en studio pour que Billy Wilder puisse réaliser, en quatre jours, les scènes où DeMille apparaissait, jouant son propre rôle, dans Sunset boulevard : il était censé tourner encore Samson et Dalila !

Samson et Dalila comporte pas mal de trucages, supervisés par Gordon Jennings. Le plus coûteux fut bien sûr celui du temple de Dagon, le dieu des Philistins, qui devait s’écrouler après que Samson eut renversé deux colonnes soutenant la plateforme où se trouvait la statue géante. Cette séquence coûta donc 150 000 dollars, et il fallut... un an pour la réaliser. La partie basse du temple était construite en grandeur nature, la partie haute était un modèle réduit de onze mètres de haut, et la statue elle-même mesurait cinq mètres et servit pour les effets photographiques. Cet ensemble réduit fut détruit trois fois, afin de filmer sous différents angles, puis on mêla le résultat avec les prises de vues en grandeur nature, via un motion repeater system (système répétiteur de mouvements) fabriqué par les studios Paramount, et capable de répéter exactement les mouvements de caméra.

 

Dagon

 

La première du film eut lieu le 21 décembre 1949, dans deux cinémas de New York, le Paramount et le Rivoli. Il eut de bonnes critiques et rapporta en 1950 onze millions de dollars. Il reçut aussi de nombreux prix.

Alors que le film n’exista longtemps qu’en cassette VHS (doublé, pour la France), il fallut attendre 2012 pour qu’il soit numérisé au format 4K, et restauré numériquement. La première de cette version eut lieu en Italie, à Bologne, au cinéma Ritrovato. Il existe à présent en DVD (l’image est très bonne) sorti le 12 mars 2013. Une version en Blu-Ray existe aussi. Les précédents DVD n’étaient que des copies pirates de cassettes VHS ou d’enregistrements fabriqués à partir de diffusions à la télévision.

 

*

 

La critique française déteste DeMille encore davantage que Spielberg : la rançon du succès, version snob. On lui reproche aussi et surtout d’être un homme de droite, comme si cela avait la moindre importance. Ce qui devrait compter, pour un passionné de cinéma, c’est la qualité des films, leur réalisation, le soin mis à écrire un scénario, etc. ; et non pas les opinions politiques du réalisateur. Du reste, inconséquente comme on peut l’être dans les milieux branchés, elle porte au pinacle d’autres cinéastes de droite, comme Rohmer, John Ford ou Godard ! Et l’on vérifie aussi que des cinéastes et des acteurs qui se prétendent de gauche, comme Martin Scorsese et Leonardo DiCaprio, ne reculent pas à faire des films qui, prenant pour héros un salopard raciste, homophobe et antijuif comme Howard Hughes, passent sous silence ce minuscule détail ! Cecil B. DeMille, au moins, y allait franchement.

DeMille croyait en Dieu et lisait la Bible, où il cherchait – parfois – son inspiration. Cela n’en fait pas un imbécile. Pour ma part, je retiens son style filmique : dialogues très écrits, cadres minutieusement composés, rares déplacements de la caméra, qui ne bouge que pour mieux montrer ce que le spectateur doit voir... On est loin de ne trouver dans ses films que ce kitsch qui serait sa marque.

Quant à la mise en scène, elle est plutôt inventive et moderne, pour un homme du passé. Voyez cette scène, dans Les dix commandements, où Ramsès, pour symboliser ironiquement ce qu’il croit être la chute progressive – et qu’il espère – de son rival Moïse, place un à un des poids dans un plateau d’une balance, jusqu’à ce qu’elle penche de l’autre côté. Mais Moïse saisit une seule brique et la pose brutalement dans l’autre plateau, ce qui renverse l’équilibre et annule le sarcasme de Ramsès. Je ne connais pas beaucoup de réalisateurs d’aujourd’hui capables d’inventer ce jeu de scène.

On notera aussi que Samson et Dalila fait un peu figure de brouillon pour Les dix commandements à venir, et nombreux sont les éléments qui plaident en ce sens. Or il est mieux construit, puisque la séquence la plus spectaculaire arrive tout à la fin. Dans Les dix commandements, au contraire, toute la demi-heure qui suit le célèbre franchissement de la Mer Rouge est inintéressante, et la fin, très plate, sombre dans le prêchi-prêcha.

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Dernière mise à jour de cette page le mercredi 5 avril 2017.