Kinopoivre, les films critiqués par Jean-Pierre Marquet

Juin-août 2001

Avec Pearl Harbor, de Michael Bay, juin est mal parti. Mais il y a Chuck and Buck, de Miguel Areta, tout de même. Oubliez Antitrust, de Peter Howitt, La planète des singes, de Tim Burton, et Absolument fabuleux, de Gabriel Aghion. Faute de mieux, voyez Bella ciao, de Stéphane Giusti, Le tombeau, de Jonas McCord, ou Mais qui a tué Mona ?, de Nick Gomez, mais surtout, ne ratez pas Loin, d’André Téchiné.

Chuck and Buck

Réalisateur : Miguel Arteta

Scénario : Mike White

Interprètes : Mike White, Chris Weitz, Lupe Ontiveros, Beth Colt, Paul Weitz

Durée : 1 heure et 36 minutes

Sortie à Paris : mercredi 6 juin 2001

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Buck et Chuck étaient amis d’enfance, et ils ont un peu joués à des jeux sexuels sans conséquence. C’est ainsi du moins que l’a compris le second, qui, devenu adulte et maintenant installé à Los Angeles, prétend avoir oublié tout ça. Il ne ment qu’à moitié : il n’a rien oublié, mais ça n’a plus d’importance pour lui, fiancé qu’il est, bientôt marié à une fille de son niveau social – celui de cadre supérieur dans une firme qui produit des groupes de rock. Buck, lui, en est resté au même stade, et, lorsque tous deux se retrouvent aux obsèques de sa mère, il prend au sérieux l’invitation de pure forme que lui fait son ami. Si bien qu’il débarque dans la grande ville, où il décide bientôt de s’installer à son tour, et se met à harceler son ex-petit ami. Vite agacé, dès la première caresse un peu trop précise, celui-ci le prie de lui lâcher les baskets. Ça ne l’a pas fait rire, qu’on lui rappelle « Buck and Chuck and suck and fuck ».

Blessé, mais pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué, Buck loue un petit théâtre et fait jouer une pièce « pour enfants » qu’il a écrite sur leur aventure passée, et sur le thème cher à Francis Cabrel, « c’était mieux avant ». Naturellement, il invite son copain et sa fiancée. Chuck vient, mais n’apprécie évidemment pas. Pour se débarrasser du harceleur, mais peut-être aussi parce que l’aventure le tente encore un peu, il accepte le marché : une nuit ensemble, puis ils ne se verront plus. Et ça marche !

Moralité : passez-vous vos envies, elles cesseront d’être des obsessions. On ne saurait mieux dire.

C’est un tout petit film, sans trucages numériques, sans musique envahissante, et même assez mal photographié. Ah ! Que c’est reposant. On rit et on est ému – un peu. Le cinéma ne s’en trouve pas révolutionné, pas mis à mal non plus. Allez-y, ce film ne tiendra pas longtemps l’affiche.

En bref : à voir à la rigueur.Haut de la page

Pearl Harbor

Réalisateur : Michael Bay

Scénario : Randall Wallace

Interprètes : Ben Affleck, Josh Hartnett, Alec Baldwin, Jon Voight

Durée : 2 heures et 45 minutes

Sortie à Paris : mercredi 6 juin 2001

Erreurs du film : http://www.erreursdefilms.com/avent/erreurs.php?idf=PEAR

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J’en ris encore, même si ce fut une épreuve de presque trois heures et paraissant plus longue – un peu comme au baccalauréat, en moins angoissant mais en plus pesant. Annoncé à grand fracas, selon l’habitude bi-annuelle, comme le succès de la décennie, Pearl Harbor se révèle plutôt n’être qu’un... qu’une... Tiens ! Me voilà en panne de vocabulaire !

Problème, donc : comment qualifier Pearl Harbor ? Dire que c’est de la daube serait désobligeant pour la daube, qui est un excellent plat pour peu que le cuisinier ait une pincée de talent. Ici, pas de chef, mais un marmiton, Michael Bay (producteur, réalisateur et acteur dans Armageddon, lourds antécédents), qu’on imagine se posant la question avant de passer aux fourneaux : de quoi avons-nous besoin pour faire ce film ? Premièrement, de fric ; deuxièmement, de fric ; troisièmement, de fric. On a tout ça, OK, on fonce ! Et notre gâte-sauce de foncer, gâchant la marchandise en fin de compte – je pense au beau Josh Hartnett, et j’en ai pleuré, mais non plus de rire cette fois, de le voir s’égarer dans cette galère. Quel dommage qu’une parcelle de ce tas de dollars n’ait pas été distraite du budget publicitaire afin de s’offrir les services d’un bon scénariste !

Les films à grand spectacle obéissent invariablement à la règle suivante : ils sont longs, et divisés en deux parties. Dans la première, qui est l’exposition, on plante le décor et on fait connaissance avec les personnages, neuf fois sur dix par le biais d’une histoire d’amour. Puis, quand le public, ce plouc, a bien tout compris, on passe à l’action : guerre, incendie, naufrage, tremblement de terre, éruption volcanique, tornade, avalanche, et tout ce que vous pouvez imaginer. La comparaison de Pearl Harbor avec Titanic s’impose donc, avec cependant deux différences de taille. D’abord, James Cameron avait été assez finaud pour raffiner un peu ce schéma, en introduisant un troisième personnage dans son histoire d’amour, le navire lui-même, qui était au fond le personnage principal. Et puis, il avait été assez pervers pour fourguer à ses compatriotes un scénario qui flirtait avec le communisme, et non sans intelligence (les classes de passagers représentant les classes sociales), ce qui avait fait passer la pilule.

Bien entendu, Pearl Harbor fait exactement le contraire, et sombre dans le patriotisme le plus obtus, le plus cocardier, le plus primaire, et le plus triomphaliste, ce qui est tout à fait saugrenu dans ce contexte, puisque la destruction de la flotte américaine n’est pas précisément un titre de gloire pour nos amis yankees. Il faut croire que la Légion Étrangère de notre beau pays fait des émules, elle qui chaque année fête Camerone, une sanglante déculottée en fait. Et comme l’a dit Peter Fondu, critique à Ouï-FM et que j’aime bien car il a été l’un des rares à se moquer du très gnangnan dernier chef-d’œuvre de monsieur Jeunet : « Plutôt qu’à l’essence, on a l’impression que les avions ont fait le plein au Coca-Cola ».

Deux parties, donc, et même trois : l’histoire d’amour, l’attaque de la base navale, et la tentative de représailles ordonnée sur Tôkyô par Franklin Roosevelt, le Président des États-Unis. De quoi faire trois films qui auraient pu n’être pas médiocres, réalisés par des gens de talent. Hélas, occasion manquée. C’est la partie centrale, assez courte, qui fait le succès du film, l’attaque surprise menée par les Japonais au matin du 7 décembre 1941 sur cette base implantée à Hawaï, et qui devait entraîner l’entrée en guerre des États-Unis et permettre la victoire finale des Alliés sur Hitler et Hiro-Hito. Je ne vais pas m’étendre sur les atrocités japonaises qui, à elles seules, auraient justifié une guerre moins tardive contre l’Empire du Soleil Levant, car je l’ai fait ailleurs et je vous y renvoie. Cette séquence est très spectaculaire, c’est bien le moins, mais sa réalisation pêche par un montage parfois inadéquat (le naufrage de l’Arizona, mal filmé, monté en plans trop courts, n’a pas, et de très loin, l’ampleur de celui de Titanic). Les combats aériens auraient été plus crédibles si l’on avait mis davantage de soin dans la mise à l’échelle des avions, qui semblent parfois trop petits lorsqu’ils passent devant des constructions réelles. Et le réalisateur est pris d’un tic agaçant : lorsqu’un avion rencontre un obstacle et qu’il explose en mille débris, ça ne rate jamais, le plus gros morceau résultant de l’explosion vient s’écraser sur l’objectif de la caméra. Une fois, c’est intéressant, mais on nous ressort ce truc visuel une bonne douzaine de fois...

Un dernier mot : j’ai fait allusion plus haut à Coca-Cola. Que penseriez-vous d’un cinéaste qui fait la publicité de cette boisson au milieu d’une scène où un agonisant passe de vie à trépas ? Qu’il compense un peu plus tard en passant une pub de Pepsi ne change rien au fond du problème. Comme disait Godard, « les travellings sont affaire de morale », mais la morale, dans ce genre de cinéma où tout ce qui pourrait se révéler original et sincère est éliminé si cela déplaît aux responsables commerciaux, ne la cherchez plus. Elle est morte.

En bref : inutile de se déranger.Haut de la page

Antitrust

Réalisateur : Peter Howitt

Scénario : Howard Franklin

Interprètes : Tim Robbins, Ryan Phillippe, Richard Roundtree

Durée : 1 heure et 48 minutes

Sortie à Paris : mercredi 27 juin 2001

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Invariablement, les films sur l’informatique se plantent ; invariablement, ils prennent le spectateur pour un demeuré. Sauf erreur, et si l’on veut bien laisser de côté HAL 9000, l’ordinateur fou de 2001, Odyssée de l’espace, apparu en 1968, la mode de l’informatique au cinéma a commencé avec Wargames, de John Badham, en 1983, film pour teenagers dans lequel Matthew Broderick jouait un garçon de 17 ans, à deux doigts de déclencher une guerre nucléaire parce qu’en cherchant à se procurer gratos un jeu de stratégie, il s’était introduit sur le serveur du Pentagone et avait pénétré dans un simulateur de conflits ultra-secret. Ben voyons, c’est tout naturel, et ça se produit tous les jours ! D’ailleurs, les militaires n’ont rien de mieux à faire que d’étaler leurs secrets sur les réseaux afin d’en faire profiter les lycéens amateurs de jeux vidéo. Le public non initié avait avalé cette escroquerie canularesque en se donnant des frissons, et le film avait fini comme thème des Dossiers de l’écran à la télé, une référence, convenez-en. À part cela, on recense toujours dans ce type de films les mêmes poncifs imaginés par des gens n’ayant jamais utilisé un ordinateur : claviers produisant des bips à chaque frappe sur une touche, bécane qui confirme avec une voix humaine toute instruction tapée au clavier, petits génies s’introduisant sur n’importe quel site en un clin d’œil vu que les mots de passe sont faits pour les caniches et toujours basés sur le prénom de la petite amie de l’administrateur, programme de six cents méga-octets débogués en trente secondes par des moins de quatorze ans (suivez mon regard en direction de Jurassic Park), zooms sur une image floue capables d’en augmenter la résolution, et autres péripéties toutes plus vraisemblables les unes que les autres.

Quand on sait que sur cent jeunes gens, quatre-vingt-dix-neuf sont infichus d’écrire correctement les mots les plus usuels, et que les ordinateurs fonctionnant avec Unix, le seul système sérieux, sont particulièrement sensibles à la syntaxe et refusent de coopérer si on tape une majuscule à la place d’une minuscule, on mesure combien tout cela tient debout. Mais les scénaristes et le public confondent facilement adresse aux jeux vidéo et informatique, si bien que plus c’est gros, plus ça passe, et le dogme est bien établi : les enfants sont tous des génies de l’ordinateur.

Antitrust est un peu plus scrupuleux et tient compte d’une réalité récente, puisque la cible de cette histoire de fiction est la firme Microsoft, dont nous bénissons tous les jours le système d’exploitation vedette, Windows, ses plantages à répétition, ses redémarrages interminables et ses écrans bleus célébrissimes vous avertissant qu’une erreur fatale s’est produite « dans le module Inconnu à l’adresse 000A:BFFFC038 » et vous priant de relancer la bécane (ils disent « redémarrer l’ordinateur », histoire d’ajouter une faute de français aux milliers de fautes de programmation qui émaillent leur coûteux système d’exploitation). Dans ce film, Bill Gates... pardon, Gary Winston, est incarné par un Tim Robbins qui s’est bien amusé à se faire la tête du cher Billou, et on devine, dès sa première apparition, que c’est lui le méchant. Créatif en diable comme le premier pubeux venu qui aurait confondu Séguéla et Spinoza, il ne cesse de répéter à ses collaborateurs « Surprise me », histoire de les stimuler et de les impliquer dans leur tâche (sic). Alors, ils bossent comme des dingues pour le cher patron, qu’ils appellent tous par son prénom, merde quoi, on n’est pas chez IBM. Mais le personnage central du film n’est pas le futur maître du monde (on sait bien qu’en réalité, c’est Jean-Marie Messier), non, c’est un jeune homme d’une vingtaine d’années, évidemment génial, interprété par le très beau Ryan Phillippe. Beau et pas con, il a tout copié sur Steevy, c’est évident... euh, pardon, « c’est clair ». Pour avoir posé par Internet, lors d’une émission de télé où Gary Winston était l’invité, une question un peu plus pointue que la moyenne, du type « que donnez-vous à boire à vos employés pour qu’ils soient si créatifs ? », le voilà engagé par le grand patron en vue de travailler à l’élaboration d’un super-programme de communication à l’échelle planétaire, dont vous avez deviné, petits futés, qu’il va servir à vendre de la merde à tout le monde un peu plus commodément qu’à l’heure actuelle, où le client potentiel a encore un peu de temps pour réfléchir avant de se décider à casser sa tirelire. Ayant tardivement découvert que son nouveau patron est un pourri de première qui n’hésite pas à faire assassiner des programmeurs de talent pour leur piquer leurs secrets – si si ! Ça s’passe comm’ ça chez McDonald, pardon, chez NUVR, puisque c’est ainsi que la firme est rebaptisée –, il va savonner la planche du méchant, révéler ses crimes, et mettre en ligne sur Internet, avec l’aide de ses anciens copains qu’il avait un peu vite largués, la totalité du code source de Windows... pardon, de Synapse, le programme dont je vous parlais plus haut, et vous feriez bien de suivre.

Ce qui nous vaut la vision céleste de Bill-Gary Winston-Gates menottes aux poignets et traîné d’urgence devant le tribunal, qui ne va pas se borner à l’entarter. Quand je vous disais que c’était hyper-réaliste...

Au passage, signalons la boulette : il existe bien une boîte d’informatique qui s’appelle Synapse. Elle est implantée à Toulouse et fabrique des programmes de correction d’orthographe et de grammaire, ainsi que des dictionnaires fort efficaces. Comble d’horreur, c’est cette maison qui réalise le programme de correction orthographique intégré à la version française de Word, le logiciel phare de Microsoft ! Je leur ai demandé ce qu’ils en pensaient, à Toulouse ; eh bien, ils s’en foutent, car « Ce n’est qu’un film », m’ont-ils répondu. Tiens ! Des gens décontractés qui n’ont pas l’obsession de leur « image » et n’intentent pas des procès à tout bout de champ. Mais quoi, ce sont des provinciaux, ils ne sont pas comme tout le monde...

Bon, le film est une absolue fiction, vous l’aurez compris. Dans la réalité, non seulement Microsoft n’est pas en passe de se voir privée de son fondateur, non seulement le code source de son système d’exploitation n’est pas à la veille de se trouver dans le domaine public, mais Bill Gates s’est assis sur le jugement de la Cour qui lui enjoignait de dissocier Internet de Windows – c’est beau, la procédure d’appel permettant de ne pas se soumettre à un jugement ; chez nous, on a même, en prime, le renvoi en Cour de Cassation. Et il a fait mieux encore, le Gates, en rendant obligatoire l’enregistrement par Internet de sa suite bureautique Office XP et de son futur système d’exploitation Windows XP. Un beau pied de nez à la Justice américaine !

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Bella ciao

Réalisateur : Stéphane Giusti

Scénario : Stéphane Giusti et Raphaëlle Desplechin

Interprètes : Jalil Lespert, Jacques Gamblin, Yaël Abecassis, Serge Hazanavicius, Isabelle Carré, Vahina Giocante, Océane Mozas, Vittoria Scognamiglio

Durée : 1 heure et 35 minutes

Sortie à Paris : mercredi 18 juillet 2001

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Le titre ne se justifie qu’en référence à la chanson du générique de fin, d’ailleurs dans un arrangement médiocre (on aurait mieux fait d’y insérer l’interprétation de Thomas Fersen). L’histoire s’étale sur quatre générations, et non sur trois comme l’ont imprimé certains journaux : celle du grand-père Mancini, communiste italien, qui finira en 1932, exécuté par les fascistes ; celle de son fils Orfeo (Jacques Gamblin), qui va émigrer avec femme et enfants ; celle de ses propres enfants, Oreste et Bianca ; et pour terminer, celle de Jean, surnommé Gianni, qui s’intégrera enfin dans son pays d’adoption, la France, en y faisant ses études de médecine.

Cette histoire d’une famille qui veut émigrer en Amérique pour fuir l’oppression et la misère, et qui par erreur va échouer à Marseille, Henri Verneuil, qui l’a vécue, l’a déjà racontée dans Mayrig et sa suite, 588, rue Paradis. Comme c’est une œuvre anti-fasciste, et que c’est toujours d’actualité, on va voir cela avec sympathie, et on aimerait n’être pas déçu. Malheureusement, ce n’est pas le cas : trop de clichés, trop de maladresses, de fausses bonnes idées (écouter la voix des morts, l’oreille collée au sol ; faire manger à sa famille de la terre apportée du pays natal), des scènes ringardes (Isabelle Carré en statue de la Liberté, un must dans le genre grotesque) ou plaquées sur le scénario puis abandonnées (Oreste noyant l’ennemi de la famille dans les chiottes à la turque, épisode qui n’a aucun conséquence et n’est même plus évoqué ensuite).

Autre grief, qu’on ne devrait plus pouvoir adresser à quelque film que ce soit : tous ces Italiens, même avant de quitter l’Italie, sont joués par des acteurs français et parlent français. De sorte qu’on ne perçoit aucune différence entre le langage des personnages avant et après l’immigration, entre ceux qui ne comprenaient que l’italien, ceux qui parlaient les deux langues, et celui, Gianni, qui appartient à la dernière génération et n’a plus aucun rapport avec la patrie de ses ancêtres.

On ne retiendra de tout cela que la beauté des paysages (mais en Toscane, impossible de rater la photo) et la présence d’excellents acteurs, tout particulièrement Yaël Abecassis, belle et digne, et bien sûr Jalil Lespert, dont on ne dira jamais assez que c’est l’un des acteurs les plus doués de sa génération. Cependant, il devra se méfier : c’est son neuvième rôle au cinéma, son quatrième dans un long métrage, et il n’a jusqu’ici interprété que des fils du peuple, issus de la classe sociale la plus modeste. Par deux fois, il a joué un meurtrier. Par deux fois, il s’est laissé imposer une scène de nu intégral (la première fois, justifiée, dans Un dérangement considérable ; ici, totalement saugrenue). À se cantonner dans un rôle unique de film en film, à rejouer les mêmes situations, on sabote sa carrière. Il y a une vingtaine d’années, Miou-Miou avait dans tous ses films une scène où elle téléphonait en pleurant : les réalisateurs trouvaient cela très commercial. Mais le public a fini par estimer le truc un peu agaçant. Et l’on sait ce qu’est devenue la carrière de Miou-Miou.

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Le tombeau

Titre original : The body

Réalisateur : Jonas McCord

Scénario : Jonas McCord

Interprètes : Antonio Banderas, Olivia Williams, John Shrapnel, Derek Jacobi, Jason Flemyng, John Wood, Makram Khoury, Vernon Dobtcheff

Durée : 1 heure et 50 minutes

Sortie à Paris : mercredi 1er août 2001

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Les auteurs de ce film ne doivent pas beaucoup aimer « la secte du Vatican » – je cite approximativement. Croire le pape et ses sbires capables de vouloir détruire le corps présumé de Jésus, il faut avoir l’esprit mal tourné ! Quand on pense à la formidable relique que ferait ce squelette, découvert, selon le scénario, dans un tombeau de riche, à Jérusalem, par une jolie archéologue du pays !

Au fait, qu’est-ce qui donne à penser que le corps est celui de Jésus, que les bonnes gens, qui feraient mieux de lire la Bible, appellent naïvement « Jésus-Christ » comme si c’était un prénom composé (alors que christ, tout comme les mots messie, roi ou président, ou encore baptiste dans le cadre des évangiles, n’est rien d’autre qu’un nom commun et prend pas de majuscule) ? Tout simplement, parce que les Romains ne crucifiaient que des pauvres, voleurs ou bandits, et jetaient ensuite les cadavres aux ordures. Un corps crucifié conservé dans un tombeau de riche, en revanche, ça cadre très bien avec la légende de Jésus enseveli dans le tombeau de Joseph d’Arimathie – et passons sur le sérieux de cette anecdote, dans laquelle un condamné à mort est inhumé dans un caveau appartenant à un homme auquel il n’est pas apparenté, en outre membre du tribunal qui l’a condamné !

Il est vrai que l’Église a toujours préféré les reliques bidons aux vraies. En témoigne le suaire conservé dans la cathédrale de Turin, et dont elle a laissé croire durant des siècles aux naïfs (il en reste) qu’il s’agissait du « saint suaire », autrement dit, que cette pièce d’étoffe tissée au quatorzième siècle avait enveloppé le corps du Christ, mort mille trois cents ans plus tôt ! Des gogos susceptibles d’avaler un mensonge aussi énorme, l’espèce n’est pas éteinte, et l’aveu de Balestrero, l’archevêque de Turin, qui a courageusement admis le résultat des analyses scientifiques faites en triple exemplaire sur le tissu en 1988, n’a pas suffi à convaincre les têtes de mule.

Il est vrai également que si, par extraordinaire, on découvrait la véritable dépouille du Christ, cela suffirait à tout jeter par terre du côté des sacristies : Jésus ne serait donc pas ressuscité, et tout le christianisme, qui n’est fondé que sur ce postulat, serait par conséquent une « foutaise » (le mot est prononcé dans ce film impie)... N’y songeons même pas.

Voilà pourquoi Rome expédie à Jérusalem un jeune Jésuite, Matt Gutierrez (Antonio Banderas), expert en théologie mais pas en archéologie, car mieux vaut être prudent : même entre soi, la confiance ne règne pas. Votre mission, si vous l’acceptez, cher Père – et vous y avez intérêt si vous ne voulez pas vous retrouver missionnaire en Terre Adélie –, consiste à faire éclater la vérité de l’Église, pas la bête vérité vraie ! En commençant par faire censurer le rapport de l’archéologue, par exemple et en attendant mieux.

Un sujet sérieux donc, mais gâché par les épisodes surajoutés sur la guerre israélo-arabe, qui détournent inutilement l’attention au détriment du sujet central, et par une fin extravagante : les os du présumé Christ fourrés dans un sac de sport, sac dans lequel un chef terroriste palestinien laisse tomber sciemment une grenade. Boum ! Plus de squelette. Voilà le pape enfin tranquille ! En passant, je signale aux techniciens du film, qui n’ont sans soute pas fait leur service militaire, qu’une grenade défensive fait plus de dégâts que ça : ce type d’engin de mort détruit absolument tout dans un rayon de deux cents mètres, et l’on a du mal à croire que le beau Jésuite et la belle archéologue israélienne, qui se trouvent à trois mètres, en réchappent sans autres bobos qu’une légère boiterie pour le premier et un teint de femme Barbara Gould pour la seconde. Mais bon, le public ne va pas chicaner, lui qui déjà ne s’aperçoit de rien quand on confond un revolver avec un pistolet...

Quel dommage que, désabusé à propos de sa hiérarchie mais pas de sa croyance, le beau Jésuite, démissionnant de ses fonctions, n’ait pas ensuite jeté sa soutane aux orties pour épouser la fille, qui justement se trouvait être veuve ! C’est gaspiller les ressources du scénario...

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Mais qui a tué Mona ?

Titre original : Drowning Mona

Réalisateur : Nick Gomez

Scénario : Jonas McCord

Interprètes : Danny DeVito, Bette Midler, Neve Campbell, Jamie Lee Curtis, Casey Affleck, William Fichtner, Marcus Thomas, Peter Dobson, Kathleen Wilhoite

Durée : 1 heure et 37 minutes

Sortie à Paris : mercredi 15 août 2001

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Danny DeVito aime bien l’humour noir. On lui doit notamment Balance maman hors du train, en 1987, et La guerre des Rose, deux ans plus tard. Il n’a pas réalisé Mais qui a tué Mona ?, mais il l’a produit, et le film porte sa marque. Il y interprète le chef de la police d’un village paisible, que deux meurtres viennent animer un peu pour notre plus grand plaisir : celui de Mona, épouvantable mégère haïe de tous (Bette Midler), noyée au volant de la voiture de son fils, puis, plus tard, de son mari Phil, qui feignait l’idiotie afin d’avoir la paix dans son ménage, et rival amoureux de Jeff, son crétin de fils dont on se demandera jusqu’à l’épilogue comment il a perdu sa main droite. L’enquête est illustrée par de nombreux et rapides flashbacks, parfois mensongers malgré la règle qui veut que ce que l’on voit sur l’écran soit la vérité objective.

Je ne vous raconte pas l’histoire, inracontable, puisque vous irez voir ce film, sauf si vous teniez absolument à vous déconsidérer aux yeux de vos contemporains. À l’intention des neuneus, des nunuches et des midinettes qui estiment encore que les acteurs sont ce qu’il y a de plus important dans un film, signalons que la jolie Neve Campbell forme avec Casey Affleck un bien joli couple – qui se marie à la fin, et j’essuie une larme émue. Mais le joyeux cynisme de cette histoire fera la joie des gourmets.

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La planète des singes

Titre original : Planet of the apes

Réalisateur : Tim Burton

Scénario : William Broyles jr, d’après le roman de Pierre Boulle

Interprètes : Mark Wahlberg, Tim Roth, Helena Bonham-Carter, Michael Clarke Duncan, Kris Kristofferson, Estella Warren, Paul Giamatti, Cary Hiroyuki Tagawa

Durée : 2 heures

Sortie à Paris : mercredi 22 août 2001

Erreurs du film : http://www.dvdbloopers.net/fiches/default.asp?id=82

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La première version cinématographique du roman français de Pierre Boulle, auquel on devait déjà Le pont de la rivière Kwaï, date de 1968. Le film respectait l’esprit philosophique du livre, de sorte que les dialogues y étaient abondants et passionnants. Franklin Schaffner, un excellent metteur en scène, l’avait réalisé, Charlton Heston en était la vedette, qu’il partageait avec Roddy McDowall, plus connu à la télé, James Whitmore, un vétéran d’Hollywood, et Kim Hunter, jolie sous son masque – ce qui n’est pas le cas d’Helena Bonham Carter dans le remake. J’ajouterai que même la version française était bonne, interprétée par des acteurs compétents et prestigieux (et qui savaient prononcer le français ! Le mot « jungle » apparaît trois fois dans le dialogue, deux fois il est prononcé correctement : jONgle, pas jUNgle) comme Jean Martinelli. Le film, qui avait remporté un triomphe mérité, avait eu plusieurs suites, parfaitement insignifiantes, aussi bien au cinéma qu’à la télé.

Oui mais voilà, en trente-trois ans, le goût du public a changé. Plus question aujourd’hui de lui infliger des dialogues qu’il faut écouter pour les comprendre. Le public veut DE L’ACTION, merde quoi ! pas du blablabla philosophique. En foi de quoi, Tim Burton s’est attelé à la tâche de produire une mouture plus musclée – au sens propre. On espère pour lui que c’est une commande, car il y a mis bien peu de lui-même, et ce film pourrait être signé par n’importe quel tâcheron.

Amis qui me lisez par millions (enfin, presque...), de grâce, ne me bombardez pas de messages pour m’expliquer que je suis un grincheux, que je n’ai rien compris au film ou que je veux du mal au cinéma. J’étais bien disposé en me rendant à la première séance, le jour de la sortie ; j’étais même assez impatient, comme les centaines de spectateurs qui, phénomène rarissime, remplissaient aux trois-quarts, dès neuf heures du matin, la plus vaste salle du Forum des Halles. En effet, j’aime beaucoup Tim Burton, que je considère comme l’un des très rares artistes, visionnaire et doté d’un grand sens visuel, apparu dans les vingt dernières années. J’ai apprécié tous ses films, et je les revois souvent. Mais ici... Je doute fort de désirer revoir La planète des singes version 2001. Procédons par ordre croissant.

La vedette, d’abord. Tout antipathique qu’il s’est révélé par ses prises de position politiques et son action à la tête de la National Rifle Association, qui regroupe les excités amateurs d’armes à feu, Charlton Heston possède une présence, un charisme et une pincée de talent, que Mark Wahlberg est loin d’avoir. Assez beau garçon dans le genre brute, il peut produire deux ou trois expressions (une de plus que Christophe Lambert), mais cela ne va guère loin. Ne lui jetons pas la pierre. Au fond, que demande-t-on dans ce type de film ? Que la vedette soit capable de courir, de sauter, de nager, de grimacer, de monter à cheval et de faire le coup de poing. Donc il convient parfaitement.

Que dire de la musique ? Burton devrait changer de musicien, Danny Elfman n’est pas fait pour ce travail. Sa musique, envahissante, est banale, et abuse des basses renforcées. Pourquoi les gens de cinéma croient-ils que balancer des centaines de watts sur les fréquences proches de 50 Hz, c’est cela, faire de la musique ? Dans la première version de 1968, Jerry Goldsmith avait composé une partition sérielle apparemment sans rapport avec l’histoire, mais qui fournissait un ton étrange et mystérieux renforçant l’atmosphère d’irréalité. Avec cette version-ci et cette soupe sonore, on se croirait dans Star wars...

Il y a plus grave, sur le plan de la narration cette fois. Tous les bons réalisateurs le savent : on ne doit pas révéler trop vite ce qui constitue le choc d’un film de terreur. Les oiseaux du film d’Hitchcock n’apparaissaient que très graduellement, de même que le requin de Spielberg, révélé progressivement avec les précautions les plus parfaites. La face monstreuse d’Elephant man ne vous était pas jetée d’emblée à la figure, pas plus que le crâne de Mrs Bates dans Psychose. Et même Tim Burton avait pris son temps avant de nous montrer le Pingouin de Batman returns dans toute son horreur tragique. Procéder autrement, c’est maladroit, c’est du gaspillage, et c’est frustrant. La première version de La planète des singes suivait cette règle : les singes y apparaissaient tard, à partir de la trente-deuxième minute seulement, durant une chasse qu’ils faisaient aux humains, après une très longue séquence d’introduction qui installait l’atmosphère du film avec beaucoup de maîtrise. Ici encore, rien de tout cela, les singes sont montrés immédiatement, sans la moindre progression dramatique. Pas de suspense donc.

Il y a encore plus grave, et cette fois on touche au sens profond de l’histoire : la signification du film de Burton est complètement différente de celle du film de Schaffner. Chez Burton, l’humain est « le gentil », et tous les singes sont les « méchants » – violents, brutaux, sadiques (ils marquent les hommes au fer rouge !). Le spectateur, banalement, est invité à s’identifier au beau gosse du récit, qui ne se démène que pour sauver sa peau, et rien ne vient contrebalancer cette vision plutôt primaire, dont on se demande quel genre de public elle vise. Un public sans doute pas trop exigeant, pas trop gourmet, celui qui se nourrit au fast-food, écoute du rap, se gave de séries télévisées et n’ouvre jamais un livre. Celui qui, quarante ans auparavant, faisait un succès à de minables péplums ridicules et répétitifs ; il y a trente ans, aux westerns-spaghetti ; il y a vingt ans, aux films de karaté ; il y a dix ans et encore aujourd’hui, aux films d’horreur mâtiné d’humour gras. Le film de Schaffner était beaucoup plus nuancé, et, après avoir montré l’humain brimé par les singes apparemment « méchants » et bornés, nous ménageait un savant retournement de situation par la révélation finale : c’était l’espèce simiesque qui avait raison, et l’homme était en fait le méchant de l’histoire, et même de l’Histoire. Les dernières paroles de Taylor (Charlton Heston) et du film étaient pour maudire l’espèce humaine, qui avait détruit toute civilisation deux mille ans plus tôt.

On voit la différence de point de vue... et d’ambition cinématographique.

Notez aussi que la fin de l’histoire a été remaniée chez Burton, et reprend celle du roman de Pierre Boulle, transposée à Washington : le héros retourne sur Terre par ses propres moyens (c’est un peu dur à gober), atterrit en catastrophe devant le monument dédié à Lincoln, et découvre que la statue du père fondateur a été remplacée par un Lincoln simiesque. Et les policiers qui viennent le cueillir sont des singes. Eh bien, mille regrets, mais le scénario de 1968 était beaucoup plus fort : le personnage principal ne retournait pas sur Terre, puisqu’il n’y avait aucun voyage de retour, il découvrait qu’il ne l’avait pas quittée ! Cette révélation, qui s’appuyait sur le paradoxe temporel permettant ce coup de théâtre, s’effectuait via une scène ultime d’un effet visuel beaucoup plus fort, l’image de la statue de Liberté – celle de New York, pas celle de Paris –, brisée, abandonnée sur une plage déserte. Scène quasi-muette, après le débat passionné qui deux minutes auparavant semblait conclure l’histoire... et scène, aussi, qui renversait tout le sens du film !

On le voit, régression du scénario, régression de l’interprétation, régression de la musique : qu’en est-il alors de la mise en scène ? Peu de choses à sauver. Par exemple, Tim Burton est réputé pour ses décors fantastiques. On en trouvera ici deux ou trois qui valent le coup d’œil, même si l’un vaut surtout par son comique involontaire : la cité des singes ressemble au Mont-Saint-Michel ! Pour le reste, tout est trop parfait, trop apprêté, trop nickel, et l’on se prend à regretter le côté un peu bricolé du film de Franklin Schaffner, et ses décors plus près de la préhistoire que de la conquête spatiale, ce qui n’empêchait pas le dépaysement. Cela mis à part, l’essentiel du film, au moins la moitié, est occupé par des bagarres et des cascades, un peu comme si Burton avait pris comme conseiller technique le navrant réalisateur du Pacte des loups. Autrement dit, confondu mise en scène et agitation.

Amusons-nous un peu. Les mécontents que ces quelques aperçus contrarient vont, parions-le, s’exprimer sur deux thèmes : Tim Burton a « créé un univers », et Tim Burton a prétendu « ne pas faire un remake » et prié les spectateurs de ne pas comparer son film avec la première version, qu’il n’a pas voulu imiter, avance-t-il. Au premier argument, facile de répondre que Schaffner, lui aussi, avait créé un univers, pas moins cohérent que celui de Burton, mais beaucoup plus poétique. À propos du second, évidemment, on remarquera que ce type n’est pas bête ! Sans doute conscient de la grave indigence de son film, et la comparaison n’étant pas à son avantage, il a intérêt à ce que nul ne la fasse...

Pourquoi ne pas se demander, plutôt, si Tim Burton ne serait pas quelque peu sur le début de ce qui pourrait ressembler à un déclin ? Déjà, Sleepy hollow, moins réussi que ses films précédents, avait fait renâcler pas mal de spectateurs et de critiques. Est-ce que La planète des singes confirme ce déclin ? Nous verrons bien. Tant de réalisateurs, et des plus appréciés, ont connu le même sort ! Après une série de films intéressants, et parfois davantage que cela, beaucoup, même avant l’âge mûr, sont tombés au niveau zéro : Ken Russell, Carlos Saura, Martin Scorsese, Bernardo Bertolucci, Bertrand Blier, Bille August, Christian de Chalonge, Claire Denis, Claude Berri, David Lynch, Dino Risi, Mathieu Kassovitz, Patrice Leconte, Peter Greenaway, Ridley Scott, et des dizaines d’autres...

Bref, pas de quoi rêver. La planète des singes ne vous emmènera pas sur la planète des songes.

*

Post-scriptum : la critique ci-dessus a été rédigée avant que soit enregistrée l’émission de France Inter Le masque et la plume. Les critiques de cette émission ont tous confirmé ce que j’écrivais, et donné une opinion très défavorable sur le film de Burton. Par la même occasion est avérée ma supposition, que Burton a exécuté une commande de la Fox et n’a participé au tournage qu’au dernier moment, n’apportant rien de personnel à ce travail. Est aussi confirmée mon opinion sur les mérites comparés de Charlton Heston et de Mark Wahlberg : au premier est reconnu un certain charisme, au second est attribuée une transparence proche de la nullité. Enfin, mon opinion sur Danny Elfman, au plus bas de sa forme comme je l’avais écrit, est également confortée. Vous voyez, mes amis, on ne fournit pas ici de la critique au rabais, comme dans certains journaux, que je m’abstiendrai de nommer pour ne pas vexer Monique Pantel de « France-Soir ».

En bref : inutile de se déranger.Haut de la page

Absolument fabuleux

Réalisateur : Gabriel Aghion

Scénario : Gabriel Aghion et François-Olivier Rousseau

Interprètes : Josiane Balasko, Nathalie Baye, Marie Gillain, Vincent Elbaz, Claude Gensac, Yves Rénier, Saïd Taghmaoui, Jean-Paul Gaultier, Chantal Goya, Stéphane Bern

Durée : 1 heure et 45 minutes

Sortie à Paris : mercredi 29 août 2001

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On commence à connaître ce qui caractérise les films de Gabriel Aghion : la mode, les endroits branchés, une touche – voire un quintal – d’homosexualité, les acteurs et surtout les actrices qui en font des tonnes dans le contre-emploi... et les scénarios mal foutus. Absolument fabuleux ne s’écarte pas de ce schéma, et mieux vaut prévenir les fans de la série télévisée britannique de ce nom qu’ils n’y retrouveront rien de ce qu’ils aimaient dans le travail de Jennifer Saunders.

Les actrices, parlons-en. Nathalie Baye fait ce qu’elle peut pour paraître aussi odieuse que son modèle Joanna Lumley, et, des trois personnages principaux, son maquillage est le plus proche de l’original. Mais on n’a pas osé l’enlaidir suffisamment, et elle reste très en deçà de la Patsy britannique. On n’en dira pas autant de Josiane Balasko, dans le rôle d’Édith, alias Eddie, qui va très loin dans le côté monstrueux, et surcharge inutilement le rôle d’Edina. La comparaison avec Jennifer Saunders, l’auteur-interprète, est d’autant plus facile à faire que celle-ci apparaît en invitée dans la scène du défilé de mode : Josiane Balasko est plus proche d’Edward G. Robinson que de l’excellente comédienne britannique. Dans le rôle de Saffron, finement rebaptisée Safrane (on rigole, on rigole !), Marie Gillain n’est pas mauvaise, mais fallait-il vraiment en faire une Polytechnicienne pour marquer la distance avec sa mère ?

Les vedettes invitées ? Stéphane Bern se parodie lui-même, comme il le fait sur France Inter chaque jour, et Chantal Goya s’applique à saloper le peu d’image qui lui reste en chantant « Béquesaïne, it’s my cousaïne, Béquasaïne, it’s my voisaïne ». C’est à peu près tout. Inutile donc de s’attarder. On ricane nerveusement de temps à autre, de moins en moins à mesure que le film avance, et le tout devient franchement sinistre dans la séquence des prostitués mâles suivie de la scène dans la décharge d’ordures. Signalons au passage que le site officiel du film ne se donne même pas la peine de mentionner le nom des scénaristes, et que ça la fiche mal de faire une faute d’orthographe dans le nom d’un des acteurs au générique du film : le sympathique Saïd Taghmaoui ne s’appelle pas Taghamaoui !

En bref : inutile de se déranger.Haut de la page

Loin

Réalisateur : André Téchiné

Scénario : André Téchiné, Faouzi Bensaïdi, Michel Alexandre, Mehdi Ben Attia

Interprètes : Stéphane Rideau, Gaël Morel, Lubna Azabal, Mohamed Hamaidi, Yasmina Reza, Jack Taylor, Rachida Brakni, Nabila Baraka, Faouzi Bensaïdi, Hamid Basket

Durée : 2 heures

Sortie à Paris : mercredi 29 août 2001

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D’abord, et contrairement à ce qu’a écrit la presse, Stéphane Rideau et Gaël Morel ne reprennent pas dans ce film leurs personnages incarnés dans Les roseaux sauvages, du même Téchiné ! Ce précédent film se déroulait au temps de la guerre d’Algérie ; par conséquent, Stéphane et Gaël, ou plutôt Serge et François, ne pourraient pas avoir en 2001 l’âge qu’ils affichent ici, entre vingt-cinq et trente ans. Et toc ! Les mêmes journaux nous révèlent que, comme Vidocq, le film de Téchiné a été tourné avec une caméra numérique. C’est fou ce que cet argument peut servir ! Il avait déjà été utilisé pour La vierge des tueurs au début de l’année dernière. Faites gaffe, messieurs les attachés de presse, ça commence à se voir...

Mais laissons là ces stupidités dues à des « journalistes professionnels » qui se contentent souvent de recopier le dossier de presse fourni par la production, et parlons du film, car il en vaut la peine.

Pour qui vit au Maroc, autochtone ou étranger, la question finit toujours par se poser : rester, ou partir ? Tous les personnages de Loin se la posent. Il y a d’abord les Marocains : Sarah, jeune Juive dont la mère vient de mourir, et qui, tenancière d’une petite pension à Tanger, se demande si elle ne va pas émigrer, comme son frère, déjà installé au Québec ; Farida, veuve et enceinte, tout près d’accoucher, et pour qui partir est hors de question, car elle aime plus que tout son pays et sa culture ; Saïd, jeune, diplômé, sans travail, décidé à faire tout et n’importe quoi pour foutre le camp, comme la quasi-totalité des Marocains de son âge – et je sais de quoi je parle. Et puis les étrangers : Serge le camionneur, qui en a marre des allers et retours entre la France et le Maroc, marre aussi de ses amours tumultueuses avec Sarah, qui n’est pas de caractère facile ; James, l’homosexuel britannique, installé depuis toujours à Tanger, qui s’est ruiné pour entretenir des garçons et n’a plus envie de bouger ; François, jeune cinéaste fauché, qui voudrait bien aller exercer son métier en Europe mais n’a même pas les moyens de se payer une chambre à Paris ; Emily la Québecoise, mariée au frère de Sarah, venue en visite et qui resterait bien, mais son époux et son métier d’écrivain la retiennent ailleurs.

Nous allons vivre trois jours avec ces personnages, trois jours au bout desquels la question n’aura reçu aucune réponse, pour aucun d’entre eux. Mais on aura passé cette courte période avec des individus attachants et riches d’humanité, on aura suivi des conversations et des pérégrinations où ce qui fait la véritable vie tient toute la place. Au détriment, bien sûr, des lasers, des explosions de gratte-ciel, des soucoupes volantes, des combats de kung-fu, des échanges de coups de feu qui sont votre pain quotidien, ô mes frères cinéphiles. Ici, aucune poursuite de voitures dans les rues de Tanger, et personne ne dit « fuck ». Vous allez vous embêter ? Non, vous en ressortirez meilleur, et ce film vous poursuivra longtemps. Lui.

En bref : à voir.Haut de la page

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Sites associés :    Yves-André Samère a son bloc-notes 125 films racontés

Dernière mise à jour de cette page le dimanche 11 octobre 2015.