JPM - Films - Notules - Juin 2002

Notules - Juin 2002

 

Plus courtes que les critiques, les notules traitent d’un ou plusieurs films, ou de sujets d’actualité en rapport avec le cinéma. Jusqu’en septembre 2004, elles provenaient de divers forums aujourd’hui disparus. Par la suite, elles s’en affranchissent et sont rédigées directement ici.

Œuvres citées : À ma sœur – Romance – Irréversible – Sex is comedy – Feu de glaceKilling me softly – Orange mécanique – Scream – Le petit Poucet – Amadeus – Spider-manEquusPizzaro et le soleil – Molière – Les fourberies de Scapin – L’avare – La guerre du feu – Le dialogue des Carmélites – Tartuffe – L’auberge espagnoleMarie-Jo et ses deux amoursDragonfly – Apparitions

Personnes citées : Woody Allen – Catherine Breillat – Rocco Siffredi – Chen Kaige – Joseph Fiennes – Gaspar Noé – Ludwig van Beethoven – Milos Forman – Wolfgang Mozart – Peter Schaffer – François Périer – Frantz Salieri – Roman Polanski – Philippe Sollers – Ariane Mnouchkine – Roger Coggio – Jean Giraud – Louis de Funès – Louis XIV – Michel Baron – Philippe Caubère – Sam Raimi – Michel Charasse – François Mitterrand – Cédric Klapisch – Romain Duris – Robert Guédiguian – Nathalie Portman – Hayden Christensen – Tom Shadyac – Jean-Pierre Chevènement

Sodomie

Dimanche 5 juin 2002

Au cinéma en ce moment, rien n’est plus branché que la sodomie. Si vous vous avisez de commettre un film dans lequel les personnages oublient de s’enculer, vous êtes un foutu ringard, et votre film est voué au placard dès la première semaine. Et si j’étais Woody Allen, je me mettrais vite fait à la mode, sous peine de tomber dans les oubliettes.

L’an passé, on avait eu le très frais À ma sœur !, de Catherine Breillat, qui réparait un oubli de cette cinéaste, puisque, dans son précédent film Romance, Rocco Siffredi se contentait d’enfiler sa compagne par les voies normales que le divin Créateur avait prévues. Là, on y allait franco, et le dépucelage d’une fille de quinze ans se faisait via l’entrée de service.

La semaine dernière, c’est le roboratif Irréversible qui nous enchantait avec un viol de dix minutes chrono, pas recto, mais rectum, c’est-à-dire verso (ça va, vous suivez ?).

Aujourd’hui, la mère Breillat remet le couvert avec Sex is comedy, dans lequel elle nous montre le tournage de À ma sœur ! – on ne s’en lasse pas –, et comment elle s’y est prise pour « motiver » (sic) ses interprètes de ce chef-d’œuvre inoubliable. Mais qu’est-ce que vous attendez pour vous y précipiter ? Le salut du cinéma français est en jeu.

Haut de la page

Feu de glace

Mardi 7 juin 2002

Réalisé par Chen Kaige

Titre original : Killing me softly

Sorti aux Espagne le 10 mai 2002

Sorti en France le 5 juin 2002

Vu Feu de glace. Joseph Fiennes a de beaux yeux et un beau cul (voir notule précédente). Que demander de plus à un acteur ?

En bref : inutile de se déranger.Haut de la page

À propos d’Irréversible

Samedi 11 juin 2002

Actuellement, j’en veux beaucoup à Noé. Non, pas le constructeur de l’arche et l’inventeur de la cuite. Je parle de Gaspar Noé, le réalisateur d’Irréversible. Comme il a musiqué sa bouse avec le deuxième mouvement de la Septième du gros Ludwig – une musique sublime – je me retrouve dans la même situation qu’Alex dans Orange mécanique, qui ne pouvait plus écouter la Neuvième dudit Ludwig Van. De quoi râler. Pourtant, vous savez tous combien je répugne à râler...

En bref : à fuir.Haut de la page

Sur Scream

Mardi 14 juin 2002

Au sujet de Scream, je m’étais fait cette réflexion que TOUS les journaleux ont répété la même bourde, à savoir que c’était « un film d’horreur ». Il faut avoir les yeux bouchés pour ne pas comprendre que c’est une parodie de film d’horreur, en fait plutôt rigolote. Mais il n’est pas moins évident qu’un esprit faible peut prendre au sérieux n’importe quoi. Après tout, Le petit Poucet est aussi une histoire horrible, avec l’ogre qui égorge ses filles en croyant tuer les frères du héros. Et on raconte ça aux gosses, non ?

En bref : à voir.Haut de la page

À propos d’Amadeus

Jeudi 16 juin 2002

[À un internaute qui disait qu’Amadeus était « vu, revu, rerevu, supervu, archivu » :]

 

Ah bon ? Un film devient de moins en moins bon au fur et à mesure qu’on le voit, revoit et rerevoit ? En somme, c’est comme les piles Wonder, il s’use si l’on s’en sert...

Cela dit, et tant pis si je contrarie les admirateurs de Forman, mais je tiens Amadeus pour une merde – sans compter que Mozart ne s’est jamais prénommé Amadeus, mais Gottlieb, ce qui veut dire la même chose en allemand, « aimé de Dieu » (seulement, allez donc intituler un film Gottlieb, tout le monde rigolerait). C’est adapté d’une pièce de théâtre de Peter Schaffer (jouée à Paris par François Périer dans le rôle de Salieri et Roman Polanski dans celui de Mozart), également auteur de Equus et de Pizzaro et le soleil, pièces très agitées et baignant dans la psychanalyse, et qui ne craignait pas de malmener la vérité historique. La vie et la mort de Mozart vu par lui, c’est de la plus haute fantaisie, et mieux vaut lire le livre de Sollers.

En bref : à voir à la rigueur.Haut de la page

À propos de Molière

Jeudi 16 juin 2002

La manie des profs, traîner leurs élèves au cinéma pour voir des films prétendus culturels, est particulièrement cruelle. Je me souviens m’être beaucoup moqué de ces professeurs de français qui emmenaient leurs gosses au cinoche voir des merdes comme le Molière d’Ariane Mnouchkine, le Scapin de Roger Coggio ou L’avare mis en scène par Jean Giraud, avec De Funès. Trois fameux navets. Il y a eu aussi La guerre du feu, ce qui m’a fait bien rigoler, puisque le film comportait une scène de sodomie que les braves professeurs n’avaient pas prévue ! Bof, pour une fois, les enfants s’instruisaient. Tiens, c’est une idée, si j’avais été réalisateur, je me serais amusé à mettre du cul dans Le dialogue des Carmélites.

Ainsi, Molière est un film interminable, faux historiquement, et malhonnête. L’enfance de Jean-Baptiste Poquelin décrite longuement n’a rien d’intéressant, car il est montré comme n’importe quel autre enfant, et on « explique » sa vocation théâtrale en le montrant qui regarde des spectacles de rue, ce qui est bêta.

En ce qui concerne l’affaire Tartuffe, la mère Mnouchkine noircit à loisir Louis XIV en laissant entendre qu’il a laissé tomber Molière, alors qu’au contraire il l’a soutenu contre tout le monde et aussi longtemps qu’il a pu. Molière n’a jamais eu de meilleur soutien que Louis XIV.

Rien sur le contexte théâtral, rien pour souligner que la carrière de Molière à Paris a été extrêmement courte (douze ans). Rien sur les péripéties les plus intéressantes de la vie de Molière, comme son aventure avec le jeune Baron.

Quant à Philippe Caubère, à l’époque, il jouait mal. Il a fait des progrès depuis.

Haut de la page

Spider-man

Lundi 20 juin 2002

Réalisé par Sam Raimi

Titre original : Killing me softly

Sorti aux Philippines le 30 avril 2002

Sorti en France le 12 juin 2002

Vu Spider-man. Quoique trop long, c’est un film assez amusant et sympathique, surtout parce que le gentil et le méchant sont réussis. Mais de là à en faire la couverture des « Cahiers du Cinéma » ce mois-ci, il y a une marge...

À propos d’araignée, voici une citation d’un passage extrait du livre À table avec les politiques, et qu’on doit à Michel Charasse (le passage seulement, pas le livre entier) – Charasse, sénateur, ancien ministre et homme de paille de Mitterrand : « Aucun de ces produits dont je parle [...] ne tiendrait la route aujourd’hui. Imaginez par exemple ce fromage qui a nourri vingt générations d’Auvergnats : la vieille fermière en train de traire sans s’être lavé les mains, l’araignée qui tombe dans le seau [...], la vieille qui approche une main furtive comme une écumoire naturelle, et clac ! qui enlève l’insecte d’un geste vif ». C’est « Le Canard enchaîné » qui publie cette prose appétissante, et ce journal, qui ne rate jamais une occasion de se foutre de la gueule des politiques, n’a rien remarqué : Charasse croit que l’araignée est un insecte !

La semaine prochaine, ne manquez pas la déclaration de Charasse : « J’adore les poissons, d’ailleurs j’élève un dauphin dans ma piscine ».

En bref : à voir à la rigueur.Haut de la page

L’auberge espagnole

Mardi 21 juin 2002

Réalisé par Cédric Klapisch

Sorti en France (Festival de Cannes) le 17 mai 2002

Sorti en France le 19 juin 2002

L’auberge espagnole, c’est vraiment bien. Il y a un sujet, un point de vue, un ton et un style. Et Romain Duris est très sympathique.

En bref : à voir.Haut de la page

Marie-Jo et ses deux amours

Dimanche 26 juin 2002

Réalisé par Robert Guédiguian

Sorti en France (Festival de Cannes) le 16 mai 2002

Sorti en France le 26 juin 2002

Marie-Jo et ses deux amours est décevant. Plus le film avance (en prenant son temps), plus il descend, passant de la classe « À voir » à la catégorie « À voir à la rigueur », avant de tomber dans le tiroir « Inutile de se déranger ». Beaucoup trop de scènes d’amour et d’intimité, à mon avis. Ils sont tout le temps à poil, mais comme ce n’est ni Nathalie Portman ni Hayden Christensen, pas de quoi se rincer l’œil, ni même l’ouvrir (oui, j’ai un peu dormi). Vous connaissez l’histoire, tous les journaux l’ont détaillée : Marie-Jo aime à la fois son mari et son amant. Comme elle ne peut pas choisir, elle va de l’un à l’autre. Et comme le réalisateur ne peut pas choisir non plus, il se rabat sur le vieux truc des mauvais scénaristes, il fait mourir les personnages, sans trop de nécessité dramatique (c’est-à-dire sans que la situation soit la cause de cet événement), par le biais d’un accident. Et là, c’est inénarrable : Pince-Mi et Pince-Moi... pardon ! Marie-Jo et son mari sont dans un bateau, le mari se cogne, se fait mal et tombe à l’eau, Marie-Jo plonge pour le sauver, et tous les deux se noient (c’est l’été, le temps est superbe, et la mer aussi calme que le bassin des Tuileries).

Plus tard, à la morgue, le téléphone portable de Marie-Jo sonne, c’est l’amant qui appelle, et c’est la fille de Marie-Jo qui décroche et lui apprend que ce n’est plus la peine de téléphoner. Voilà. Vu qu’il n’y a aucune émotion, le réalisateur a dû se rendre compte que le spectateur se foutait bien de tout ça, alors il sonorise la chose avec une musique triste, le Kyrie de la Grande Messe de Mozart. Ce Mozart, s’il n’existait pas pour soutenir le cinéma français, il faudrait l’inventer.

En bref : inutile de se déranger.Haut de la page

Dragonfly

Lundi 27 juin 2002

Réalisé par Tom Shadyac

Sorti aux États-Unis le 18 février 2002

Sorti en France le 5 juin 2002

Dragonfly, en français Apparitions, appartient à cette catégorie obèse des films sur l’irrationnel. Joe, médecin, a perdu sa femme, également docteur, morte en Uruguay. Comme on n’a pas retrouvé le corps, il imagine plus ou moins qu’elle vit toujours, et voit même des apparitions de son fantôme (ce qui me paraît un peu contradictoire, mais on est aux États-Unis). Il finit par se rendre sur les lieux de l’accident, et trouve, dans la tribu qui a assisté à l’événement... son bébé précieusement conservé par les sauvages, qui ont oublié de le bouffer.

Le film a le cul entre deux chaises, car il hésite longuement entre parler de ce qui précède, et raconter une histoire à la Chèvenement sur les morts qui « en » sont revenus, croient-ils. Pas de quoi s’exciter beaucoup.

En bref : inutile de se déranger.Haut de la page

Courrier Plan du site

Sites associés :    Yves-André Samère a son bloc-notes 125 films racontés

Dernière mise à jour de cette page le lundi 5 octobre 2015.