JPM - Films vus - Notules - Juin 2008

Notules - Juin 2008

 

Plus courtes que les critiques, les notules traitent d’un ou plusieurs films, ou de sujets d’actualité en rapport avec le cinéma. Jusqu’en septembre 2004, elles provenaient de divers forums aujourd’hui disparus. Par la suite, elles s’en affranchissent et sont rédigées directement ici.

Œuvres citées : L’un contre l’autreGegenüber – A sweedish love storyEn kärlekshistoria – Mort à Venise – Affaire de familleLas Vegas 2121 – Deux sœurs pour un roi – JCVD – Virgil – Les orphelins de Huang ShiSaganSparrow – Lawrence d’Arabie – EldoradoLa personne aux deux personnesSans Sarah, rien ne vaForgetting Sarah MarshallBons baisers de BrugesIn BrugesLa nouvelle vie de monsieur HortenO’HortenDiary of the dead – Night of the living dead – Dawn of the dead – Zombie – Day of the Dead – Land of the Dead – Gloverfield – REC – Le projet Blair witch – PhénomènesThe happening – Back soon

Personnes citées : Jan Bonny – Roy Andersson – Luchino Visconti – Björn Andrésen – Claus Drexel – Robert Luketic – Kevin Spacey – Jim Sturgess – Jean-Claude Vandamme – Mabrouk El Mechri – John Woo – Roger Spottiswoode – George Hogg – Diane Kurys – Françoise Sagan – Pierre Palmade – Jacques Chazot – Nicolas Rey – Johnnie To – Jacques Demy – Alain Delon – Bouli Lanners – Daniel Auteuil – Nicholas Stoller – Jason Segel – Martin McDonagh – George Romero – Mark Wahlberg – John Leguizamo – Manoj Shyamalan – François-Régis Bastide – Michel Polac – Jérôme Garcin – Pierre Bouteiller – Alain Duménil – Pascal Thomas – Stéphane Denis – Marc Lambron – Éric Neuhoff

L’un contre l’autre

Lundi 2 juin 2008

Réalisé par Jan Bonny

Titre original : Gegenüber

Sorti en Allemagne le 14 février 2007

Sorti en France le 30 avril 2008

Film allemand, relativement court (1 heure et 36 minutes) et sans musique, avec son direct et caméra portée. Le type d’œuvre qui fait pousser des cris d’admiration aux critiques bien-pensants de publications sérieuses comme « Télérama », « Positif » ou « Les Cahiers du Cinéma », parce qu’on y refuse la psychologie, comme ils disent. C’est très bien, de refuser la psychologie, puisque c’est une fausse science, encore faut-il ne pas refuser aussi la cohérence... ni un scénario qui intéresse un tant soit peu le spectateur.

Georg est policier. Comme il a contribué avec succès à une arrestation alors qu’un de ses collègues, au contraire, s’est pissé dessus pendant les faits, on le félicite, et il s’attend à être promu commissaire. Or sa femme Anne, loin d’être fière de lui, trouve dans cette perspective le prétexte idéal pour lui reprocher de ne se préoccuper que de sa carrière – sous-entendu, pas assez d’elle. Il l’humilierait, prétend-elle, ce qui est entièrement faux, car Georg est tout sauf arrogant. Résultat, elle le frappe, à tout propos.

On met un certain temps avant de comprendre que, si Anne est folle, Georg l’est tout autant, puisqu’il ne riposte jamais. Et lorsqu’elle pousse la provocation jusqu’à coucher avec un de ses collègues en s’arrangeant pour se faire surprendre, il ne dit rien. Bien entendu, elle en profite pour le traiter de lavette.

Finalement, alors que les brutalités de sa tendre moitié lui ont valu de connaître un séjour à l’hôpital, et que Georg a eu la bêtise d’en parler... à l’amant épisodique de sa femme, les faits sont bientôt connus de ses collègues, qui le snobent désormais, si bien que Georg ne sera pas promu : il faut des chefs à poigne, dans la police. Et cette fois, lorsque sa femme le bat de nouveau, il riposte et lui flanque une rouste. Le film s’achève sur la vision des époux écroulés sur la moquette, et qui sans doute vont continuer cette idylle enchanteresse.

Cette fin est typique de ces films où les auteurs n’ont pas su comment terminer leur histoire, laissant au spectateur le soin d’imaginer ce qu’il veut. Merci, c’est trop d’honneur.

En bref : inutile de se déranger.Haut de la page

A sweedish love story

Mercredi 4 juin 2008

Réalisé par Roy Andersson

Titre original : En kärlekshistoria

Sorti en Suède le 24 avril 1970

Sorti en France le 4 juin 2008

On est un peu surpris devant certains aspects désuets de ce film d’un réalisateur, Roy Andersson, pourtant considéré à juste titre comme très moderne, voire d’avant-garde : téléphones à cadran, magnétophones à bande, garçon de quinze ans travaillant dans un garage au lieu d’aller à l’école, etc. On est encore plus surpris de reconnaître, dans un personnage secondaire, le Tadzio de Mort à Venise ! Puis on songe à vérifier la date de sortie : le film est de 1970. Et le jeune interprète de Visconti, Björn Andrésen, est bien de la distribution : il avait quinze ans, c’était son premier film, et Mort à Venise est de l’année suivante (il a tourné dix films et cinq téléfilms, le dernier datant de 2006). Il était temps de sortir cette pellicule... Soit dit en passant, à cette époque, les films suédois passaient pour volontiers érotiques, et annonçaient les films pornographiques pas encore autorisés en France ; or celui-ci est un modèle de pudeur.

Le film, suédois, s’intitule En kärlekshistoria, ce qui signifie bien « Une histoire d’amour » – méfions-nous des traductions. Pär (prononcez « Per »), quinze ans donc, voit de loin Annika, quatorze ans, et comme elle est très jolie, il en est amoureux sans oser lui parler. Elle, de son côté, n’est pas indifférente non plus. Chacun mandate un émissaire, et les négociations aboutissent rapidement, ils se parlent enfin, et vont même jusqu’à s’embrasser.

Un peu plus tard, alors que ses parents s’absentent pour deux jours, Annika invite Pär chez elle, et il y passe la nuit. On les retrouve au petit matin, dans le même lit, vêtus d’un pyjama – un seul pour deux, le bas échéant au garçon. Ont-ils ou n’ont-ils pas, on ne le saura jamais. Cependant, cet amour naissant n’est en rien contrarié par les parents du garçon, qui a la chance d’avoir une famille qu’un critique laxiste qualifierait sans doute de « cool ».

Encore plus tard, la famille de Pär invite les parents d’Annika à la campagne, mais le père de la jeune fille, John, représentant de commerce, se révèle un vrai plouc qui juge ces campagnards indignes de sa fille. Le film s’arrête là, il ne passera rien de plus. L’intérêt est dans la manière dont cette histoire simple nous est racontée.

Roy Andersson avait donc vingt-sept ans quand il a fait ce film, qui était son premier long métrage après trois courts. Son style est loin d’être établi, mais la séquence finale recèle néanmoins quelques touches d’absurdité qui laissent pressentir ce qu’il fera plus tard.

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Affaire de famille

Jeudi 5 juin 2008

Réalisé par Claus Drexel

Sorti en France (Festival du film de comédie de l’Alpe d’Huez) le 17 janvier 2008

Sorti en France le 4 juin 2008

Comédie policière du genre « Je me chatouille pour me faire rire », avec une bande sonore inutilement agressive. Le tout reposant sur un vieux truc de scénariste, qui consiste à prendre une histoire banale et mille fois vue, à la casser en quatre ou cinq tronçons, et à remonter le tout dans le désordre, laissant le spectateur se débrouiller afin de recoller les morceaux. Il a du mal, le pauvre spectateur, tant l’histoire est stupide et le comportement des personnages, incohérent.

Le cabotinage assumé des acteurs sauve (un peu) l’entreprise.

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Las Vegas 21

Vendredi 6 juin 2008

Réalisé par Robert Luketic

Titre original : 21

Sorti aux États-Unis le 7 mars 2008

Sorti en France le 4 juin 2008

Ben, 21 ans, étudiant au Massachussetts Institute of Technogy, ambitionne d’entrer à l’école de médecine de l’université d’Harvard, mais les études coûtent 300 000 dollars, et il n’en a pas le premier cent. Par chance, son professeur de mathématiques, Micky Rosa, est un truand de haut vol (on voit ça tous les jours, dans l’enseignement), spécialisé dans l’arnaque des casinos de Las Vegas. Et comme il s’est fait repérer depuis des années par les physionomistes du coin, il n’y joue plus, mais y pilote une équipe de cinq jeunes recrutés parmi ses meilleurs élèves. Or Ben est un génie des mathématiques, et surtout, il maîtrise ses émotions. Il est donc recruté puis formé pour devenir l’un des deux « gros joueurs » de l’équipe (les autres sont des « détecteurs », chargés de repérer les bonnes tables de blackjack et de faire le guet).

Au début, Ben et ses acolytes gagnent gros. Micky fournit l’argent des mises de départ et garde la moitié de leurs gains ; le reste, ils se le partagent. De semaine en semaine, Ben accumule 315 000 dollars, qu’il dissimule dans le faux plafond de sa chambre. Mais il se prend au jeu, et, une nuit, laisse son excitation prendre le pas, de sorte qu’il oublie de compter les cartes et perd 200 000 dollars. Micky le renvoie immédiatement et cambriole sa chambre pour se rembourser. Là encore, tout professeur de mathématiques fait ça couramment...

Mais Ben va se venger de manière originale, et c’est Micky, convaincu par lui d’être retourné dans les casinos pour y jouer en personne une dernière fois, qui va se faire coincer par la direction du casino. Ben a perdu tout son argent mais a gagné l’amour !

Le film est banal et peu inattendu dans ses péripéties, mais Kevin Spacey et le charme du jeune Anglais Jim Sturgess, déjà vu dans Deux sœurs lpour un roi, le rendent distrayant.

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JCVD

Mardi 10 juin 2008

Réalisé par Mabrouk el Mechri

Sorti en France le 4 juin 2008

De retour chez lui, en Belgique, après un procès en divorce qu’il a perdu, Jean-Claude Vandamme, à court d’argent, se rend à la poste pour tenter d’y faire un retrait, et tombe sur un hold-up. Un quiproquo fait qu’il est pris par la police pour l’auteur du braquage, et c’est à lui que, par téléphone, le commissaire Bruges demande de libérer les otages. Il saute alors sur l’occasion pour exiger un virement de 465 000 dollars sur le compte de son avocat, qu’il n’a pas pu payer (attention, détail discutable – voir à la fin de cette notule).

La poste est finalement investie et les otages libérés. Les malfrats iront en prison (leur chef est mort à la suite d’une querelle), et Vandamme écope d’un an de prison ferme et deux avec sursis pour avoir extorqué les 465 000 dollars. Il occupera son incarcération en donnant des leçons de karaté à ses compagnons de prison.

Le film, entièrement filmé en caméra portée, tantôt à la steadicam, plus souvent à l’épaule, dans le style du reportage, est épatant, et sa construction est savante. Aux deux tiers du récit, un étonnant plan-séquence de 7 minutes et 16 secondes l’interrompt : la caméra et l’acteur montent dans les cintres du studio, et JCVD entame une confession qui se termine par des larmes ; puis, sans la moindre interruption, ils redescendent au niveau du plateau, et la scène interrompue reprend au point où elle s’était arrêtée ! C’est assez gonflé. Le réalisateur, Mabrouk El Mechri, avait fait Virgil, dont j’ai parlé en son temps, et qui était à moitié réussi, mais estimable.

Le dialogue est bourré d’humour. Ainsi, on se paye au passage John Woo, lequel, si Vandamme ne l’avait pas fait venir à Hollywood, en serait encore à filmer à Hong-Kong ses sempiternelles envolées de pigeons – détail que tout cinéphile cautionnera ! Et cet humour ne vise pas moins Vandamme lui-même, avec ce réquisitoire à l’audience de divorce, truffé de aware(s). Puis cette ambigüité du scénario signalée plus haut : Vandamme, à la fin, est condamné pour avoir inclus dans la rançon ce fameux virement destiné à son avocat ; or la magouille n’est pas certaine, elle est peut-être la conséquence de ce raisonnement imparable que tient la vedette aux gansters, qui n’ont réclamé QUE la mise à disposition d’un avion et d’un million de dollars : « Il faut être crédible, les gars, je suis Jean-Claude Vandamme, une star. Pour que vos revendications paraissent vraisemblables, il faut avoir des exigences moins raisonnables ! ». D’où le virement en question. C’est assez malin. Bref, digne de ce grand penseur qu’est JCVD !

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Les orphelins de Huang Shi

Jeudi 12 juin 2008

Réalisé par Roger Spottiswoode

Titre original : The children of Huang Shi

Sorti en Allemagne (European Film Market) le 8 février 2008

Sorti en France le 11 juin 2008

Film sino-germano-australien tiré d’une histoire vraie. Un photographe britannique, George Hogg, couvre d’abord l’invasion japonaise de la Chine et les massacres de Nankin, épisode que le cinéma utilise peu, de crainte sans doute de vexer les Japonais à fort pouvoir d’achat ! Or ceux-ci ont été pires que les nazis – et je ne crains pas de le répéter en pesant mes mots, « pires que les nazis », et avant eux, puisqu’ils ont commencé en 1931, deux ans avant qu’Hitler et ses sbires aient pris le pouvoir en Allemagne à cause de la bêtise de la droite (qui le leur a offert sur un plateau).

Puis le hasard fait que Hogg échoue dans un orphelinat perdu, dirigé par un garçon très jeune (il semble avoir dix-huit ans, mais les Asiatiques font souvent moins que leur âge), et qui lui sera hostile jusqu’à la mort. Débrouillard comme tous les Occidentaux (?), il aide ces gosses, répare tout ce qui ne marche pas, leur apprend l’anglais, les nourrit, les soigne et gagne leur affection, jusqu’à ce que les aléas de la politique le contraignent à les conduire dans un autre abri... à mille kilomètres de là, distance qu’ils vont faire à pied en trois mois.

George finit par mourir du tétanos, et on lui rend hommage sur sa tombe.

C’est un tout petit film, artistiquement parlant, mais qui semble avoir coûté assez cher. En tout cas, il n’est jamais ennuyeux, et ne tombe pas dans tous les clichés qu’on pouvait craindre.

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Sagan

Vendredi 13 juin 2008

Réalisé par Diane Kurys

Sorti en France le 11 juin 2008

Quel navet ! Une fois de plus, Diane Kurys recrute quelques copains acteurs et filme un scénario qu’elle a co-écrit, hélas, pour ne montrer en fin de compte que le vide. On saura tout sur la cocaïne, tout sur les millions gaspillés, mais rien sur la création littéraire, rien sur la spécificité du style de Françoise Sagan. Le spectateur s’ennuie dès le premier quart d’heure.

Sylvie Testud est gonflante de spontanéité affectée, secondée par une distribution absurde. Ainsi, dans une première scène, le fils de l’écrivain, à quinze ans, est un blondinet aux cheveux mi-longs sagement peignés ; à la scène suivante, quand il a vingt ans, c’est un malabar brun aux cheveux ébouriffés...

Un mot sur Pierre Palmade en Jacques Chazot. Cet acteur, qui est une belle illustration des erreurs de distribution et ne possède pas un atome de l’élégance physique et morale du personnage (dont on oublie de dire que c’était aussi un homme de cœur), va d’un « bon » mot à l’autre, n’inspirant jamais la moindre émotion, pas même lorsque son personnage est près de mourir. Ce qui n’a pas empêché un flagorneur patenté, le petit Nicolas Rey, qui fait écrivain entre le Café de Flore et la Closerie des Lilas (quelqu’un peut citer le titre d’un seul livre du petit Nicolas Rey ?), de se dire « bouleversé » par son interprétation. Le petit Nicolas Rey, très consciencieux, n’oublie jamais son stock de cirage lorsqu’il va cachetonner sur France Inter.

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Sparrow

Lundi 16 juin 2008

Réalisé par Johnnie To

Titre original : Man jeuk

Sorti en Allemagne (Festival de Berlin) le 11 février 2008

Sorti en France le 4 juin 2008

Film d’un cinéaste hongkongais plutôt spécialiste des films de gansters, et que la critique porte absurdement aux nues. Ici, on a une comédie sur les pickpockets, très peu informative, à vrai dire, sur cet art très ancien.

Des enthousiastes y ont vu l’influence de Jacques Demy, sous le prétexte que l’avant-dernière séquence comporte beaucoup de parapluies ! C’est ben vrai, ça, dès que je vois un bac à sable, je pense à Lawrence d’Arabie. En fait, on est à des années-lumière de Demy ; ce qui intéresse Johnnie To, c’est de faire joujou avec sa caméra, sans trop se préoccuper de son histoire. Celle-ci n’est pas nulle, mais c’est une bulle de savon. Demy avait tout de même des scénarios plus solides... et de meilleures musiques !

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Eldorado

Mercredi 18 juin 2008

Réalisé par Bouli Lanners

Sorti en France (Festival de Cannes) le 18 mai 2008

Sorti en France le 18 juin 2008

Humour belge à froid, qui sert à masquer la noirceur. Yvan, revendeur de voitures d’époque importées des États-Unis, surprend un cambrioleur chez lui, qui prétend s’appeler Élie – en fait, il se prénomme Didier. Bourru, mais brave type, au lieu de le dénoncer à la police, il accepte de... le raccompagner chez ses parents. On ne verra pas le père, mais seulement la mère, dépassée, et qui n’a plus la force de « faire » son jardin. Les deux gars lui donnent un coup de main et repartent. En panne, ils sont aidés par un nudiste qui se présente comme « Alain Delon », puis, plus tard, en chemin, un saligaud balance du haut d’un pont son chien ligoté. Le chien agonise. Ils l’embarquent dans la voiture et retournent en ville. Élie propose d’aller acheter une drogue pour l’euthanasier, prend les 25 euros et disparaît définitivement. Yvan n’a plus qu’à enterrer le chien, qui entre-temps est mort sans autre intervention.

C’est le réalisateur du film, Bouli Lanners, qui joue Yvan. Au générique de fin, et parce que cette histoire est inspirée de faits réels, il remercie ses « deux imbéciles de cambrioleurs ».

Ils ne sont pas comme tout le monde, ces Belges. Heureusement.

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La personne aux deux personnes

Jeudi 19 juin 2008

Réalisé par Bruno Lavaine et Nicolas Charlet

Sorti en Allemagne (European Film Market) le 8 février 2008

Sorti en France le 18 juin 2008

« Il en est hors de question », « Le va-z-et-vient »... Ils sont brillants, les scénaristes, dialoguistes, acteurs et réalisateurs français.

L’idée de départ – on doit dire « le concept » si on veut être pris au sérieux – n’est pas nulle : un comptable très coincé (il garde son slip, ses lunettes et sa montre quand il prend un bain) est renversé par une voiture. Le conducteur est tué, son esprit se retrouve hébergé dans le corps dudit comptable. Les deux doivent désormais cohabiter.

La première moitié est acceptable, mais le film sombre, tombant dans le grotesque à partir de la scène où le comptable en question présente un rapport d’activité en chantant, et que le public de cadres se laisse gagner par l’ambiance. La fin redresse un peu la barre, mais trop tard. Daniel Auteuil est plus drôle que ses partenaires ; hélas les numéros d’acteurs n’y changent rien, c’est le scénario qui pèche, comme presque toujours.

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Sans Sarah, rien ne va

Lundi 23 juin 2008

Réalisé par Nicholas Stoller

Titre original : Forgetting Sarah Marshall

Sorti aux États-Unis (SXSW Music and Film Festival) le 10 mars 2008

Sorti en France le 18 juin 2008

Écrite par l’acteur principal Jason Segel, une satire qui raille gentiment à peu près tout, en particulier la télévision, mais surtout les relations amoureuses. Une vedette de série télévisée quitte son petit ami, Peter, le musicien du feuilleton où elle jouait, puis part pour Hawaï avec son nouvel amant. Pas de chance, le type largué y va aussi pour se remettre de ses émotions. Non, ils ne vont pas renouer, l’infortuné (?) trouve une autre fille plus sympathique en la personne de la réceptionniste de l’hôtel, qui lui loue une suite à prix réduit (ils font ça tous les jours, dans les palaces).

Le dialogue est pétillant, comme on dit dans les journaux bien écrits. La réplique la plus drôle, qui hélas passe inaperçue : au matin qui suit un dîner lamentable, Peter est sur son lit, nu, et entouré de kleenex froissés. Un de ses copains entre, considère le tout, et demande si ce sont « des mouchoirs de chagrin, ou d’extase ».

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Bons baisers de Bruges

Mercredi 25 juin 2008

Réalisé par Martin McDonagh

Titre original : In Bruges

Sorti aux États-Unis (Festival de Sundance) le 17 janvier 2008

Sorti en France le 25 juin 2008

Titre français idiot, puisque le film s’intitule simplement In Bruges. En tout cas, l’auteur Martin McDonagh ne doit guère aimer la ville, qualifiée par trois fois, dès la première phrase du dialogue, de « trou à rats » (à vrai dire, dans le dialogue d’origine, de shithole, ce qui est un tantinet plus fort), et dont le héros dit à la fin que « l’enfer doit être comme de passer l’éternité dans cette foutue ville ».

Pourtant, reconnaissons que Bruges est filmée sans partialité, la beauté de la ville, sans atteindre celle d’Amsterdam, étant évidente dans le film.

Le récit, lui, oscille entre le sarcastique – les spectateurs rient souvent – et le tragique, le premier caractère étant dévolu au dialogue. C’est plutôt curieux, même si le spectateur se demande parfois pourquoi le film a ainsi le derrière entre deux chaises. Le tout est assez bien filmé, les caractères sont intéressants, et le remords tient la première place, trait rarissime au cinéma. Un bon scénario emporte tout.

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La nouvelle vie de monsieur Horten

Mercredi 25 juin 2008

Réalisé par Bent Hamer

Titre original : O’Horten

Sorti en Norvège le 26 décembre 2007

Sorti en France le 18 juin 2008

Ce film norvégien démarre si lentement que c’en est presque décourageant. À 67 ans, Horten, conducteur de locomotives, prend sa retraite. Il n’a pas de famille, et tue le temps comme il peut, au restaurant, dans un aéroport, etc. Il s’achète une nouvelle pipe, et fait la connaissance d’un vieillard, Sissener, qui collectionne des armes africaines et prétend être un ancien diplomate ; Sissener affirme aussi être capable de conduire une voiture en ville avec les yeux bandés, et offre à Horten d’en faire l’expérience. Mais, au premier feu rouge, et sans cause apparente, il meurt subitement au volant. Plus tard, on saura que Sissener a menti et s’est présenté sous l’identité de son frère.

Horten, ensuite, reprend le train et va retrouver une femme sympathique (idylle en perspective ?), dans une gare de son ancien itinéraire. On n’en saura pas davantage.

C’est le genre de films où tout peut arriver, mais surtout l’anodin. Hitchcock parlait de « tranches de vie », et préférait filmer des « tranches de gâteau ». On ne lui donne pas tort.

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Diary of the dead - Chronique des morts-vivants

Jeudi 26 juin 2008

Réalisé par George A. Romero

Titre original : Diary of the dead

Sorti au Canada (Festival de Toronto) le 8 septembre 2007

Sorti en France le 25 juin 2008

Cinquième film de George Romero sur les morts-vivants – et non pas quatrième, comme l’écrit « Le Canard enchaîné » de cette semaine. Il y a eu successivement sa première réalisation, Night of the living dead, en 1968 ; Dawn of the dead (alias Zombie), en 1978 ; Day of the Dead, en 1985 ; Land of the Dead, en 2005 ; et le présent film cette année.

J’avoue ne jamais avoir pris très au sérieux la légende qui en fait de grands films de gauche, ni même de grands films tout court. Romero a inventé un truc, et il exploite inlassablement le filon depuis quarante ans, puisque le succès, immédiatement, est venu. Cela ne signifie pas que Romero n’est pas un homme de gauche, mais, de manière tout à fait évidente, il s’agit pour lui de faire du spectacle, et le côté politico-social, qui n’est qu’en supplément dans ses films, est parfaitement superflu.

Cela dit, on ne peut contester que Romero a du talent, et d’abord, celui de se renouveler, puisque Diary of the dead est l’antithèse du précédent épisode, qui donnait dans le grand spectacle et employait des vedettes, des décors grandioses et des accessoires coûteux. Ici, des acteurs inconnus, très peu de figurants, rien que des décors naturels, et un filmage en caméra portée (c’est d’ailleurs un peu agaçant, car le procédé commence à se généraliser – voir Gloverfield et REC).

L’argument : on commence comme Le projet Blair witch, avec une équipe d’étudiants en cinéma qui tournent, en guise de travail de fin d’études et sous la surveillance d’un de leurs profs, un film sur... les morts-vivants ! Inévitablement, de véritables morts-vivants vont s’inviter, si l’on peut dire, sur le tournage, dans une véritable atmosphère de fin de civilisation. En quoi, cette fois, il y a vraiment dans le film de Romero une amorce de critique sociale, et surtout une dénonciation des mensonges des médias.

Très peu de scènes du genre gore, et un scénario cohérent. Quelques trucages sont très bien faits, notamment le dernier plan.

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Phénomènes

Vendredi 27 juin 2008

Réalisé par Night M. Shyamalan

Titre original : The happening

Sorti en France le 11 juin 2008

Le titre d’origine signifie en français L’évènement. Une série B, malgré la présence de deux vedettes, Mark Wahlberg et John Leguizamo, le second disparaissant assez vite, dommage. Le film est dû à Manoj Shyamalan, connu pour ses scénarios incohérents, mais qui semble avoir fait un effort, puisque son histoire, cette fois-ci et toutes proportions gardées, tient à peu près la route et ne multiplie pas les détails saugrenus, comme dans ses films précédents.

Cet évènement est un « avertissement » donné aux hommes par la Nature, lasse d’être malmenée par l’espèce humaine. Évidemment, il faut avaler le postulat vaguement new age, c’est-à-dire neuneu, de la Nature ayant des « intentions », mais pourquoi pas, dès lors qu’on est dans la fiction ? Cela se manifeste par une série de suicides, provoqués par des toxines que sécrètent les végétaux, et que propage le vent. Comme toujours dans les films-catastrophes, la scène finale annonce que les suicides, qui n’ont duré qu’un peu plus de vingt-quatre heures et seulement entre New York et Philadelphie, vont reprendre, mais ailleurs, à Paris très précisément, puisque tout recommence au jardin des Tuileries !

Les scènes de suicides sont très bien faites, et certains sont assez originaux, comme la séquence où un type se fait volontairement déchiqueter par des lions au zoo de Philadelphie. Mais enfin, c’est un tout petit film, qui s’oublie vite.

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Copinage

Samedi 28 juin 2008

Ça n’a peut-être pas grand-chose à voir avec le cinéma, quoique...

Le masque et la plume est une émission de critiques sur France Inter : cinéma, théâtre, littérature, opéra l’été. Cette émission de cinquante-cinq minutes, fondée il y a plus d’un demi-siècle par François-Régis Bastide et Michel Polac, passe le dimanche soir, vers huit heures cinq, et on enregistre deux émissions, un jeudi sur deux à 20 heures, sauf les soirs de palmarès au Festival de Cannes, où elle passe en direct et dure alors une heure et demie.

Elle est présentée depuis deux décennies par Jérôme Garcin, qui a succédé à Pierre Bouteiller, lequel succédait aux fondateurs. Jérôme Garcin a plusieurs casquettes, comme on dit quand on est journaliste – c’est-à-dire, quand on se livre à la culture intensive du cliché : outre son poste de producteur et animateur à la radio, il est romancier, et aussi directeur adjoint de la rédaction du « Nouvel Observateur ». Par le plus grand des hasards, plusieurs des critiques de son émission sur France Inter... sont aussi journalistes au « Nouvel Observateur ».

Comme romancier, Jérôme Garcin a reçu, le 5 de ce mois-ci, un prix littéraire, le prix Duménil, créé par Alain Duménil, PDG du groupe de luxe Alliance Designers, propriétaire de la société immobilière Acanthe Developpement, et à la tête d’une fortune de 468 millions d’euros. Ce prix était accompagné d’une somme de 60 000 euros (je dis bien « soixante mille »), qui tombent donc dans la poche de Jérôme Garcin.

Le plus rigolo est ici : le jury du prix Duménil, décerné à l’hôtel Montalembert, un hôtel de luxe à Saint-Germain-des-Prés, est composé de trois journalistes appartenant à un groupe, celui du « Figaro », et d’un cinéaste, Pascal Thomas, dont on se demande ce qu’il faisait là puisqu’il n’est pas écrivain, mais dont Le masque et la plume a toujours dit grand bien, ce qui est certainement un autre hasard. Les trois journalistes sont Stéphane Denis, éditorialiste au « Figaro », chroniqueur littéraire au « Figaro Magazine » et romancier ; Marc Lambron, critique littéraire au « Figaro Madame », au « Point » et romancier ; et Éric Neuhoff, critique de cinéma au « Figaro », critique littéraire au « Figaro Madame », romancier, candidat à l’Académie française, chroniqueur au Fou du roi sur France Inter, et... critique de cinéma dans l’émission de Garcin sur France Inter, Le masque et la plume !

Le monde est bien fait, non ?

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Sites associés :    Yves-André Samère a son bloc-notes 125 films racontés

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