JPM - Films vus - Notules - Décembre 2008

Notules - Décembre 2008

 

Plus courtes que les critiques, les notules traitent d’un ou plusieurs films, ou de sujets d’actualité en rapport avec le cinéma. Jusqu’en septembre 2004, elles provenaient de divers forums aujourd’hui disparus. Par la suite, elles s’en affranchissent et sont rédigées directement ici.

Œuvres citées (entre parenthèses, autre que des films) : Aide-toi, le Ciel t’aideraPour ellePrison breakLe silence avant BachTwo loversHungerCaos calmo – Saló ou les 120 journées de Sodome – Burn after reading – O brother, where are you ? – MascaradesLe jour où la Terre s’arrêta (2008) – Beaucoup de bruit pour rien – Comme une étoile dans la nuitLargo WinchLes plages d’AgnèsLa cité de l’ombre – City of Ember – The village – Farenheit 451 – Monster house – Lola MontèsL’emmerdeur (2008) – L’emmerdeur (1973) – Le bon, la brute, le cingléJoheunnom nabbeunnom isanghannom – Les misérables (1958) – Une fiancée pas comme les autresLars and the real girlLouise-MichelMes plus belles annéesNos meilleures années – Lost islands – Lost islands (1976)Roman Polanski: wanted and desired – Rosemary’s baby

Pere Portabella

Personnes citées : François Dupeyron – Claude Rich – Vincent Lindon – Jean Sébastien Bach – Isabella Rossellini – James Gray – Margaret Thatcher – Steve McQueen – Bobby Sands – Nanni Moretti – Alessandro Gassman – Michel Ciment – Pier Paolo Pasolini – John Malkovich – Richard Jenkins – Ethan Coen – Joel Coen – Lyes Salem – Nathalie Saugeon – Mohamed Bouchaïb – Patricia Neal – Robert Wise – Michael Redgrave – Keanu Reeves – William Shakespeare – Kenneth Branagh – Kathy Bates – Bernard Herrmann – René Féret – Julien Féret – Salomé Stévenin – Nicolas Giraud – Philippe Franck – Jean Van Hamme – Kristin Scott-Thomas – Nicolas Vaude – Tomer Sisley – Daniel Craig – Agnès Varda – Jean Vilar – Jim Morrison – Jean Marais – Jean-Luc Godard – Michel Piccoli – Jane Birkin – Jacques Demy – Manoj Shyamalan – François Truffaut – Gil Kenan – Max Ophüls – Martine Carol – Peter Ustinov – Franz Liszt – Francis Veber – Patrick Timsit – Richard Berry – Georges Molinaro – Lino Ventura – Jacques Brel – Jean Le Poulain – Raymond Gérôme – Nocilas Sarkozy – Martin Bouygues – Louis Sarkozy – Ji-woon Kim – Jean-Paul Le Chanois – Michel Audiard – Jean Gabin – Ryan Gosling – Louise Michel – Benoît Delépine – Gustave de Kervern – Roman Polanski – Jack Nicholson – Samantha Gailey – Laurence Rittenband

Aide-toi, le Ciel t’aidera

Mercredi 3 décembre 2008

Réalisé par François Dupeyron

Sorti en France le 26 novembre 2008

Ce film de François Dupeyron veut montrer que la vie des Noirs pauvres dans les cités dites « difficiles » ne diffère pas de la vie des Blancs pauvres – ce qui est, en tel cas, la manière la plus juste de ne pas faire de racisme, même involontaire. Il commence de manière assez sympathique. Sonia est affligée d’une famille pesante : un fils de 18 ans, Victor, qui vend de la drogue et se fait régulièrement coincer par la police ; un autre fils plus jeune, Léo, qui joue les équilibristes sur la terrasse et manque ainsi de se tuer ; une fille enceinte, mais qui ne connaît pas le père ; un mari à la retraite, fainéant et joueur. Sa seule consolation est sa fille Christine, ravissante et qui va se marier. Pas de chance, le mari de Sonia meurt juste avant la cérémonie ! Sachant qu’elle ne pourra dissimuler longtemps la disparition de son époux, et pour continuer à percevoir sa retraite, elle l’enterre dans la cave, sur le conseil désastreux d’un voisin plutôt louche.

La critique a salué la présence de Claude Rich, seul acteur blanc de la distribution, dans le rôle de ce voisin. J’ai le regret de dire qu’en fait, c’est lui le principal défaut du film, et son personnage de vieux libidineux et maître chanteur m’a semblé pesant. Il tire le film vers le bas.

Et puis, cliché, le film est sonorisé avec du rap. Cliché, car on laisse entendre ainsi qu’une histoire de Noirs ne peut être illustrée que par ce type de « musique » : voilà comment on fabrique les fameux ghettos. Pour ne rien arranger, les vociférations du chanteur couvrent parfois les dialogues...

Bref, le film aurait pu être bien meilleur.

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L’observatoire des clichés

Mercredi 3 décembre 2008

On a eu les films décalés. Plus fréquemment, on a eu les films déjantés. Guettez les critiques dans votre journal favori, vous n’allez pas tarder à repérer les films tendus comme une corde. L’inventeur de cette expression est inconnu, mais il doit être très intelligent, pour comprendre ce que cela veut dire.

Encore, s’il avait précisé qu’il s’agit d’une corde de piano...

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Pour elle

Vendredi 5 décembre 2008

Réalisé par Fred Cavayé

Sorti en France le 3 décembre 2008

La famille Auclert vit paisiblement, lorsque la police débarque au petit matin et à grand fracas pour arrêter la mère, Lisa. Motif : meurtre. Il n’y a aucune preuve, mais de fortes présomptions, et Lisa, bien qu’innocente, écope de vingt ans de prison. Comme la Cour de Cassation a ôté tout espoir à Julien de revoir sa femme en liberté, il prépare une évasion. Après bien des péripéties, le coup réussit, et la famille s’exile dans un pays ensoleillé.

Laissant de côté l’argument socio-philosophique – un bon père de famille, pourvu d’un métier honnête, peut tomber dans l’illégalité, préparer une évasion, voler, voire tuer –, c’est un bon film d’action, pas toujours vraisemblable, au scénario squelettique, mais qui se voit sans ennui. Seule la séquence de l’évasion est un peu confuse, et bruyamment sonorisée aux percussions comme ce très mauvais feuilleton télévisé qu’est Prison break. Et puis, Vincent Lindon est inaudible.

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Le silence avant Bach

Samedi 6 décembre 2008

Réalisé par Pere Portabella

Titre original : Die Stille vor Bach

Sorti en Italie (Festival de Venise) le 5 septembre 2007

Sorti en France le 19 novembre 2008

La toute première vertu de cet étrange film dû au Catalan presque octogénaire Pedro (dit « Pere ») Portabella, c’est d’échapper en totalité au redoutable genre de la biographie filmée, actuellement un peu envahissant. Le film est une sorte de collage sans logique apparente, et dont le seul inconvénient est d’entrer dans le vif du sujet par la petite porte. En effet, le prologue, un peu longuet – un bon quart d’heure –, n’a pas grand-chose à voir avec Bach : un aveugle, qui parle français à son chien, vient pour accorder un piano, dans un décor actuel – et nous avons le point de vue du chien, qui va se coucher sous le piano ! Ensuite, on passe à une conversation en espagnol, dans une cafétéria, entre deux routiers qui s’apprêtent à prendre la route pour l’Allemagne, et qui dissertent sur les inconvénients de leur métier (« Nous avons mauvaise réputation, les gens pensent que nous avons un pistolet dans notre boîte à gants, etc. »). Suivent des vues de la route qu’emprunte leur camion, prises depuis la cabine, et l’un des deux routiers se met à jouer du Bach (enfin)... à l’harmonica.

Après cela, et sans transition, comme dirait PPD, nous embrayons sur Bach lui-même, son travail, son jeune fils, sa femme, etc. De temps en temps, nous faisons un saut à l’époque actuelle, notamment avec ce guide de Leipzig, qui confond bientôt sa vie avec celle du maître, ou ce retour du routier du prologue, qui doit livrer un piano à queue dans un appartement difficile d’accès. Ce qui donne lieu à la séquence la plus étonnante : dans le magasin de musique, le routier joue quelques notes de Bach sur le piano à livrer, la caméra recule, et le même morceau est joué en même temps par douze jeunes pianistes, sur douze pianos à queue de marques différentes, dans un vacarme assez peu musical, précédant un travelling avant sur un Steinway un peu fatigué, fermé, dont une main invisible ouvre le couvercle, et où un pianiste expérimenté joue toujours le même morceau, mais de façon très virtuose cette fois, pendant que défile une séquence où une écuyère fait évoluer son cheval sur la piste ensablée d’un manège !

Un film très bizarre. Mais on est sous le charme de la musique du compositeur le plus prolifique de tous les temps... qui n’a jamais été édité de son vivant.

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Two lovers

Lundi 8 décembre 2008

Réalisé par James Gray

Sorti en France (Festival de Cannes) le 19 mai 2008

Sorti en France (en salles) le 19 novembre 2008

« Il se passe pas mal de trucs dans ma vie en ce moment », dit Leonard. C’est faire preuve de beaucoup d’imagination, puisque, après une rupture et une tentative de suicide, plus rien ne se passe dans l’existence de ce mollasson velléitaire, qui vit encore chez ses parents à trente-cinq ans. Il est tout au plus pris entre deux filles, la brune Sandra qui l’aime, et la blonde Michelle qu’il aime, mais qui est empêtrée dans une liaison avec un homme marié. Contretemps, quand Leonard décide de partir avec Michelle, l’homme marié, lui, se décide à rompre avec sa femme pour épouser Michelle. Qui, du coup, rompt avec Leonard, lequel se rabat sur Sandra. Tout ça est palpitant, non ?

Seuls les seconds rôles sauvent le film, surtout Isabella Rossellini, en personnage très discret de mère indiscrète.

Le film est dû à James Gray, encore un réalisateur qui « a la carte ». Le Forum des Images, qui vient de rouvrir après trois ans de travaux, l’a d’ailleurs choisi comme invité pour tout le mois de décembre. Quelques décrochements de mâchoire en perspective...

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Hunger

Mardi 9 décembre 2008

Réalisé par Steve McQueen

Sorti en France (Festival de Cannes) le 15 mai 2008

Sorti en France (en salles) le 26 novembre 2008

Premier ministre du Royaume-Uni entre 1979 et 1990, Margaret Thatcher incarna l’intransigeance, pour ne pas dire l’obstination. C’est ainsi qu’elle refusa toujours le statut de prisonniers politiques aux membres de l’IRA (Armée républicaine irlandaise) emprisonnés pour divers attentats. Ce film de Steve McQueen (il aurait vraiment dû prendre un pseudonyme) raconte la « grève de l’hygiène » qu’ils firent pour refuser de porter les uniformes de prisonniers de droit commun. Maltraités et humiliés, pour ne pas dire torturés – on est souvent horrifié –, ils en vinrent à la grève de la faim, et Bobby Sands fut le premier qui en mourut. Il y en eut six autres.

Le film ne cherche pas à suivre la mode actuelle du montage haché et de la prise de vue en caméra portée, il est au contraire d’un classicisme absolu. Ainsi, ce plan séquence en caméra fixe qui montre une conversation entre Sands et un prêtre a dû faire grincer les dents de ceux qui aiment que ça bouge : voyez l’image ci-dessous, vous ne verrez rien d’autre, et le plan, qui comprend 24 717 images exactement, dure en effet 17 minutes et un peu moins de 10 secondes ! Mais cette conversation est capitale, unique, le second personnage ayant pour but de faire renoncer le premier à sa grève de la faim, au bout de laquelle la mort est inévitable. Les arguments pratiques, philosophiques, humanistes et politiques sont tous passés en revue, et c’est un festival d’intelligence. On aurait aimé que le film se réduise à cela ou presque, et nous épargne l’inutile agonie du prisonnier.

 

Hunger
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Caos calmo

Mercredi 10 décembre 2008

Réalisé par Antonello Grimaldi

Sorti en Italie le 1er février 2008

Sorti en France le 10 décembre 2008

Nanni Moretti, principal interprète de ce film, est aussi co-scénariste, et si le film, comme c’est plus que probable, se ramasse au bout d’une ou deux semaines, il ne devra s’en prendre qu’à lui-même, car des pans entiers de l’histoire ne sont pas clairs.

Dommage, car les spectateurs auraient pu être davantage captivés par l’histoire de cet homme, cadre supérieur dans une grosse firme, et qui, à la mort de sa femme, ne s’intéresse plus à son travail et se contente d’attendre sa petite fille, jour après jour, devant son école, jusqu’à ce que les camarades de la petite commencent à se moquer d’elle, au point qu’elle le prie gentiment de la laisser tranquille. Et quelques notations poétiques ne compensent pas une scène de sexe, inutile et trop longue, qui n’est pas dans le ton du film et n’a d’autre but que de racoler.

La moitié de la distribution est composée d’acteurs français, dont le rôle dans l’histoire nous laisse indifférents, et l’on retient surtout Alessandro Gassman, toujours aussi intéressant.

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Honte à Pasolini...

Mercredi 10 décembre 2008

... Et honneur à Michel Ciment ! Sur France Inter, dimanche 7, dans Le masque et la plume, et à propos de Hunger, il a osé dire ce qu’aucun critique ayant pignon sur rue (je ne parle donc pas de votre – très humble – serviteur) n’a jamais eu le courage de dénoncer, PUISQUE Pasolini avait la carte, lui aussi : que son film Saló ou les 120 journées de Sodome était « insupportable » et « totalement insoutenable ». J’ajouterai : totalement idiot.

Il est évident que Hunger, malgré les horreurs de la prison qu’il montre sans concession, n’est rien de tout cela.

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Burn after reading

Jeudi 11 décembre 2008

Réalisé par Ethan et Joel Cohen

Sorti en Italie (Festival de Venise) le 27 août 2008

Sorti aux États-Unis le 12 septembre 2008

Sorti en France le 10 décembre 2008

« Vous représentez toute l’idiotie d’aujourd’hui », lance John Malkovich à Richard Jenkins. Le compliment pourrait être resservi à Ethan et Joel Cohen, réalisateurs que, depuis O brother, where are you?, je tiens pour deux tâcherons pas drôles. Leur parodie sur les films mettant en cause la CIA est parfaitement soporifique, et le peu qui surnage tient dans les deux ou trois scènes où le patron de la CIA entend le rapport que lui fait un subordonné ; il n’y comprend rien et ne s’y intéresse pas, et son sous-fifre pas davantage, si bien que la seule décision qu’ils prennent en toute circonstance est de ne rien faire.

Les vedettes recrutées à coups de millions de dollars n’ont rien à faire non plus.

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Mascarades

Vendredi 12 décembre 2008

Réalisé par Lyes Salem

Sorti en Égypte (Festival International du Caire) le 25 novembre 2008

Sorti en France le 10 décembre 2008

Cette comédie de Lyes Salem, qui a écrit le scénario avec Nathalie Saugeon et qui joue aussi le rôle principal de Mounir, a de quoi faire rougir les frères Coen ! Sans trop d’argent, sans la moindre vedette surpayée, mais avec une grande efficacité et une bonne dose d’inventivité, elle fait rire ! Inconcevable.

Mounir, marié, un enfant, vit dans un village du sud algérien. Il héberge aussi sa sœur Rym, célibataire, et qui est affligée d’un « handicap », comme chacun le répète autour d’elle : narcoleptique, elle s’endort à tout instant. Mais, par chance, elle est aussi pourvue d’un amoureux tenace, le beau Khliffa, dit Ringo (Mohamed Bouchaïb, excellent), qui vient soupirer sous sa fenêtre chaque soir depuis quatre ans, et qui n’a que le seul tort – et malheur – d’être fauché. Un jour, lassé d’entendre moquer sa sœur, Mounir prétend qu’elle est fiancée à un riche homme d’affaires australien. Aussitôt, tout le monde s’efforce de lui rendre service en espérant un renvoi d’ascenseur. C’est le triomphe de la frime, mais aussi le début des ennuis, car Mounir devra certainement, un jour ou l’autre, payer pour son mensonge et sombrer dans le ridicule. Alors, il appelle au secours celui dont il ne voulait pas comme beau-frère, Ringo. Tout se terminera par le mariage espéré, et Rym est instantanément guérie de son handicap !

Le film est drôle, bien réalisé, bien interprété, sympathique, et ne s’étale pas sur trois heures. Il fait aussi une large place aux femmes, guère obsédées par la religion, et qui mènent les hommes par le bout du nez avec cet humour très particulier propre aux femmes arabes.

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Le jour où la Terre s’arrêta (2008)

Lundi 15 décembre 2008

Réalisé par Scott Derrickson

Titre original : The day the earth still stood

Sorti en France le 10 décembre 2008

Sorti aux États-Unis le 12 décembre 2008

Patricia Neal n’est plus là pour dire à Gort, le robot policier, les paroles qui l’empêcheront de tout détruire, « Klaatu barada nicto », comme en 1951 dans le film de Robert Wise ; tandis qu’à Michael Redgrave succède Keanu Reeves, lequel, naguère beau garçon mais resté comédien médiocre, n’a jamais pu jouer dans un seul bon film – sauf Beaucoup de bruit pour rien, adapté de Shakespeare par Kenneth Branagh.

Le scénario également a été remanié : les extraterrestres n’interviennent plus dans les affaires des Terriens pour empêcher l’utilisation de la bombe atomique, mais débarquent pour détruire l’espèce humaine avant que les atteintes qu’elle cause à l’environnement soient parvenues au point de non retour. Ah bon ? Notre pollution atmosphérique menace la Galaxie ? Or Klaatu, ému par une femme et un petit garçon qui pleurent sur une tombe, change d’avis et veut bien nous accorder un sursis. Philosophie de l’histoire : au bord du gouffre, nous serions capables de changer. Amen.

Bref, le scénario a été édulcoré, l’envoyé de l’espace ne pose plus d’ultimatum à l’espèce humaine et ne quitte plus la Terre après un dernier « La décision vous appartient ». Le film sombre dans la bouillie sentimentale propre à notre époque.

Je confesse être allé voir le film pour Kathy Bates, qui joue le rôle du secrétaire d’État à la Défense – le président et le vice-président s’étant mis à l’abri dès les premiers signes de danger. Tout le reste, dépourvu de la moindre inspiration, est d’un ennui absolu. Pour ne rien arranger, le film de 1951, lui, bénéficiait d’une musique du génial Bernard Hermann, alors que l’actuel est noyé dans une soupe à la sauce blockbuster mille fois entendue.

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Comme une étoile dans la nuit

Mardi 16 décembre 2008

Réalisé par René Féret

Sorti en France le 10 décembre 2008

L’histoire tiendrait au dos d’un ticket de métro : Anne et Marc, jeunes et modernes, chacun pourvu d’une bonne situation, envisagent de se marier, mais on découvre que Marc est atteint d’une maladie très grave, la maladie de Hodgkin. On le soigne, mais rien ne marche, et il en meurt.

L’originalité voulue de ce film réside dans le refus du couple de vivre cette fin sur le mode sinistre. Mais le réalisateur René Féret, qui joue dans son film (et a fait jouer son fils Julien dans SEPT de ses films !), en fait trop, et impose à sa vedette féminine Salomé Stévenin un perpétuel sourire – incluant l’adieu pré-mortem et les obsèques –, voire des fous-rires, censés montrer que l’existence ne s’arrête pas, et qu’Anne, sur la volonté de son fiancé, va connaître après lui l’existence « d’une fille de vingt-cinq ans dont la vie continue ». C’est à ce point affiché que cela finit par devenir moralisant et un brin crispant. En somme, René Féret invente un concept que nul ne revendiquerait (la mort d’un être ne doit pas perturber la vie de ses proches survivants), et nous l’enfonce dans le crâne avec la délicatesse d’un marteau-pilon.

Sans cette démonstration lourdingue, le beau visage tranquille et le regard lumineux de Nicolas Giraud suffisaient amplement.

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Largo Winch

Vu le samedi 15 novembre 2008 - Sorti le mercredi 17 décembre 2008

Réalisé par Jérôme Salle

Sorti en France (Festival de Sarlat) le 12 novembre 2008

Sorti en France (en salles) le 17 décembre 2008

Bon film d’action français, tirée d’une bande dessinée à succès plutôt au-dessus du lot – dessins de Philippe Franck, d’après les romans de Jean Van Hamme. Il y a tout, un scénario soigné, une mise en scène claire, du spectacle, de beaux paysages, de bons acteurs, dont Kristin Scott-Thomas et l’excellent Nicolas Vaude (malheureusement affublé d’une perruque ridicule et d’un costume qui ne correspond pas à son titre de majordome), des trucages numériques efficaces et qui pour une fois ne sont pas inutiles (une très belle île en Croatie, entièrement créée sur ordinateur). Le film aura son public de fans.

Il faut pourtant noter que l’histoire a été profondément remaniée. New York a été remplacé par Hong-Kong, et surtout, le personnage essentiel de Simon – le plus pittoresque et sympathique –, l’ami de Largo, est absent ! Ce qui va décevoir tous les admirateurs de la bande dessinée. Il faudra, pour le voir, attendre la suite, qui est déjà prévue.

Beaucoup de critiques, semble-t-il, ont fait la fine bouche, et traité le film par le dédain. Ils ont tort. L’interprète principal en a pris sa part, et c’est parfaitement injuste : Tomer Sisley est beau garçon, très bon acteur, athlétique et polyglotte. Bien meilleur en tout cas que ce pauvre Daniel Craig, actuel titulaire du rôle de James Bond.

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Les plages d’Agnès

Mercredi 17 décembre 2008

Réalisé par Agnès Varda

Sorti en Italie (Festival de Venise) le 3 septembre 2008

Sorti en France (en salles) le 17 décembre 2008

Arlette Varda, qui s’est rebaptisée Agnès à 18 ans, est une cinéaste de 80 ans, atypique, originale, inclassable, joyeuse réalisatrice d’une poignée de films que le public connaît peu mais que les cinéphiles apprécient depuis longtemps. Ici, et dans une totale liberté, elle égrène ses souvenirs à travers une suite d’images tantôt surprenantes, tantôt émouvantes, où l’on rencontre sa famille et ses amis, souvent célèbres : Jean Vilar, Jim Morrison, Jean Marais, Jean-Luc Godard, Michel Piccoli, Jane Birkin, et surtout son mari défunt, l’illustrissime Jacques Demy, seul auteur français de comédies musicales, qui avait découvert Harrison Ford... dont Hollywood alors n’avait pas voulu ! Au passage, on apprend que c’est le sida qui a tué Jacques Demy.

Agnès filme sur les plages et dans les ports de son enfance, notamment à Sète et à Noirmoitier, et dans son quartier, voire chez elle, et elle est sans doute le seul cinéaste qui donne son adresse dans un film ! Ingénieuse, inventive, dotée d’un rare sens de l’image, constamment présente à l’écran avec son équipe technique, elle livre un merveilleux documentaire sur elle et sur le cinéma. Un cinéma dont elle reste la seule représentante encore en vie.

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La cité de l’ombre

Jeudi 18 décembre 2008

Réalisé par Gil Kenan

Titre original : City of ember

Sorti aux États-Unis (Fantastic Fest, à Austin) le 25 septembre 2008

Sorti en France (en salles) le 17 décembre 2008

Étrange traduction de City of Ember, puisque ember signifie « braise ». Oui, mais ce mot ressemble vaguement à ombre... Le réalisateur, lui, n’avait fait auparavant qu’un film d’animation, Monster house, en 2006.

Le peu qui reste de l’humanité, sans doute victime de la pollution, s’est réfugié dans une cité souterraine. Les responsables ont décidé que les survivants y resteront deux cents ans, et qu’on ne dira rien à leurs descendants sur ce qu’était autrefois l’existence à la surface, afin qu’ils n’aient aucun regret. Un peu comme dans The village, de Manoj Shyamalan. Le secret du chemin qui conduit à la sortie est contenu dans une boîte qui doit s’ouvrir toute seule au bout de ce temps, et confiée à un maire qui la transmettra à ses successeurs. Hélas, l’un des maires a un accident, la boîte est perdue, son existence reste ignorée, donc plus personne ne devrait retrouver l’air libre.

Naturellement, deux jeunes gens vont la retrouver, découvrir son secret, et regagner la surface, après bien des péripéties. Déception : ils ne trouvent que les ténèbres, et s’endorment sur place. Mais vous avez compris qu’ils sont sortis de terre au milieu de la nuit ! Le jour finit par se lever, la Nature est belle, les oiseaux chantent, les papillons volent, et les deux jeunots envoient un message à ceux restés sous terre. La vie va reprendre.

Cette histoire est nunuche, et pour cause, puisqu’elle est tirée d’un livre pour enfants. Les deux héros ne sont pas aussi beaux qu’ils devraient l’être pour ce type de film, et la musique, effroyable, ininterrompue, est livrée par un grossiste pour ambiance d’accompagnement à bon marché.

La seule bonne idée, mais François Truffaut l’avait eue avec Farenheit 451, c’est d’avoir gardé, pour la cité souterraine, des décors (numériques), des objets et des métiers désuets. Plus aucun moyen de transport ou de communication, et lorsqu’on veut faire savoir quelque chose à un autre habitant de la ville, on lui envoie un messager. C’est assez amusant.

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Lola Montès

Vendredi 19 décembre 2008

Réalisé par Max Ophüls

Sorti en France le 23 décembre 1955

Ressorti en France (nouvelle version) le 20 janvier 1956

Ressorti en France (version remontée) le 22 février 1957

Pourquoi ce film a-t-il fait scandale à sa sortie, en 1955 ? Charcuté, remonté, doublé en français pour les quelques répliques en allemand, puis tombé dans l’oubli, le film a été racheté en 1968. Cette année, le 3 décembre, il est ressorti après une restauration dans son état initial, grâce à la Cinémathèque française et à des fonds privés (L’Oréal et Agnès B.). Tant mieux.

Cela dit, chef-d’œuvre absolu du cinéma, comme toute la presse l’a écrit ? Boufre, messieurs, du calme ! Même si Martine Carol est bonne et Peter Ustinov à sa hauteur habituelle, ce film à sketches, car c’en est un – Lola et Franz Liszt, Lola et son étudiant, Lola et le roi de Bavière, Lola au cirque –, ne dépasse pas l’honnête niveau des films à sketches qu’on tournait à cette époque. Il y avait peut-être de meilleurs films à restaurer. Sa principale qualité réside dans le parti-pris de faire, d’une biographie de femme fatale, un spectacle de cirque. C’est bien, mais limité, car le récit est obligé de sortir du cirque à intervalles réguliers, pour illustrer par des retours en arrière tous ces épisodes galants.

Petites curiosités. D’abord, le titre orthographie « Montès », mais toutes les inscriptions dans le film affichent « Montez » : quelqu’un s’est mélangé les pinceaux ? Et puis, le son est monophonique. Est-ce que les films en Cinémascope des années cinquante n’étaient pas en stéréo ? Je suis bien certain que si, c’était même leur principal intérêt !

En bref : reprise, à voir.Haut de la page

Bide

Dimanche 21décembre 2008

Je ne suis pas allé voir la nouvelle version de L’emmerdeur, le film de Francis Veber, avec Patrick Timsit et Richard Berry. En effet, la première version, sortie en 1973 et due à Georges Molinaro, avec Lino Ventura et Jacques Brel, est passée précisément à la télévision cette semaine (ce n’est pas un hasard, les programmateurs des chaînes tenant compte régulièrement de l’actualité). Or elle était très correcte.

Je n’y suis pas allé voir ce remake, parce que, d’une part, je tiens Francis Veber pour un médiocre réalisateur. Le plus comique, c’est qu’il est l’auteur le mieux payé du cinéma français, et que, pour ce film-là, il a touché 2,7 millions d’euros, plus 27,5 % des revenus du film – ce qui prouve que les producteurs sont confiants. C’est TF1, sans surprise, qui représente la télé parmi ces producteurs, et la chaîne s’en mord à présent les doigts (c’est une image), car elle a versé deux millions d’euros pour pouvoir diffuser le film une première fois ; or une seule coupure publicitaire ne lui rapporterait que 300 000 euros. Heureusement, Sarkozy, la bonne fée du privé, a décidé que, dans le nouveau régime, les œuvres de cinéma seraient coupées deux fois, et pendant neuf minutes au lieu de six – ce qui revient à tripler le temps de pub durant les films. Donc, probablement, tripler aussi les profits de la chaîne. C’est vraiment un hasard si Martin Bouygues, qui est le proprio de TF1, est aussi le parrain de Louis, le plus jeune fils de Sarkozy !

Autre raison d’éviter L’emmerdeur, c’est que le film repose sur une erreur flagrante de distribution. Le comique de l’histoire est en effet fondé sur l’affrontement entre deux hommes, un suicidaire casse-pieds (c’était Jean Le Poulain dans la première version au théâtre) et un tueur professionnel, qui doit être assez effrayant si l’on veut que le récit fonctionne (au théâtre, c’était Raymond Gérôme, quelque peu glaçant). C’est dire si ce mannequin de vitrine qu’est Richard Berry est parfait dans le rôle !

J’ai donc boycotté ce machin, et je ne suis pas le seul, car il fait un bide qu’un esprit original, comme il y en a tant dans la presse, qualifierait de « retentissant ». Si bien que Francis Veber ne touchera pas les 152 450 euros de prime (un million de francs) qu’il devait percevoir si le film dépassait les trois millions d’entrées. C’est bien triste.

Mieux vaut revoir Mascarades ou Les plages d’Agnès.

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Le bon, la brute, le cinglé

Lundi 22 décembre 2008

Réalisé par Ji-woon Kim

Titre original : Joheunnom nabbeunnom isanghannom

Sorti en France (Festival de Cannes) le 24 mai 2008

Sorti en France le 17 décembre 2008

Le doux nom de ce film coréen fait ouvertement référence au plus connu des westerns italiens, qui étaient en vogue il y a quarante ans et plus, ce que confirme la reprise, vers la fin, de la célèbre réplique « Creuse ! ». Et les premiers plans, sur les oiseaux autour de la voie ferrée, conçus avec l’aide du numérique inconnu en ce temps-là, s’annoncent bien. Ensuite, tout se gâte. Et cela fait pitié de voir tant d’invention et d’énergie dépensées par l’équipe du film pour fabriquer les ingrédients d’une recette qui ne prend pas. Si bien que le film, confus et trop long pour une comédie (128 minutes), qui accumule les images plutôt laides prises avec une caméra portée gigotant sans arrêt, génère très rapidement un ennui profond.

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Père Noël en avance

Jeudi 25 décembre 2008

En dépit de son côté désuet, Les misérables dans la version de 1958 est ce qu’on a fait de mieux – du moins pour les versions que je connais. Le film était de Jean-Paul Le Chanois, réalisateur communiste, homme cultivé, mais qui avait peut-être eu tort de confier les dialogues à Michel Audiard – sans doute parce que Jean Gabin était la vedette et qu’il imposait Audiard.

Or, en dépit de sa culture personnelle, Audiard ne savait pas tout. Il commet ainsi une erreur grossière dans une réplique de Jean Valjean, lorsque ce personnage donne en cadeau une poupée à Cosette : il lui fait dire que « le père Noël est en avance cette année ». Anachronisme.

Le père Noël est né dans un poème publié par le « New York Times » le 24 décembre 1829 (et donc, bien après l’époque où Valjean recueille Cosette). Il a d’ailleurs mis pas mal de temps avant de gagner l’Europe. Par conséquent, Jean Valjean ne risquait pas d’en avoir entendu parler !

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Une fiancée pas comme les autres

Vendredi 26 décembre 2008

Réalisé par Craig Gillespie

Titre original : Lars and the real girl

Sorti au Canada (Festival de Toronto) le 10 septembre 2007

Sorti en France le 24 décembre 2008

Lars, 27 ans, croyant, renfermé, quasi-mutique, préfère vivre dans l’appartement aménagé dans le garage de la maison familiale que son frère Gus occupe avec sa femme Karin, enceinte. Mais un jour, il annonce qu’il a une invitée, Bianca, qui ne parle pas leur langue, vit en fauteuil roulant et qui est « très croyante », de sorte qu’elle ne peut pas cohabiter avec lui ; il demande que son frère l’héberge. Mais, ô surprise, la fiancée est un mannequin, une poupée de plastique grandeur nature qu’il a commandée sur Internet.

Or, tout le monde, dans le village, va faire mine de trouver cela normal, y compris la psychiatre que Gus a mise sur le cas de son frère. Et lorsque la fiancée « tombe malade », on l’hospitalise comme si de rien n’était. Puis, apparemment noyée, Bianca meurt, procédé classique chez les scénaristes pour se débarrasser d’un personnage dont ils ne savent plus que faire, parce que le scénario reposait sur une fausse bonne idée. Le curé dit la messe d’enterrement, et Bianca est inhumée dans le cimetière local.

On ne sait pas trop ce qu’ont voulu les concepteurs du film, si bien que le film a le derrière entre deux chaises, voire trois ! Faut-il prendre cette histoire pour une comédie ? Mais on ne rit jamais, l’atmosphère est même assez triste. Est-ce encore une de ces leçons d’humanisme qui nous tombent dessus à raison de deux films par mois ? Je penche pour cette hypothèse, et j’explique pourquoi au paragraphe suivant. Mais ce serait néanmoins très faux cul, attendu que les bienfaits que la communauté attribue à Bianca lors des obsèques (enseigner bénévolement, consacrer aux malades un jour par semaine) sont imaginaires. Il n’y a seulement pas la satire attendue, celle des villageois béotiens qui, dans la vie réelle, se scandaliseraient de cette liaison aberrante.

On sort de là avec l’impression de n’avoir rien vu du tout. Alors, détendons-nous un peu avec les perles du dossier de presse. Ryan Gosling, vedette du film, qui joue Lars, raconte que pendant le tournage, il habitait réellement dans le garage où est censé vivre son personnage, pour mieux s’imprégner de ses traits de caractère et de l’atmosphère du récit. Ben voyons ! La majorité des acteurs nous jouent ce coup-là, hérité des années de l’Actor’s Studio. Et puis, le réalisateur rapporte que la poupée de plastique était traitée comme un être humain sur le plateau, et que toute l’équipe « la respectait ». Ils n’ont pas lésiné sur son cachet, au moins ? On la raccompagnait chez elle en limousine ? Ils ont offert du champagne et des fleurs, à la fin du tournage ?

Pour vendre à tout prix n’importe quoi, la com’ sera toujours la com’...

En bref : inutile de se déranger.Haut de la page

Louise-Michel

Lundi 29 décembre 2008

Réalisé par Gustave Kervern et Benoît Delépine

Sorti en France (première à Pessac) le 23 septembre 2008

Sorti en France (en salles) le 24 décembre 2008

Le trait d’union l’indique, rien à voir avec Louise Michel, la pasionaria de la gauche, morte en 1905. Il s’agit de l’association, qui va bientôt tourner au couple, entre Louise, ouvrière en Picardie, et Michel, tueur à gages minable. À ce détail près qu’ils sont tous les deux transexuels, que Louise s’appelait Jean-Pierre et s’est déguisée en femme pour trouver du travail, et que Michel s’appelait Cathy.

L’usine de Louise ferme, et le patron déménage en catimini les machines. En guise d’indemnité, les ouvrières touchent mille euros par année de présence, et décident de mettre leurs fonds en commun pour payer un tueur qui flinguera le patron félon. Mais le tueur est nul et ne parvient seulement pas à abattre un chien qui empêchait un agonisant de dormir ! Pour comble, il y a erreur sur le patron qu’il fait flinguer par sa cousine elle aussi agonisante – car elle n’a plus rien à perdre –, et il faut recommencer à Bruxelles. Nouvelle erreur, le vrai patron est à Jersey. Michel et Louise font le voyage et cette fois ne ratent pas leur cible. Ils finissent en prison, où Michel met au monde un bébé.

Les deux mal élevés de Groland, Benoît Delépine et Gustave de Kervern (ou Gustave Kervern : il utilise les deux noms), ont réussi leur coup, car le public se marre devant l’énormité de leurs trouvailles visuelles ; cela, dès la séquence d’ouverture, une crémation qui rate ! Le reste est à l’avenant.

En bref : à voir.Haut de la page

Mes plus belles années

Mardi 30 décembre 2008

Réalisé par Reshef Levy

Titre original : Lost islands

Sorti en Israël le 3 juillet 2008

Sorti en France le 24 décembre 2008

Le titre français tente malhonnêtement de faire croire à une analogie avec le chef-d’œuvre italien de 2003, Nos meilleures années, alors que le film s’intitule Lost islands, d’après un feuilleton télévisé de 1976, que la famille Levy regardait en 1980 – époque où le présent film se passe.

Avraham et sa femme Sima ont cinq fils, dont deux jumeaux de dix-huit ans, Erez et Ofer, le premier étant le narrateur. David, l’aîné, est fiancé, mais les jumeaux sont vierges et anxieux de ne pas le rester. Or la tradition familiale, absurde comme toutes les traditions familiales, veut qu’Erez fasse tout ce que veut son jumeau, censé plus fragile, et qui en fait ne l’est pas du tout. Le jour où ils rencontrent Nera, une fille ravissante et intelligente, Ofer, du genre hâbleur, prétend l’avoir vue le premier, donc son frère n’a plus qu’à s’incliner.

Plus tard, le père est victime d’un accident provoqué involontairement par Erez, et perd l’usage de ses jambes. Puis Erez s’engage dans les troupes combattantes, et Ofer lui en veut de lui avoir volé ses rêves de gloire. Mais c’est Ofer qui est tué, dans un autre accident. Avraham poussera Erez à prendre la succession de son frère dans le cœur de Nera.

C’est sympathique, jamais pesant, mais l’histoire, qui se déroule sur deux ans seulement, n’a rien d’une saga familiale, et le film n’est pas fracassant.

En bref : à voir à la rigueur.Haut de la page

Roman Polanski: wanted and desired

Mercredi 31 décembre 2008

Réalisé par Marina Zenovich

Sorti aux États-Unis (Festival de Sundance) le 18 janvier 2008

Sorti en France le 31 décembre 2008

Soyons clair : je n’aime aucun des films de Roman Polanski, et surtout pas Rosemary’s baby. Et bien que tout le monde le trouve sympathique, surtout ses collègues français de l’Académie des Beaux-Arts qui parlent pudiquement de « zones d’ombre » dans sa vie, je n’aime pas non plus l’individu. En effet, appréciez les zones d’ombre : en 1977, il invite dans la villa de Jack Nicholson une fille de 13 ans, Samantha Gailey, qui se dit mannequin, pour y faire des photos de nu. Il la fait boire, la drogue, et la viole (avec sodomie).

Après cela, plainte de la fille. Mais la famille de la victime ne veut pas qu’elle témoigne au procès, donc les seules preuves résident dans la petite culotte de la victime, objet qu’une commission de six sages découpe en deux pour la partager entre la défense et l’accusation ! C’est cela aussi, les États-Unis... Puis l’avocat de Polanski négocie avec le juge Laurence Rittenband pour éviter une condamnation de prison ferme, contre laquelle le juge peut être certain que l’accusé fera appel, ce qui peut mener très loin (jusqu’à la Cour Suprême des États-Unis, car Polanski a les moyens, donc l’affaire risque de durer des années). Ces négociations aboutissent à ceci : Polanski se soumettra, au pénitencier de Chino, à un « sursis probatoire », période de 90 jours au cours de laquelle il subira des examens psychiatriques en vue de décider s’il est dangereux et susceptible de récidiver. Mais le juge accorde un délai de trois mois pour que Polanski termine la préparation d’un film qu’il a en projet en Europe. Polanski prend l’avion, mais une photo paraît dans la presse le montrant à la Fête de la Bière de Munich, festoyant entre deux filles très jeunes. Furieux, le juge, estimant que l’accusé n’est pas en train de travailler, exige qu’il rentre aux États-Unis et fasse immédiatement sa période probatoire au pénitencier de Chino.

Polanski s’exécute, à ses risques et périls (les pédophiles sont très mal vus en prison et y risquent leur vie), se laisse incarcérer, mais il est libéré au bout de 42 jours. La presse alors se déchaîne : quoi ! Six semaines seulement pour un crime qui peut valoir cinquante ans de prison aux États-Unis ? Couvert de boue par les journaux, le juge exige que Polanski retourne au pénitencier, après quoi, il promet de le relâcher. Mais avocat et procureur ne lui font plus confiance, et cette fois, Polanski s’enfuit pour de bon en France. Il y est toujours, et pas question d’extradition ; d’une part, la France n’extraderait que pour un viol, or le viol n’a pas été retenu dans l’accord conclu avec le juge ; d’autre part, la France n’extrade pas ses ressortissants, or Polanski, né à Paris, peut argüer de sa nationalité française.

Aux dernières nouvelles, et comme le juge Rittenband a été dessaisi (il est d’ailleurs mort en 1993), le nouveau juge accepte d’acquitter Polanski si celui-ci revient aux États-Unis et si les débats sont télévisés. Polanski a refusé. Au passage, admirons la justice états-unienne, où un juge, avant tout procès, peut « promettre » l’acquittement à un accusé.

Le présent film n’est pas très clair dans son premier tiers, qui inclut dans le récit l’épisode antérieur de la mort de Sharon Tate, la première épouse de Polanski. Le reste est limpide.

En bref : à voir.Haut de la page

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Sites associés :    Yves-André Samère a son bloc-notes 125 films racontés

Dernière mise à jour de cette page le jeudi 1er octobre 2015.