JPM - Films vus - Notules -  Juin 2014

Notules - Juin 2014

 

Plus courtes que les critiques, les notules traitent d’un ou plusieurs films, ou de sujets d’actualité en rapport avec le cinéma. Jusqu’en septembre 2004, elles provenaient de divers forums aujourd’hui disparus. Par la suite, elles s’en affranchissent et sont rédigées directement ici.

Œuvres citées (en italiques, autre que des films)  : L’ultime razzia – Fear and desire – Lolita – Spartacus – Les sentiers de la gloire – Docteur Folamour – Barry Lyndon – Eyes wide shut – Le baiser du tueur – 2001, l’odyssée de l’espace – Orange mécanique – Shining – Full metal jacket – Room 237 – Ugly – Slumdog millionaire – Ton absenceAnni feliciLe vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaireHundraåringen som klev ut genom fönstret och försvannLes voies du destinThe railway man – Le pont de la rivière Kwaï – Le discours d’un roi – Cheval de guerre – Tristesse clubLes sœurs QuispeCupcakes – Rasta rocket – La ritournelleLa femme du boulangerLa belle vieLes poings contre les murs – La tête contre les murs – Les poings dans les poches – Starred upDeux jours, une nuitNight movesÉtat d’urgence – Running on empty – Black coalBai ri yan huo – Citizen Kane – La soif du mal – Le faucon maltais – XeniaThe two faces of JanuaryLe Soleil brille pour tout le mondeThe Sun shines bright – Les raisins de la colère – Au fil d’ArianeTom à la ferme – La mort aux trousses – La frappe – PasookkoonL’attrape-cœurCatcher in the ryeJersey boys – Bird

Personnes citées : Stanley Kubrick – Anurag Kashyap – Mohandas Karamchand Gandhi – Daniele Luchetti – Felix Herngren – Robert Oppenheimer – Francisco Franco – Harry Truman – Joseph Staline – Albert Einstein – Jonathan Teplitzky – Pierre Boulle – David Lean – Eric Lomax – Patricia Lomax – Colin Firth – Jeremy Irvine – Vincent Mariette – Sebastián Sepúlveda – Eytan Fox –Édouard Baer – John Huston – Edson Arantes do Nascimento, alias Pelé – Mike Brant – Marc Fitoussi – Jean-Pierre Darroussin – Isabelle Huppert – Marcel Pagnol – Sacha Distel – Julie London – David Mackenzie – Georges Franju – Marco Bellocchio – Luc Dardenne – Jean-Pierre Dardenne – Woody Allen – Marion Cotillard – Olivier Gourmet – Kelly Reichardt – Michael Crichton – Sidney Lumet – Yi’nan Diao – Panos H. Koutras – Hossein Amini – Patricia Highsmith – John Ford – Jane Darwell – Robert Guédiguian – Ariane Ascaride – Xavier Dolan – Gabriel Yared – Alfred Hitchcock – Cary Grant – Sung-hyun Yoon – Abdellatif Kechiche – Clint Eastwood – Erroll Garner – Charlie Parker – Christopher Walken – Jerry Lewis

Kubrick génial ?

Lundi 2 juin 2014

Ne faisons pas de paradoxe facile et stupide : bien sûr, Kubrick était un grand cinéaste, et il n’est pas question de prétendre le contraire. Mais, au contraire de ceux qui admirent tout inconditionnellement chez leurs idoles, je mets un bémol sur certains de ses films. J’estime que L’ultime razzia est un film policier assez banal ; que Fear and desire est tout à fait raté parce que réalisé par un amateur ; que Lolita, trop long et complètement édulcoré, n’a pas grand intérêt ; que Spartacus, qui manipule les évènements afin de flirter avec la politique, est assez ennuyeux ; que Les sentiers de la gloire, glorifié a posteriori par une censure imbécile, est à la fois inexact et surfait ; que Docteur Folamour est une pochade caricaturale qui ne traite pas son sujet ; que Barry Lyndon est un monument d’ennui purement décoratif ; et que Eyes wide shut est un lamentable navet reposant sur une histoire de cocus.

En revanche, je place très haut Le baiser du tueur, policier très court et magnifiquement mis en scène ; 2001, l’odyssée de l’espace, précurseur réussi de tous les films d’anticipation ; Orange mécanique, originale fable politique et philosophique toujours d’actualité ; Shining, film d’horreur ne ressemblant à rien dans le genre ; et Full metal jacket, sans doute le meilleur film de guerre jamais réalisé.

Or il semble convenu une fois pour toutes que Kubrick était un génie, et j’ai lu récemment qu’il possédait un Q.I. de 200, une belle absurdité – puisque même Einstein devait être autour de 160. On considère d’autre part que, minutieux et veillant au moindre détail, toutes les erreurs de réalisation, innombrables, que l’on peut relever dans la totalité de ses films étaient « des signes » qu’il plaçait là volontairement, quoique en ne révélant jamais ce qu’ils étaient censés révéler aux observateurs attentifs et plus intelligents que le spectateur moyen. Vous vous souvenez certainement que cette thèse audacieuse a été soutenue dans le film Room 237, dont j’ai parlé et qui est sorti en DVD : il ne traite que de Shining, et avance toutes les hypothèses (assez farfelues) que l’imagination des admirateurs du film a fait naître dans leurs esprits. J’avais bien ri.

Histoire de contrebalancer ces curiosités, je vous signale l’existence d’une rubrique sur le site allocine.fr, où les deux commentateurs ne respectent rien, et décortiquent les films les plus célèbres... et les plus riches en bourdes de tournage. Cela s’appelle Faux raccords, il y a déjà 108 numéros, et on a consacré deux vidéos à Kubrick, ICI et . Voyez-les, et régalez-vous, c’est édifiant !

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Ugly

Lundi 2 juin 2014

Réalisé par Anurag Kashyap

Sorti en France (Festival de Cannes) le 17 mai 2014

Sorti en France le 28 mai 2014

L’Inde n’est pas ce pays où règnerait la non-violence. N’oublions pas que le Mohandas Karamchand Gandhi a été assassiné par un hindouiste, qui lui reprochait de vouloir favoriser les musulmans ; qu’Indira Gandhi, fille de Nehru, ainsi que son fils Rajiv, tous deux Premiers ministres, ont aussi été assassinés ; et que la « plus grande démocratie du monde » n’a jamais réussi à empêcher le bûcher où les veuves de riches personnages sont brûlées vives, avec tous les serviteurs du défunt.

L’autre spécialité du pays, ce sont les enlèvements d’enfants, activité rentable, et c’est justement le sujet de ce film : à Mumbai, anciennement Bombay, une petite fille de dix ans de parents divorcés, Kali, est enlevée. Son père, un acteur sans travail, la recherche, et la police le soupçonne d’avoir en réalité trempé dans l’affaire, car le beau-père de Kali est justement le commissaire de police qui mène l’enquête !

Le dernier plan du film montre le corps de Kali, trouvée morte depuis plusieurs jours, dans une benne à ordures, en pleine rue.

La principale qualité de ce film assez violent est de ne se rattacher en rien au cinéma de Bollywood (l’Hollywood de Bombay), qui ne produit que des navets peuplés de héros moustachus et grassouillets, ainsi que d’héroïnes à la voix criarde, genre que les snobs occidentaux font mine d’adorer, histoire de se singulariser. Là, c’est la violence qui s’étale, ainsi que la corruption, comme on en avait eu un avant-goût dans ce piètre film – mais grand succès – qu’était Slumdog millionaire.

Cela dit, l’obsession du réalisateur pour les téléphones mobiles est vite lassante : il ne passe pas une demi-minute sans qu’un personnage téléphone, et toute l’enquête porte là-dessus. Il fallait bien que cette calamité s’abatte sur nous un jour. On en perd vite le fil de l’histoire, à ce compte.

En bref : à voir.Haut de la page

Ton absence

Mardi 3 juin 2014

Réalisé par Daniele Luchetti

Sorti au Canada (Festival de Toronto) le 7 septembre 2013

Sorti en France le 28 mai 2014

Guido, sculpteur romain qui se voudrait révolutionnaire, en fait ne vend pas ses œuvres, et la critique ne le juge guère novateur. En contrepartie, sa vie familiale est riche, avec sa femme Serena, fort belle et qui accepte ses infidélités, et ses deux petits garçons, très libres et qui ne voient aucun mal à côtoyer ses modèles nus féminins. Hélas, l’aîné, Dario, âgé de dix ans, a reçu une caméra Super-8 (nous sommes en 1974), et, au cours de vacances en France sans leur père, il a filmé fortuitement les gestes d’affection que Serena a échangés avec une amie. Lorsque Guido voit le film, il comprend que sa femme a découvert le lesbianisme, fait une scène violente, et Serena le quitte.

Ils se reverront par la suite, de temps en temps, sans jamais se remettre ensemble.

Le film comporte de belles scènes assez originales, mais d’autres sont inutiles ou trop longues, et le film reste imparfait.

*

Dès la première scène, une bêtise, due au sous-titreur : un dessinateur offre un dessin amusant au jeune Dario, qui s’écrit « Bello ! ». Or le sous-titre traduit par « Génial ! ». Ce langage de babouin, typique du vingt-et-unième siècle, n’avait pas court en 1974. On ne disait pas non plus « bosser » pour travailler, ni « Super ! », qui n’est qu’un préfixe, pour excellent ou formidable, ni « un truc » pour quelque chose.

Les sous-titreurs n’ont pas encore compris, et ne comprendront sans doute jamais, que les personnages des films ne parlent pas forcément comme eux-mêmes parlent dans la vie. Surtout si l’histoire se situe à une autre époque.

J’ai naguère cité cet exemple où Hitler disait « Bon ben faut qu’j’y aille ». Un comble.

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Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire

Jeudi 5 juin 2014

Réalisé par Felix Herngren

Titre original : Hundraåringen som klev ut genom fönstret och försvann

Sorti en Suède, au Danemark et en Norvège le 25 décembre 2013

Sorti en France le 28 mai 2014

Le titre du film vient de la traduction française du roman – qui a eu un succès mérité –, mais celui d’origine signifie « Un garçon centenaire qui a grimpé par la fenêtre et a disparu ». Fidèlement adapté de ce roman, le film mêle les aventures du présent (une histoire de valise bourrée d’argent, dérobée involontairement le jour de sa fugue par le personnage central), et les retours en arrière sur la vie passée de ce garçon qui n’aimait rien tant que de « faire sauter des trucs », ce qui va l’amener à donner des conseils à Oppenheimer pour la mise au point de la bombe atomique ! Au cours d’une existence mouvementée, il sera aussi devenu le copain de Franco, de Truman, de Staline et du frère idiot d’Albert Einstein...

Le film est agréable à suivre et n’épargne aucun moyen pour montrer cette cascade d’évènements, mais on est bien obligé de constater qu’une adaptation d’un roman trop riche aboutit à un film bien trop long. On est un peu lassé, longtemps avant la fin.

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Les voies du destin

Vu le vendredi 6 juin 2014 - Sortie prévue le 11 juin 2014

Réalisé par Jonathan Teplitzky

Titre original : The railway man

Sorti au Canada (Festival de Toronto) le 6 septembre 2013

Sortira en France le 11 juin 2014

Le pont de la rivière Kwaï était un film célèbre, adapté d’un roman français de Pierre Boulle (on avait modifié le dénouement afin de le rendre plus spectaculaire : dans le livre, le pont ne sautait pas), et cette histoire n’est pas tout à fait imaginaire, car les Japonais ont bel et bien tenté de construire une voie ferrée sur les lieux ; ou plutôt, de la faire construire par des prisonniers de guerre. Or c’était un travail pénible et dangereux, dans lequel ces malheureux laissaient leur vie. En fait, pour mener à bien la tâche, il fallait des esclaves, et les Japonais, dont le cynisme et la cruauté ne sont plus à vanter, ne reculaient devant aucune ignominie, dont le film de David Lean ne donnait qu’une très faible idée, puisque aucun des prisonniers britanniques n’y mourait, et qu’aucun esclave asiatique n’y apparaissait !

Le film dont il est question ici vient d’un autre livre, mais pas un roman : c’est l’histoire, racontée en 1995 par lui-même, d’Eric Lomax, jeune lieutenant britannique, passionné de trains, et dont l’unité, à Singapour, a dû en 1942 se rendre aux Japonais. Lesquels, du coup, en ont conclu qu’ils avaient affaire à des sous-hommes, dès lors taillables et corvéables à merci, et les a envoyés en Thaïlande afin d’y construire une voie ferrée de 415 kilomètres entre Bangkok et Rangoon – celle justement qui empruntait le pont de la rivière Kwaï, qu’on ne verra jamais. Or Lomax avait réussi à construire un poste de radio afin d’avoir des nouvelles du pays et du conflit mondial. Il se fit surprendre par ses geôliers, qui ne voulurent jamais croire qu’il n’avait fabriqué qu’un récepteur, et l’accusaient d’avoir tenté de transmettre des informations à leurs adversaires occidentaux. Il fut abominablement torturé.

Bien des années après la guerre, brisé moralement, il apprend par un ancien camarade de guerre que son tortionnaire est toujours vivant, et où on peut le trouver. Mais, récemment marié et voulant laisser de côté toute idée de vengeance, il refuse de se rendre en Asie afin de tuer son bourreau. Du coup, l’ami se suicide, et Lomax se rend donc en Asie, retrouve le tortionnaire, l’enferme et l’interroge. Mais, et c’est le seul détail de l’histoire que j’ai trouvé un peu dur à gober – on le devine d’ailleurs longtemps à l’avance –, il finit par lui pardonner afin de ne pas tomber à son niveau, et le libère. On a même un épilogue où les deux hommes se revoient de nouveau, et où le Japonais demande pardon. De sorte qu’un carton de fin nous apprend qu’ils sont devenus amis !

Lomax est mort en 2012, son bourreau, un an avant, et seule survit la veuve de Lomax, Patti.

*

Le film est beau, classiquement réalisé, et bien interprété par deux excellents acteurs pour le rôle de Lomax. D’abord, Colin Firth, oscarisé en 2010 pour Le discours d’un roi, et Jeremy Irvine, qui a débuté dans Cheval de guerre et a largement fait ses preuves depuis.

C’est le quatrième film de Jonathan Teplitzky, qui a aussi travaillé pour la télévision, et dont je n’ai vu aucun autre film à ce jour.

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Tristesse club

Lundi 9 juin 2014

Réalisé par Vincent Mariette

Sorti en France le 4 juin 2014

Un premier long-métrage, une comédie de personnages, assez agréable à suivre mais qui laisse guère de souvenirs. Les deux acteurs masculins sont plutôt bons, l’actrice est un peu en retrait.

Le point de départ veut être trompeur (le père des deux frères, qu’ils ne désirent plus voir, est annoncé comme mort, or c’est une fausse annonce, faite par une fausse fille qui se révèle être une de ses nombreuses maîtresses). Cependant, on devine assez vite que tout cela était cousu de fil blanc, sans que l’argument, néanmoins, soit suffisamment justifié. En fait, tout est dans le titre, qui traduit l’intention : parler légèrement d’un sujet triste, la mort. La fantaisie est présente, mais la tristesse n’est guère apparente.

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Les sœurs Quispe

Mardi 10 juin 2014

Réalisé par Sebastián Sepúlveda

Sorti en Italie (Festival de Venise) le 30 août 2013

Sorti en France le 4 juin 2014

Film particulièrement austère, tourné dans les montagnes chiliennes, sans décor, sans musique, et pratiquement sans histoire. Honorable, mais ennuyeux, en fin de compte. La presse et la publicité du film rapportent qu’en 1974, un an après le coup d’État de Pinochet, trois bergères de l’Altiplano, Justa, Lucia et Luciana Quispe, menaient une vie retirée, toute consacrée à l’élevage de leurs moutons et de leurs chèvres, et que, dès son arrivée, Pinochet voulut remettre en question ce mode de vie ancestral ; officiellement, parce que les troupeaux, en broutant, érodaient le sol du pays (mais ce prétexte rappelle un peu trop Staline organisant la famine qui a fait trois millions de morts, parce que les paysans d’Union Soviétique traînaient les pieds pour éviter de devenir prolétaires). En fait, il voulait surtout empêcher les réfugiés de passer en Argentine, et on en voit un, que les sœurs aident justement à le faire.

Alentour, tout le monde était parti, et les trois sœurs, après avoir chassé de leur enclos les bêtes qui étaient leur seule possession, se sont pendues.

Il semble que cette histoire ait eu un grand retentissement au Chili, mais nous n’en avons rien su, et ce n’est pas ce film qui nous en apprend davantage. C’est donc un film social et militant, mais qui nous échappe en grande partie.

Cela dit, il est parfaitement réalisé, avec une bonne photographie et peu de mouvements de caméra, ce qui nous change du brouet habituel.

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Cupcakes

Mercredi 11 juin 2014

Réalisé par Eytan Fox

Sorti en Israël le 14 février 2013

Sorti en France le 11 juin 2014

Les cupcakes sont des gâteaux colorés, présentés dans une sorte de ramequin en papier sulfurisé, que la boulangère du film a confectionnés pour fêter le concours de l’Eurovision, rebaptisé Universongs, et qui doit avoir lieu à Paris, présenté par Édouard Baer. Or cette boulangère, pas très heureuse depuis que son mari l’a quittée, s’est laissée persuader par quelques amies plus jeunes de participer à ce concours, afin de représenter Israël, puisque nous sommes à Tel-Aviv. L’équipe sera donc composée de cinq filles et d’un garçon homosexuel, Ofer, incurablement optimiste, et dont l’amant, un garçon très convenable, craint de sortir du placard pour ne pas mécontenter ses riches parents. Lesquels, d’une part, leur révèlent qu’ils sont déjà au courant, et acceptent de financer cette participation à ce concours farfelu, sous réserve que les deux garçons se montrent discrets...

Des films sur une équipe qui participe à une compétition sans avoir aucune chance de gagner, mais qui gagne finalement, on en a vu des kyrielles, par exemple Rasta rocket, en 1993, où une équipe de Jamaïcains disputait une compétition de... bobsleigh ; ou encore ce film de John Huston, sur un match de football qui se déroulait dans un camp de concentration, et où jouait Pelé. L’originalité, ici, c’est que l’équipe ne gagne pas, mais finit deuxième : c’est la Russie qui l’emporte, et qui devra donc s’appuyer, l’année suivante, les frais d’organisation du prochain concours !

Le film, délibérément optimiste à l’image d’Ofer et bariolé comme ses tenues vestimentaires, ne comporte aucun méchant. C’est reposant, après toutes les horreurs qui envahissent les écrans actuellement. Détail : on y voit une archive de Mike Brant, qui était israélien, et dont la vie, terminée en tragédie, fera l’objet d’une biographie filmée prochainement par le même metteur en scène.

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La ritournelle

Jeudi 12 juin 2014

Réalisé par Marc Fitoussi

Sorti en France le 11 juin 2014

Soyons humain : même des acteurs à la cote très élevée comme Jean-Pierre Darroussin ou Isabelle Huppert peuvent accepter de jouer dans des navets. On ne dira jamais assez les ravages que fait peser sur le cinéma cette menace bien connue : la feuille d’impôts. Ici, ils incarnent un couple d’éleveurs de bovins travaillant dans la région d’Yvetot, assez improbables, surtout en ce qui concerne l’épouse. Sous le prétexte d’aller consulter un médecin à Paris pour tenter de traiter son eczéma, mais en fait, pour y retrouver en cachette de son mari un godelureau du genre jeune décontracté, celle-ci descend pour deux jours dans un palace (on croyait que les agriculteurs français étaient sur la paille), largue le godelureau, et finit par tromper son mari avec un dentiste danois, qui lui recommande un séjour au bord de la Mer Morte – souverain, dit-il, contre ce type de maladie, mais dépense un peu excessive. Or l’époux, qui l’a suivie, découvre son infortune, et nous gratifie d’une variation sur Pomponnette, issue de La femme du boulanger, mélo bien connu de Pagnol.

Outre le manque total d’intérêt de cette histoire, le récit en est soutenu par une musique de danse incongrue, et il n’y manque seulement pas cette manie des réalisateurs peu inspirés : caser en version intégrale une de leurs chansons préférées (ici, La belle vie, de Sacha Distel, interprétée en anglais par Julie London), et, pour ne pas laisser l’écran vide, le remplir avec une scène sans rapport avec le récit – dans le cas présent, une visite de Darroussin au Musée d’Orsay. On croyait qu’il était venu à Paris pour filer sa femme infidèle...

Seules courtes scènes qui dissipent un peu la torpeur, un numéro d’acrobatie au trampoline exécuté par le fils du couple, et un jugement de bon sens porté sur le pardon par un simple ouvrier agricole. C’est bien peu.

En bref : inutile de se déranger.Haut de la page

Les poings contre les murs

Vendredi 13 juin 2014

Réalisé par David Mackenzie

Titre original : Starred up

Sorti au Canada (Festival de Toronto) le 9 septembre 2013

Sorti en France le 4 juin 2014

Titre démarqué de La tête contre les murs, film de Georges Franju, et de Les poings dans les poches, film de Marco Bellocchio. Les distributeurs français ont beaucoup d’imagination...

Eric Love porte mal son nom, car il est extrêmement agressif et bagarreur. Incarcéré à dix-neuf ans pour un crime dont on ne saura rien, il se retrouve dans la même prison que... son père, Neville, autre délinquant, de longue date, lui, et condamné à la perpétuité. Au début, Eric se bat avec tout le monde, mais il est pris en charge par un psychologue, Baumer, qui a monté un groupe de discussion avec d’autres prisonniers, tâchant de les concaincre qu’ils doivent se maîtriser. Ce qu’Eric apprend à faire, lentement, et en se mesurant à toutes sortes d’obtacles. En réalité, l’administration de la prison l’a pris en grippe, au point que deux gardiens et leur chef tentent de le pendre afin de faire passer cela pour un suicide ! Il est sauvé in extremis par Neville, mais le psychologue, qui s’est occupé de lui alors qu’il n’avait pas le droit de prendre en charge un mineur, est renvoyé.

Le sujet, dû à un thérapeute qui a vécu ce type d’expérience, est si fort et le récit tellement bien conçu qu’on oublie que la réalisation en caméra portée n’est pas ce qu’on fait de mieux aujourd’hui. Et les acteurs sont parfaits. La seule réserve qu’on puisse faire, c’est que, comme toujours au cinéma, les responsables de la prion sont présentés comme des sadiques, voire pires que ceux qu’ils sont chargés de garder. Verra-t-on un jour une version des choses un peu moins simpliste, moins manichéenne, plus juste ?

En bref : à voir.Haut de la page

Deux jours, une nuit

Lundi 16 juin 2014

Réalisé par Luc et Jean-Pierre Dardenne

Sorti en France (Festival de Cannes) le 20 mai 2014

Sorti en France et en Belgique le 21 mai 2014

Je comprends très bien que ce film n’ait reçu aucune récompense à Cannes : les frères Dardenne, tout comme Woody Allen, réussissent deux films sur trois, et celui-là est loin d’être du nombre !

Les raisons ? J’en vois plusieurs, que beaucoup de spectateurs ont dénoncées. D’abord, le processus est très répétitif, or une succession de bonnes scènes ne donne pas un bon film. En outre, on se lasse assez vite de voir Marion Cotillard ne jamais quitter l’écran, surtout filmée en gros plans capturés par une caméra instable.

En réalité, le principal atout du film tient en ce que les deux scénaristes ont évité l’écueil de la fin optimiste : l’ouvrière menacée de renvoi est néanmoins récupérée par son patron, mais comme il se propose de la garder en échange du licenciement d’un jeune collègue – le dernier arrivé et qui n’a qu’un contrat à durée déterminée –, elle refuse cette faveur et préfère le chômage. C’est beau, généreux, mais pas forcément vraisemblable.

Comme toujours chez les Dardenne, aucune musique, et Olivier Gourmet fait une apparition dans le rôle du méchant qui veut le renvoi de l’ouvrière.

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Night moves

Mardi 17 juin 2014

Réalisé par Kelly Reichardt

Sorti en Italie (Festival de Venise) le 31 août 2013

Sorti en France le 23 avril 2014

Ces « virées nocturnes », comme traduisent les sous-titres, n’en sont pas, puisque trois écoloterroristes cherchent à faire sauter un barrage – assez stupidement, car la rivière où il est bâti comporte plus d’une dizaine d’autres ouvrages d’art. Cela rappelle un des derniers romans de Michael Crichton, État d’urgence, et ce très bon film de Sidney Lumet, Running on empty.

Le film est lent à démarrer, et, si vous connaissez les trucs des scénaristes, vous devinez que tout n’ira pas comme sur des roulettes. D’abord, après un petit suspense bidon (des automobilistes tombent en panne à côté du barrage, vont-ils sauter aussi ?), le barrage saute, mais on devine immédiatement que les trois charlots, qui s’étaient promis de ne molester personne, ont provoqué la mort d’un innocent ; que, sur les trois, la seule fille est rongée par le remords et se demande si elle ne va pas aller à la police ; et que l’un des garçons, également rongé par le remords mais plus réaliste, va la tuer par précaution.

Heureusement, ce scénario un peu simpliste mais qui nous épargne néanmoins le refrain écolo-moralisateur, est sauvé par une réalisation sans reproche. Et les deux acteurs masculins sont parfaits.

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Black coal

Mercredi 18 juin 2014

Réalisé par Yi’nan Diao

Titre original : Bai ri yan huo

Sorti en Allemagne (Festival de Berlin) le 12 février 2014

Sorti en France le 11 juin 2014

Le retour des TALC (Titres À La Con). Le fait que le premier cadavre dépecé soit trouvé dans un gisement de charbon suffit à justifier qu’on nous rappelle que le charbon est noir ? À moins que cet adjectif serve surtout à qualifier l’obscurité du récit... En réalité, le titre original est encore plus tarabiscoté, puisqu’il signifie « Feux d’artifice en plein jour », expression qui est à la fois le nom d’un club de jeux vidéo, et le thème de la dernière séquence du film, un feu d’artifice allumé en haut d’un immeuble par un personnage qu’on ne verra pas, et sans le moindre rapport avec l’histoire.

En fait, tout est à l’image de cette scène : une suite de détails restés inexpliqués. Pourquoi ce cheval dans un couloir, pourquoi cet homme tué à coups de patins à glace, pourquoi cette femme qui se couche tout habillée dans une baignoire et se perd en un rire inextinguible, et autres notations saugrenues ? Pourtant l’histoire commence de façon séduisante : en 1999, on découvre les restes du corps démembré d’un employé d’une mine de charbon. Il est rapidement identifié, mais, cinq ans plus tard, deux autres cadavres sont trouvés, qui ont un rapport avec l’épouse de la première victime. L’enquête sera faite par le policier ayant suivi la première, et qui a changé de métier entre-temps. Mais on se perd très vite dans une suite de péripéties absolument incompréhensibles, et cela devient oiseux, d’autant plus que le film est long.

La critique a couvert de fleurs ce Black coal, mais le snobisme y a sa part, et le public ne semble pas se précipiter dans les salles, bouche-à-oreille aidant, et en dépit des prétentions du réalisateur, qui affirme se référer à des films illustres et bien meilleurs comme Citizen Kane, La soif du mal ou Le faucon maltais, pas moins ! Mais on nous fait le coup régulièrement, et il faut être un sacré gogo pour gober ce type d’imposture.

Le fait que la mise en scène soit bonne et comporte quelques belles scènes, comme la mitraillade du début, ne peut excuser un scénario indigent. Or les deux ont le même auteur...

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Xenia

Jeudi 19 juin 2014

Réalisé par Panos H. Koutras

Sorti en France (Festival de Cannes) le 19 mai 2014

Sorti en France le 18 juin 2014

Ce film trop long repose sur un scénario bourré de sottises. Les deux personnages principaux sont deux frères d’origine albanaise, mais nés en Grèce. L’aîné, Odysseas, va sur ses dix-huit ans – mais on voit bien que l’interprète en a dix de plus –, et il est serveur dans un petit commerce d’Athènes, tandis que son frère, Dany, présenté comme homosexuel (mais ce détail ne joue aucun rôle dans l’histoire), va sur ses seize ans, il est totalement immature, et il arrive de Crète pour annoncer à son frère que leur mère, Jenny, ancienne chanteuse de cabaret, vient de mourir ; or il tient à retrouver leur père, un Grec qui les a abandonnés quand lui-même avait deux ans, et dont il est persuadé de savoir qu’il se trouve à Thessalonique. But : lui soutirer de l’argent, et obtenir qu’ils aient enfin la nationalité grecque, puisque, dans ce pays, le droit du sol compte pour du beurre. Là-dessus se greffe le désir de faire participer son frère à un concours de chant, Greek Star, car Ody serait doté d’une excellente voix, or Dany est absédé par les chanteuses italiennes.

Le réalisateur et co-scénariste en est à son quatrième film, mais semble resté au stade de l’amateurisme, tant son histoire brinqueballe dans tous les sens et ne traite correctement aucun des thèmes qui semblent l’intéresser : immigration, homosexualité, débordements de l’extrême droite, petite délinquance, désir d’ascension sociale, fantasmes d’une jeunesse aux ambitions limitées, et ainsi de suite. Et puis, souligner aussi lourdement son intention de se référer à l’Odyssée – puisqu’on passe de la Crète à Thessalonique, dans le nord du pays – en prénommant Odysseas l’aîné des frères, c’est d’un subtil ! Et l’on renonce, tant la séquence est sotte, à décrire celle où Dany menace son présumé père avec un pistolet, tout en lui faisant écouter, via son smartphone, l’épreuve de chant que son frère est en train de passer à l’autre bout de la ville. Ainsi, ce détail : ce garçon prend conscience que l’homme ne peut pas être son père, car il avait conservé le souvenir (à l’âge de deux ans...) d’un homme à la poitrine velue, et, lorsqu’il lui ordonne d’ôter sa chemise pour vérifier, l’homme a le torse glabre !

Reste le rapprochement sentimental entre les deux frères, que tout oppose au départ, rapprochement qui ne compense pas les fantasmes du plus jeune, à base de lapin en peluche qui prend vie. On croit rêver face à tant de niaiserie.

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The two faces of January

Vendredi 20 juin 2014

Réalisé par Hossein Amini

Sorti en Allemagne (Festival de Berlin) le 11 février 2014

Sorti en France le 18 juin 2014

Le January du titre ne désigne pas le mois de janvier, mais le dieu Janus, connu pour ses deux visages. Et, en effet, les deux personnages masculins de l’histoire, venus des États-Unis mais visitant Athènes, ne sont pas ce qu’ils semblent être. Le plus jeune, Rydal, qui joue les guides touristiques au service de ses compatriotes ignorant la langue locale (lui les parle toutes, dit-il), arnaque ses clients en leur faisant payer, avec la complicité du vendeur, au double de leur prix les souvenirs qu’ils achètent. Le plus âgé, Chester, venu en Grèce avec sa femme Colette, est en fait un escroc que ses victimes cherchent à rattraper pour lui faire payer ce qu’il leur a volé. Naturellement, l’histoire tourne mal assez rapidement, et tout le début est raconté avec beaucoup de maîtrise, même si la suite, qui évoque un engrenage dans lequel les fugitifs sont entraînés, s’avère un peu en baisse.

On constate vite que ce n’est pas une de ces histoires « basées sur des faits réels », selon la fastidieuse mode du moment, mais qu’elle est tirée d’un roman solide, puisqu’il est dû à Patricia Highsmith, maîtresse de la psychologie criminelle, et fondé sur une trame à laquelle on a subtilement mêlé la légende de Thésée et du Minotaure, à quoi fait allusion une fresque entrevue dans la séquence en Crète.

En bref : à voir.Haut de la page

Le Soleil brille pour tout le monde

Lundi 23 juin 2014

Réalisé par John Ford

Titre original : The Sun shines bright

Sorti en France (Festival de Cannes) en avril 1953

Sorti aux États-Unis le 2 mai 1953

Ressorti en France le 18 juin 2014

Le film, à sa sortie, n’eut pas grand succès. Il faut dire que ce n’était que le remake d’un film du même réalisateur, et déjà sorti en 1934. Tout tourne autour des activités d’un juge, Priest, en 1905, et des élections qui doivent permettre de décider s’il sera réélu ou si son principal rival lui succèdera. À la fin de la journée, il y a 1700 voix pour lui et autant pour son adversaire, mais Priest avait oublié de voter ! Il le fait in extremis et remporte l’élection...

Nul ne songera à prétendre que John Ford n’est pas un grand réalisateur, la conception de ses histoires tient la route, et il organise ses scènes à la perfection. Mais enfin, il est permis, à la longue, d’être un peu las de sa sympathie pour les valeurs de droite, de ses préférences pour les salopards esclavagistes du Sud défilant sur la musique de Dixie, de l’omniprésence de la religion chrétienne chez ses personnages, et de ses Nègres réduits à l’état de domestiques ne sachant rien faire d’autre que jouer du banjo et chanter des cantiques.

L’histoire, quant à elle, monte en épingle l’anecdote de Jésus à propos de la femme adultère à qui on ne doit pas jeter la première pierre. Fort bien, mais cela ne mange pas de pain.

La photo en noir et blanc est très bonne, et on revoit Jane Darwell dans un second rôle. C’est elle qui, dans Les raisins de la colère, jouait la scène la plus émouvante du film, où la mère brûlait ses souvenirs avant de quitter sa ferme.

En bref : reprise. À voir.Haut de la page

Au fil d’Ariane

Mardi 24 juin 2016

Réalisé par Robert Guédiguian

Sorti en France le 18 juin 2014

Le film est furieusement sympathique, plein de fantaisie (c’est même assumé au générique), et l’on aime retrouver cette petite bande de bons comédiens. On voudrait donc apprécier sans réserves. Néanmoins, de réserves, il faut en faire une ou deux – pas plus.

D’abord, il y a trop de Jean Ferrat : CINQ chansons de cet interprète à la voix sirupeuse, il y a de quoi attraper un bon diabète. Ensuite, la séquence au cours de laquelle la bande, pour satisfaire le caprice d’un Camerounais et rendre un lot de fœtus à la Nature, s’en va piller les collections du Musée d’histoire naturelle de Marseille avant d’immerger le tout dans la mer (avec une tempête à la clé), certains trouveront cela poétique et plein d’humanité, mais on peut aussi estimer cela parfaitement idiot, voire un peu racoleur dans la bien-pensance de gauche. Enfin l’épilogue est d’un ringard qui dépasse les bornes : figurez-vous que tout ce qu’on a vu auparavant... n’était qu’un rêve ! Ce truc de scénariste est abandonné depuis les années cinquante. Si certains spectateurs ont parlé de « foutage de gueule », on les comprend.

Et puis, Ariane est censée fêter son anniversaire, or le gâteau qu’elle a préparé ne compte que seize bougies. Elle rajeunit à ce point, Ariane Ascaride ? C’est beau, de la part de Guédiguian, d’aimer à ce point sa femme, mais enfin...

En bref : à voir.Haut de la page

Tom à la ferme

Mercredi 25 juin 2014

Réalisé par Xavier Dolan

Sorti en Italie (Festival de Venise) le 2 septembre 2013

Sorti en France le 16 avril 2014

Je n’aime pas Xavier Dolan, pour de multiples raisons, dont l’amateurisme de sa mise en scène, et son narcissisme, que nul ne met en doute. Et, de fait, dans le présent film, non seulement il joue le rôle principal, mais il est de toutes les scènes – autant dire que jamais il ne cesse de se filmer. Et comme il fait aussi la production, le scénario, le montage, la bande-annonce et le dossier de presse, cela ne peut être fortuit.

Néanmoins, j’ai vu Tom à la ferme, par curiosité, sachant que, pour une fois, il n’était pas à l’origine de cette histoire, puisqu’il adapte une pièce de théâtre québécoise, que je n’ai pas lue, mais qui semble assez médiocre, car tous les personnages, plutôt mal définis, sont incohérents.

Seule la musique de Gabriel Yared est bonne, mais son caractère a incité la publicité à prétendre que Dolan a fait du Hitchcock. C’est absurde : le seul point commun avec Hitchcock est cette bagarre dans un champ de maïs, à condition d’oublier que, dans La mort aux trousses, Cary Grant ne se battait pas dans le maïs, il s’y cachait pour échapper au mitraillage par un avion.

NB : j’étais seul dans la salle. Si j’étais parti, le film aurait été projeté pour les fauteuils.

En bref : à voir à la rigueur.Haut de la page

La frappe

Vendredi 27 juin 2014

Réalisé par Sung-hyun Yoon

Titre original : Pasookkoon

Sorti aux Pays-Bas (Festival de Rotterdam) en février 2010

Sorti en Corée du Sud le 3 mars 2011

Sorti en France le 7 mai 2014

Premier film – de fin d’études – d’un réalisateur et co-scénariste qui ferait bien de ne pas aller plus loin, car il produit le film coréen le plus insipide qu’on ait vu depuis longtemps. Pourtant, a priori, la trame aurait pu intéresser, mais, trop long pour le peu qu’il raconte, le film se perd en redites et chamailleries entre lycéens, qui évoquent presque Kechiche...

Bref, un lycéen meurt « dans des circonstances mystérieuses », comme souvent au cinéma, et son père cherche à en savoir davantage. Dès lors, tout va tourner autour de trois de ses camarades, qui vont passer le reste du récit à se bagarrer (un peu) et se disputer (beaucoup), dans un argot lycéen que le sous-titrage apparente à celui en vigueur en France (« Arrête de te prendre la tête », « Pauvre con », et autres douceurs convenues). La publicité du film nous fait le coup habituel des références de bon ton, révèle que le titre coréen signifie attrapeur, et prétend évoquer le roman très surfait L’attrape-cœur (en anglais, Catcher in the rye). Ouais... L’ennui est que le roman ne raconte pas du tout ce genre d’aventure ! En fait, le milieu scolaire sommairement dépeint ici n’a rien de bien déplaisant, et les élèves ne sont soumis à aucune violence qui servirait d’alibi scénaristique.

Le résultat est assez soporifique.

En bref : inutile de se déranger.Haut de la page

Jersey boys

Lundi 30 juin 2014

Réalisé par Clint Eastwood

Sorti en Australie le 5 juin 2014

Sorti en France, Suisse et Belgique le 18 juin 2014

On sait que Clint Eastwood est grand amateur de musique (son premier film comme réalisateur, Play “Misty” for me, tournait autour d’une composition d’Erroll Garner, et, avec Bird, il a filmé la biographie de Charlie Parker), et qu’il compose lui-même. Il prend donc ici l’histoire d’un quatuor de chanteurs issus d’un milieu modeste, qui va connaître un triomphe sous le pseudonyme The Four Seasons, avec quelques succès très caractéristiques de l’époque, les années soixante.

Tout le début est très bon, mais cela se gâte un peu dans la seconde partie, beaucoup moins euphorisante, justement quand les relations entre les quatre garçons se brouillent : le plus malhonnête, qui les a ruinés, est éjecté, et un autre, lassé, s’en va. Ils se reverront dans la séquence de fin. Signalons que deux d’entre eux sont producteurs du film, et que le Jersey du titre est le New Jersey, cet État situé en face de New York, où se trouve en réalité la statue de la Liberté (sur la commune de... Bayonne).

Le plus intrigant, dans cette histoire, du moins telle qu’elle est rapportée à l’écran, et dans laquelle la seule vedette est Christopher Walken dans un second rôle de parrain de la mafia, est que le chanteur emblématique du groupe était affligé d’une voix nasillarde qui rappelle étrangement celle de Jerry Lewis dans ses parodies. Comment a-t-on pu faire un succès à un artiste pareil ?

Mais enfin, la réalisation de ce film mineur est parfaite, et Clint n’oublie pas de glisser un court extrait d’un de ses vieux westerns italiens, diffusé à la télévision.

En bref : à voir.Haut de la page

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Sites associés :    Yves-André Samère a son bloc-notes 125 films racontés

Dernière mise à jour de cette page le vendredi 25 septembre 2015.