Kinopoivre, les films critiqués par Jean-Pierre Marquet

Premier semestre 2005

Deux films venus des États-Unis, Alexandre et 9 songs, et un autre de Corée du Sud, Frères de sang.

Alexandre

Titre original : Alexander

Réalisateur : Oliver Stone

Scénario : Oliver Stone, Christopher Kyle, Laeta Kalogridis

Interprètes : Colin Farrell (Alexandre adulte), Jessie Kamm (Alexandre enfant), Connor Paolo (Alexandre jeune), Angelina Jolie (Olympias, mère d’Alexandre), Val Kilmer (Philippe II de Macédoine), Jared Leto (Éphestion adulte), Patrick Carroll (Éphestion jeune), Christopher Plummer (Aristote), Anthony Hopkins (Ptolémée âgé), Elliot Cowan (Ptolémée adulte), Robert Earley (Ptolémée jeune), Denis Conway (Néarque), Peter Williamson (Néarque jeune), Jonathan Rhys-Meyers (Cassandre), Morgan Christopher Ferris (Cassandre jeune), Neil Jackson (Perdicas), Aleczander Gordon (Perdicas jeune), Gary Stretch (Cleitos), John Kavanagh (Parménion), Marie Meyer (Eurydice), Mick Lally (le vendeur de chevaux), Joseph Morgan (Philotas), Ian Beattie (Antigone), Nick Dunning (Attale), Rab Affleck (un partisan d’Attale), Garrett Lombard (Léonnatos), Chris Aberdein (Polyperque), Rory McCann (Crateros), Michael Dixon (un soldat au feu de camp), Tim Pigott-Smith (l’augure), Raz Degan (Darius), Erol Sander (un prince perse), Stéphane Ferrara (le gouverneur de la Bactriane), Tadhg Murphy (le soldat mourant achevé par Alexandre), Jean Le Duc (l’ennuque gras), Francisco Bosch (Bagoas), Annelise Hesme (la princesse Stateira), Tsouli Mohammed (le chambellan perse), Toby Kebbell (Pausanius), Laird Macintosh (un officier grec), Rosario Dawson (Roxane), Féodor Atkine (le père de Roxane), Harry Kent, Sam Green (les deux porteurs de coupe), Bin Bunluerit (le roi indien), Jaran Ngamdee (un prince indien), Brian McGrath (le médecin), David Bedella (le scribe), Fiona O’Shaughnessy (la nourrice), Brian Blessed (l’entraîneur à la lutte), Suzanne Bullock, Kate Elouisen, Gillian Grueber, Michelle Lukes, Anjali Mehra (les danseuses de Roxane), Anthony Jean Marie Kurt, Marta Barahona, Monica Zamora, Benny Maslov, Tania Matos, Leighton Morrison, Isaac Mullins, Monica Perego, Matthew Powell (les danseurs de Bagoas)

Musique : Vangelis

Durée : 2 heures et 45 minutes

Sortie à Paris : mercredi 5 janvier 2005

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Le générique de fin le plus long connu à ce jour : plus de sept minutes et demie ! Et troisième prétendu peplum depuis 2000. Appelons cela un « néo-peplum », si vous voulez. Concernant la définition du peplum proprement dit, genre populaire se souciant peu de la vérité historique – ce qui justement n’est pas le cas ici –, rien à modifier à la critique de Gladiator.

Des trois néo-peplums produits, Gladiator, Troie et Alexandre, le film d’Olivier Stone est le meilleur, pour ne pas dire le seul bon, car il possède sur les deux autres la supériorité d’être un travail sérieux, où l’on s’est soucié de ne pas trop malmener cette fameuse vérité historique, sans toutefois lui être rigoureusement fidèle, puisque cela semble impossible au cinéma. De plus, et contrairement à ses prédécesseurs, il n’est jamais ridicule, ce qui est nouveau : les ricanements de certains critiques ayant su déceler dans le film des relents de Gaypride ridiculisent surtout leurs auteurs. Seule, sans doute, la musique est-elle de trop, mais elle est de Vangelis, donc tout s’explique...

Oliver Stone, l’un des rares cinéastes hollywoodiens francophones, aime parler de la guerre, genre florissant à Hollywood. Il s’est fait connaître avec Platoon (ce mot signifie peloton, et non pas Platon !) production de style « gros sabots » qui a eu un grand succès malgré une qualité moyenne, puis a traité des séquelles de la même guerre, celle du Vietnam, dans Né un 4-Juillet. Ici, on traite de l’épopée du plus célèbre des conquérants, personnage d’ailleurs fort contestable, mais devant lequel Stone cède moins à la fascination que, par exemple, son biographe français Roger Peyrefitte.

Rappelons en effet, puisque les Français ignorent largement Alexandre III de Macédoine, dit « Alexandre le Grand », que ledit conquérant, le crâne bourré dès l’enfance par sa mère Olympias – elle haïssait son mari Philippe II –, se prit jusqu’à sa mort pour le fils de Zeus, et fut en réalité un épouvantable boucher ! Le film n’élude pas cet aspect sanglant, mais le minimise. Ainsi ces quelques épisodes, absents du spectacle : un jour qu’Alexandre se réveille de mauvaise humeur, il fait mettre à mort cinq cents malades de sa propre armée. Plus tard, voyageant en bateau, il fait tomber à l’eau sa couronne royale ; un marin plonge pour récupérer l’objet (Alexandre, c’est notoire, ne savait pas nager), mais, gêné dans ses mouvements, il le pose sur sa tête ; sitôt remonté à bord, il est mis à mort sur ordre du roi, pour crime de lèse-majesté !

Le film montre l’exécution de Philotas, accusé de complot, mais le condamné que nous voyons, expédié en une seconde par un coup de lance, est curieusement presque intact ; dans la réalité, auparavant, il avait été torturé de manière monstrueuse – en particulier par Éphestion, qui se révéla, dans cette occasion, une baderne galonnée –, écorché vif au sens littéral, et ses nerfs mis à nu excités avec sadisme.

Discrètement évoquée, aussi, l’ivrognerie d’Alexandre. Elle se manifestait pourtant de manière fréquente. Un soir, défié par ses compagnons de beuverie, il saisit un flambeau et incendia le magnifique palais, véritable monument historique, dans lequel il séjournait durant une de ses campagnes. Cet écart lui coûta beaucoup « en termes d’image », comme on dit aujourd’hui. Parvenu à ce stade de la folie mégalomaniaque, il est tout à fait certain que si Alexandre, au lieu de finir ses jours en campagne, avait pu rentrer chez lui, à Pella, en Macédoine, il aurait fait arrêter et peut-être exécuter Aristote, son maître, dont les yeux s’étaient dessillés au fil des lustres, et qui le tenait à présent pour un despote.

À ces omissions près, le film est honnête, bien fait, scrupuleux sur les détails, même petits ; ainsi, cette manie qu’avait Alexandre de pencher la tête sur le côté quand il parlait à quelqu’un. Et puis, pour un film de guerre, il ne montre que deux batailles, de style fort différents, la première, celle contre le roi perse Darius, riche en plans généraux amples et grandioses, la seconde, contre les Indiens et leurs éléphants, à la photo grumeleuse et au montage haché. Tout le reste est consacré à la politique d’Alexandre et à sa grande idée, qui devait lui valoir l’infidélité, voire la trahison de ses proches : n’ayant vu au départ que des barbares chez ses ennemis, le roi s’était rendu à cette évidence que certains peuples étrangers colonisés par lui, notamment les Perses et les Égyptiens, n’étaient pas moins civilisés que les Grecs ! Douloureuse révélation.

Est-ce à cause de ce discours que, la presse nous l’a révélé, le film a fait un bide aux États-Unis, les citoyens de ce pays « qui doit dominer le monde », comme l’a dit George Bush, s’étant sentis visés ? Et d’autant plus que les « Barbares » ainsi reconnus plus civilisés que leurs civilisateurs vivaient dans le pays voisin de l’Irak ! Détail râlant... En tout cas, le film avait une autre raison de déplaire aux ligues de vertus, puisque, pour la première fois dans une production destinée à un large public, l’homosexualité du héros est plus que mise en évidence, elle est présentée comme la norme ! On rit sous cape en entendant Olympias, la mère d’Alexandre, lui conseiller de se marier puis de procréer rapidement s’il veut monter sur le trône de son père Philippe, ajoutant qu’elle comprend très bien les réticences de son fils devant les femmes, et ne voit rien de mal dans son amour alors exclusif pour son ami Éphestion (né le même jour que lui, dit la légende) : « C’est naturel chez les jeunes hommes ! », admet-elle.

On n’en regrette que davantage cette scène absurde où Alexandre embrasse de force sa mère sur la bouche et où, en réponse, elle lui crache à la figure ; c’est saugrenu et inventé. Les scénaristes ont dû confondre Alexandre et Néron. Au fait, à quand un film sur cet empereur romain tant (et si injustement) décrié ? Non moins inventée, la scène des regrets qu’éprouve Alexandre après avoir tué son ami Cléotas, qui lui avait jeté au visage ses quatre vérités : le despote se reconnaissant comme un tyran et avouant à Éphestion qu’il a échoué sur toute la ligne ? On reste sceptique devant ce truc de scénariste, destiné, c’est flagrant, à humaniser un peu le héros.

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9 songs

Réalisateur : Michael Winterbottom

Scénario : Michael Winterbottom

Interprètes : Kieran O’Brien (Matt), Margot Stilley (Lisa)

Musique : The Dandy Warhols, Franz Ferdinand, Bobby Gillespie, Bob Hardy, Alex Kapranos, Mani, Nick McCarthy, Michael Nyman, Guto Pryce, Gruff Rhys, Courtney Taylor-Taylor, Robert Young

Durée : 1 heure et 9 minutes

Sortie à Paris : mercredi 2 mars 2005

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Venu de la télé, le réalisateur Michael Winterbottom semble aimer les défis, puisqu’il prépare l’adaptation d’un livre inadaptable, le célébrissime Vie et opinions de Tristram Shandy, de Lawrence Sterne. En attendant, c’est 9 songs, et, en dépit des mauvaises critiques et des commentaires qui pleuvent sur les forums de discussion, ce film est à voir.

Mais pas pour ses qualités cinématographiques ! Le scénario est inexistant : un homme et une femme se rencontrent à Londres, où elle n’est que de passage, et, entre deux concerts (dont un donné par Michael Nyman, le musicien de Peter Greenaway, un peu déplacé dans ce contexte) plus quelques considérations sur l’Antarctique (!), ils font l’amour chez lui. La photographie non plus n’est pas très incitative, assez sombre, avec beaucoup de grain, sans doute par manque de lumière. Enfin, la musique ne m’a pas semblé exceptionnelle. Mais peu importe, ce qui compte ici, c’est le concept.

Non, je ne tombe pas dans le snobisme. Mais il est rarissime qu’un réalisateur mène à bien le projet de mêler à une histoire (inexistante, je l’admets) des scènes d’actes sexuels non simulés. Sans remonter jusqu’au film de Marco Bellocchio Le diable au corps, en 1986, dans lequel Marushka Detmers, actrice connue, prodiguait une fellation à son partenaire Federico Pitzalis (qui ne s’en remit pas, puisqu’il n’a fait aucun autre film), il y a eu quelques cas, récemment, avec des acteurs inconnus, et l’on se souvient de cette autre fellation dans le film de Vincent Gallo, The brown bunny ; des séquences de tournage d’un film X dans Le pornographe, de Bertrand Bonello ; du bref plan de pénétration dans La vie de Jésus (!), de Bruno Dumont ; de Intimité, film de Patrice Chéreau ; du démoralisant Ken Park, de Larry Clark ; et du célèbre Baise-moi, de Virginie Despentes. Bien plus tôt, des comédiennes aussi honorables que Françoise Brion et Laura Betti ont manipulé à l’écran le sexe d’un partenaire, sans aller plus loin. Laissons évidemment de côté les sinistres productions de Catherine Breillat, où les actes sexuels sont simulés et où l’on utilise des prothèses, comme elle-même a cru devoir nous le montrer dans Sex is comedy, documentaire romancé sur un de ses films précédents, le nauséeux À ma sœur !

Donc, dans 9 songs, Kieran O’Brien et Margot Stilley ne simulent pas. Ce qui a autorisé certains à parler de « pornographie », voire à traiter l’actrice de « pute » – et, curieusement, on n’a pas écrit que son partenaire se prostituait, bizarre... C’est oublier que les films pornos procèdent tout autrement, accumulant les gros plans sur des détails anatomiques, et s’y attardant. Ce qui n’apparaît pas ici.

Mais quand bien même... Il est notoire que seule la crainte de se voir censurés a retenu certains réalisateurs cotés d’en faire autant. Youssef Chahine, par exemple, qui avait déclaré à une revue de cinéma française, il y a une trentaine d’années : « Je rêve de faire un film porno » ! Inutile de dire que, son cadre de travail se bornant depuis toujours à l’Égypte, cela relevait en effet du rêve... Si bien que peu de metteurs en scène dignes d’estime ont eu la possibilité de passer à la réalisation. Avec La bête, en 1975, Walerian Borowczyk s’est arrêté à la métaphore ; Paul Vecchiali, excellent réalisateur, a réussi la même année à fabriquer un Change pas de main tombé dans l’oubli ; et Serge Korber (qui signait John Thomas), moins chanceux, a vu son film L’essayeuse, pas pire qu’un autre pourtant, servir d’exemple, puisque l’œuvre a été condamnée à être brûlée ! Et cela, dès le lendemain du dépôt de la plainte, qui eut lieu le jour de sa sortie ! Il faut croire qu’il y avait urgence. Ce n’est pas une blague, il s’est trouvé un tribunal, le 16 octobre 1976, soit un an à peine après que Giscard, nouveau président, et son ministre de l’Intérieur Michel Poniatowski eurent annoncé à grand fracas la fin de la censure, pour ordonner, sur plainte de deux associations familiales évidemment catholiques, que toutes les copies et le négatif d’un film soit carbonisés. Un tel événement n’était pas arrivé chez nous depuis l’Occupation nazie. À cette occasion, on n’entendit pas non plus protester le secrétaire d’État à la Culture, un certain Michel Guy, aujourd’hui décédé. Le film, sorti le 15 octobre 1976, n’a donc vécu qu’un jour, mais il était sorti au Japon le 4 septembre précédent.

Et puisque nous en sommes venus au ministère de la Culture, disons un mot du ministre actuel, Renaud Donnedieu de Vabre, qui a pris la décision d’interdire 9 songs aux moins de 18 ans. Car cette décision appelle deux remarques. D’abord, elle ne  paraît pas très cohérente avec la loi française, qui a fixé la majorité sexuelle à quinze ans. Ainsi donc, en France, les jeunes entre quinze et dix-huit ans n’auraient pas le droit de voir sur un écran des actes qu’ils sont autorisés à faire dans la vie ? C’est parfaitement ridicule... Ensuite, quelques mois auparavant, un spectacle dit « chorégraphique », mis en scène par un Néerlandais, Jan Fabre, s’est donné au Théâtre de la Ville, à Paris – théâtre subventionné, puisque appartenant à la mairie. On y voyait notamment le simulacre d’une masturbation masculine, trois danseuses urinant réellement sur la scène, et un danseur venant piétiner la flaque ainsi produite, allant jusqu’à éclabousser les spectateurs du premier rang. Lors du salut final, toute la troupe insultait le public, aux cris de « On vous emmerde » et « Allez vous faire enculer ! ». Parmi les spectateurs, et applaudissant à tout rompre, se trouvait le ministre de la Culture en personne... Cohérence, là encore. Mais faudrait-il comprendre qu’il y a public et public, et qu’on ne peut se permettre de régenter les goûts de celui qui va au théâtre, parce que le prix des places y est cinq fois plus élevé qu’au cinéma ?

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Frères de sang

Titre original : Taegukgi hwinalrimyeo

Réalisateur : Je-gyu Kang

Scénario : Je-gyu Kang

Interprètes : Dong-kun Jang (Jin-tae), Bin Won (Jin-seok), Eun-ju Lee (Young-shin), Min-sik Choi (le commandant nord-coréen), Hyeong-ran Lee, Yun-hie Jo, Doo-hong Jung, Bo-kyeong Kim

Musique : Dong-jun Lee

Durée : 2 heures et 20 minutes (2 heures et 28 minutes en Corée du sud)

Sortie à Paris : mercredi 11 mai 2005

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On n’a pas manqué de comparer ce film sud-coréen à celui de Spielberg, Il faut sauver le soldat Ryan, pour ses scènes de guerre ultra-violentes et filmées comme des reportages ; mais il faut reconnaître que celui-ci est bien supérieur. Chez Spielberg, en effet, après un court prologue, tout l’intérêt du spectacle se concentrait dans la première demi-heure, consacrée au Débarquement de 1944 en Normandie. Ensuite, on avait une longue errance, dans la même région, d’une petite troupe chargée de retrouver un certain Ryan, simple soldat, en vue de le renvoyer dans « ses » foyers, comme disent curieusement les militaires (ils doivent considérer la polygamie comme la norme, dans l’Armée). En somme, ce qui pêchait, c’était bel et bien le scénario, certes pauvre en rebondissements, péripéties haletantes et documentation sérieuse, mais riche en clichés de toutes sortes sur les Français, qu’on ne voyait pas beaucoup à l’écran. Pour ne rien dire du ton cocardier de l’entreprise, ton habituel aux films produits par les grandes compagnies aux États-Unis.

 Je-gyu Kang est scénariste. Avant de passer à la réalisation, il avait déjà écrit cinq scénarios. Sur les trois qu’il a réalisés, ses deux derniers films, Swiri et celui-ci, ont été écrits par lui. Et l’on sent qu’il a du métier, car les péripéties de son histoire justifient largement la longueur du film, ce qu’on vérifie rarement pour le cinéma dit « de grand spectacle », catégorie dont relève Frères de sang, réalisé avec de très gros moyens.

Lorsque en 1950 éclate la guerre de Corée qui oppose le Nord communiste au Sud qui ne l’est pas, deux frères du Sud sont mobilisés. L’aîné, Jin-tae, a sacrifié ses études pour travailler comme cireur de chaussures, afin d’assurer l’avenir de son jeune frère, Jin-seok, 18 ans. Or, une fois incorporé, il harcèle ses supérieurs afin que son frère soit renvoyé dans le civil, ce qu’il n’obtiendra jamais, ou, du moins, ne soit pas choisi pour les missions dangereuses ; en échange, lui fera la sale besogne. Officiellement, c’est niet, officieusement, le marché arrange bien la hiérarchie, car elle y gagne une machine à tuer, qui va se « couvrir de gloire », comme on dit, et gagner une médaille qu’on pourra utiliser pour la propagande. Mais le jeune frère s’étonne, renâcle, ne comprend pas l’attitude belliciste de son aîné puisqu’il n’est pas au courant de la tractation, s’estime humilié d’être traité en soldat de seconde zone, et finit par s’opposer violemment à Jin-tae. Les deux frères en viendront à se battre. Cet affrontement fondé sur un malentendu vient se compliquer d’un épisode encore plus grave et déterminant, lorsque la fiancée de Jin-tae, soupçonnée d’être communiste (on l’a vue plusieurs fois manifester en faveur des Rouges, mais elle y était poussée par la faim, les communistes fournissant de l’aide à leurs partisans), est accusée puis abattue par les patriotes excités du Sud. Ulcéré, Jin-tae déserte, passe dans le camp ennemi et y devient chef de bataillon. Du coup, les deux frères ne sont plus simplement séparés par un désaccord familial et par une incompréhension que l’aîné entretenait, mais par une idéologie.

Lorsque le plus jeune comprendra enfin l’attitude de son frère, il bravera le danger pour tenter d’aller le récupérer dans les lignes ennemies, en vain, car son frère ne reviendra pas, se fera tuer, et son corps ne sera retrouvé dans un charnier que cinquante ans plus tard. On échappe donc au happy end, quasi-obligatoire aux États-Unis.

Le film, âpre et violent, mais également sensible, ne contient aucune faute de conception ni de réalisation. De plus, il est fort bien interprété, notamment par Bin Won, qui joue le rôle du jeune frère : il est beau et talentueux, et on entendra parler de lui. D’ailleurs, il a tenu un petit rôle dans Friends !

En bref : à voir absolument.Haut de la page

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Dernière mise à jour de cette page le dimanche 11 octobre 2015.