JPM - Films vus à la télé – Août 2008

Films vus à la télé – Août 2008

 

Il y a aussi des films à la télévision ! De bonnes chaînes du câble ou des satellites en diffusent, souvent d’excellents, parfois de grands classiques. On donnera sa préférence à celles qui ne massacrent pas l’image du film en y inscrivant leur logo, et, bien entendu, qui présentent les œuvres en version originale. Sur les chaînes hertziennes, seule France 3 fait encore cela, très tard, une fois par semaine, dans la nuit du dimanche à lundi ; et encore, pas toutes les semaines, et les horaires annoncés ne sont pas respectés... Tous les films vus ne sont pas traités ici, on ne parlera que des meilleurs, ou des plus intéressants – ce qui n’est pas forcément la même chose.

Œuvres citées (en italique, autres que des films) : Le port de l’angoisseTo have and have not – Casablanca – Les quatre cavaliers de l’Apocalypse – Je dois tuerSuddenlySables mouvantsQuicksandIf...Crusaders – Britannia Hospital – Zéro de conduite – Sa Majesté des mouchesLord of the fliesLe petit baigneur

Personnes citées : Howard Hawks – Ernest Hemingway – Jules Furthman – William Faulkner – Lauren Bacall – Humphrey Bogart – Marcel Dalio – Michael Curtiz – Vincente Minelli – Dan Seymour – Lewis Allen – Richard Sale – Frank Sinatra – Sterling Hayden – Peter Lorre – Mickey Rooney – Lindsay Anderson – David Sherwin – John Howlett – Jean Vigo – Malcolm McDowell – Peter Brook – William Golding – Robert Dhéry – Colette Brosset – Jean Carmet – Albert Jurgenson – Michel Modo – Pierre Tchernia – Louis de Funès – Pierre Dac – Michel Galabru

Le port de l’angoisse

Lundi 11 août 2008 – France 3

D’Howard Hawks, en 1944. Version originale, titrée To have and have not, d’après un roman d’Ernest Hemingway, adapté par Jules Furthman et rien moins que William Faulkner. Noir et blanc, format 4/3. Sorti en France le 10 octobre 1947.

C’est le premier film avec Lauren Bacall, qui avait vingt ans. Elle y a pour partenaire Humphrey Bogart, et ils vont se marier ensuite. Étonnante, elle tient tête ironiquement à son partenaire avec l’assurance d’une actrice chevronnée (elle était mannequin auparavant). Également présents, l’excellent Marcel Dalio, qui a joué les seconds rôles dans un tas de chefs-d’œuvre, par exemple pour Jean Renoir, et Walter Brennan dans un rôle de pochard sympathique.

Le film a un peu le même argument que Casablanca, qu’avait réalisé Michael Curtiz deux ans plus tôt : un quadragénaire venu des États-Unis vit et travaille pour son compte dans un territoire français – ici, la Martinique – pendant l’Occupation nazie, et refuse de prendre parti dans la Deuxième Guerre Mondiale. Mais il finira par aider la Résistance pour les beaux yeux d’une femme. On retrouvera d’ailleurs ce thème dans Les quatre cavaliers de l’Apocalypse, de Vincente Minelli, en 1962, quoique dans un style lyrique et flamboyant très différent.

À vrai dire, le film n’est pas un chef-d’œuvre, il vaut surtout pour l’affrontement des deux personnages principaux, sur le mode du marivaudage. Et l’angoisse à laquelle le titre français fait allusion est totalement absente ! En somme, c’est avant tout un film d’acteurs, très agréable à voir.

Un détail gênant, toutefois : l’acteur Dan Seymour, qui incarne le capitaine Renard, un policier collabo, porte un bérêt enfoncé jusqu’au front. C’est pour faire plus français ? Porter un bérêt à la Martinique, il n’y a qu’Hollywood pour imaginer de telles trouvailles.

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Je dois tuer

Mardi 12 août 2008 – Ciné Polar

De Lewis Allen, en 1954. Version originale titrée Suddenly, sur un scénario de Richard Sale. Noir et blanc, format 4/3. Sorti en France le 29 décembre 1954.

Série B avec Frank Sinatra et Sterling Hayden, et un exemple de concision : tout tient en une heure et quart ! Sinatra et ses complices, qui doivent assassiner le président des États-Unis, prennent en otage une famille (mère, enfant et grand-père) pour l’empêcher de donner l’alerte, et parce que leur maison est idéalement placée pour commettre l’attentat.

En moins d’une heure, le complot sera déjoué de façon très originale, la mère admettra qu’elle doit se remarier avec le gentil policier (Sterling Hayden) et que son horreur des armes à feu fait du tort à son petit garçon car « les armes ne sont pas mauvaises, c’est l’usage qui en est fait qui peut être mauvais » (sic, mais nous sommes aux États-Unis). Quant au président, il est sacré, mais ça, c’est évident.

Sinatra parle beaucoup pour expliquer qu’il dirige cet attentat pour de l’argent, mais aussi parce que son passé de héros (il a tué vingt-sept Allemands à Monte-Cassino) ne lui a valu aucune reconnaissance de la part du pays. Le thème resservira.

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Sables mouvants

Dimanche 17 août 2008 – Ciné Polar

D’Irving Pichel, en 1950. Version originale titrée Quicksand, sur un scénario de Robert Smith. Noir et blanc, format 4/3. Sorti aux États-Unis le 24 mars 1950.

Irving Pichel est peu connu, bien qu’il ait fait trente-six films comme réalisateur et soixante-sept comme acteur. Quicksand est encore un film court, une heure et dix-neuf minutes.

Le titre est métaphorique, le héros, en fait, ne s’enfonce pas dans des sables mouvants, mais s’enferre dans une suite de situations de plus en plus épineuses, à cause de sa sottise. Pour sortir une fille un samedi soir alors qu’il n’a pas le sou et ne sera payé que le lundi suivant, Dan Brady, mécanicien dans un garage, prend vingt dollars dans la caisse de son patron, avec l’intention de les restituer discrètement avant le jeudi suivant, jour où on fait la caisse. Mais le caissier vient trop tôt, et Dan doit voler des sommes de plus en plus grosses au fur et à mesure que les uns et les autres le font chanter : le patron d’une fête foraine, joué par Peter Lorre, puis son propre patron, qui exige trois mille dollars. Affolé, il l’étrangle et le croit mort. Il veut alors fuir au Mexique, mais la radio lui apprend que le type est à peine commotionné. Il se rend à la police et s’en tirera probablement avec une peine légère.

Mickey Rooney joue Dan, et, bien qu’abonné aux rôles de fantaisistes, il incarne ici un personnage dramatique, avec beaucoup de vraisemblance. L’engrenage fatal est très bien décrit par le scénario.

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If...

Mardi 19 août 2008 – Ciné Cinéma Culte

De Lindsay Anderson, en 1968. Version originale sous-titrée. Scénario de David Sherwin et John Howlett, intitulé Crusaders. Couleurs, format d’origine 4/3, mais recadré en pseudo-16/9 pour suivre la mode idiote des écrans larges (on coupe le haut et le bas de l’image, et tant pis pour le réalisateur qui s’est esquinté à faire ses cadrages). Première à Londres le 19 décembre 1968, sorti en France le 21 mai 1969.

C’est le meilleur film de Lindsay Anderson, qui reprendra certains des personnages, avec les mêmes acteurs, en 1982, dans Britannia Hospital, et dans un esprit identique, mais ce fut un échec artistique.

If... s’inspire visiblement de Zéro de conduite, de Jean Vigo, et on se permettra de blasphémer en écrivant qu’il est meilleur : plus abouti, plus riche, mieux interprété. L’histoire est transposée dans un lycée britannique, et le récit décrit les mœurs étranges qui étaient en vigueur naguère – et peut-être encore – dans ce type d’établissement : toute-puissance des whips (des élèves nommés préfets, c’est-à-dire kapos, décidant de tout ce qui concerne la discipline affectant leurs camarades de classe), châtiments corporels, cérémonies religieuses et préparation militaire obligatoires, omniprésence de l’homosexualité, et bien d’autres détails qui nous rendent si étrange le mode de vie anglais – je ne parle pas de l’homosexualité. Il y aura bien entendu une révolte, menée par trois élèves réfractaires à la discipline obtuse, auxquels se joignent une fille rencontrée dans un bar et le petit ami de quatorze ans de l’un des croisés.

Les séquences oniriques ou loufoques se mêlent aux scènes réalistes, et on est surpris de constater que l’ensemble tient le coup.

À propos de châtiments corporels autorisés, il fallut attendre 1977 pour que les mœurs évoluent. Cette année-là, un collégien de 15 ans porta plainte contre le gouvernement auprès de la Cour Européenne de Strasbourg : il avait reçu, en punition de violences, trois coups de canne sur les fesses (dans le film, Travis, joué par Malcolm McDowell, en reçoit dix, parce que les whips le détestent !). Et la Cour a condamné le gouvernement britannique...

Un détail curieux, qui n’a rien à voir avec le fond : lors de sa sortie, la version distribuée en France était la seule qui montrait, dans la scène de douches, les sexes des garçons. Dans les autres pays, Grande-Bretagne comprise, le cadre était plus serré pour les dissimuler. Or cette version a totalement disparu, et on ne peut plus voir, à la télé comme sur le DVD, que des cadrages pudiques... alors que notre époque, sur ce plan-là, est plutôt permissive.

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Sa Majesté des mouches

Lundi 25 août 2008 – Ciné Cinéma Famiz

De Peter Brook, en 1963. Version originale sous-titrée. Titre original : Lord of the flies, donc le titre français est incorrect, puisque lord signifie seigneur. Scénario du réalisateur, d’après le roman de William Golding, depuis nobélisé. Noir et blanc, format 4/3. Première projection en France au Festival de Cannes de mai 1963. Premier passage à la télé en Allemagne (de l’Ouest) le 11 août 1971.

Le film, entièrement réalisé en extérieurs (à Porto-Rico), est joué par des enfants, à l’exception de la scène finale où des adultes surviennent à point nommé pour les sauver. Le récit est manifestement une fable anti-rousseauiste : des enfants naufragés sur une île déserte reviennent assez vite à l’état primitif et forment deux clans qui ne tardent pas à s’affronter. Il n’y aura qu’une seule victime, mais c’est parce que les adultes sont arrivés à temps pour éviter une guerre tribale et les ramener à la civilisation.

En tout cas, fable ou pas, le scénario est assez peu rigoureux : le pilote de l’avion écrasé a sauté en parachute mais s’est tué en arrivant au sol, alors que les gosses, qui n’ont pas sauté, sont indemnes, et leurs vêtements ne sont même pas abîmés. Jusqu’aux uniformes de la chorale qui sont intacts, et que les petits chanteurs ont revêtu pour arriver par une plage au son d’un cantique, à la surprise des autres enfants qui semblent ne pas les connaître – détail inexplicable puisqu’ils étaient tous dans le même avion !

Au total, c’est très démonstratif et peu inattendu. Le générique, à base de photos sur la guerre, annonce très lourdement le film à venir. Mais Brook, metteur en scène de théâtre qui travaillait à Paris et n’a tourné que huit films pour le cinéma, possède une cote très élevée auprès des intellectuels. Son film n’a un intérêt que de curiosité.

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Le petit baigneur

Vendredi 29 août 2008

De Robert Dhéry, en 1968. Film français. En couleurs, format Franscope (2,35/1). Scénario de Colette Brosset, Jean Carmet, Robert Dhéry, Albert Jurgenson, Michel Modo et Pierre Tchernia. Sorti en France le 22 mars 1968.

Un film avec Louis de Funès traité sur ce site ! Mais parce qu’il est dû à Robert Dhéry, le seul réalisateur qui a su contenir de Funès, et le contraindre à servir un vrai scénario. Dhéry lui-même, grand homme de théâtre, se réserve un de ces rôles ridicules qu’il affectionnait, où il est tyrannisé par sa vedette. Il joue un ingénieur qui a conçu un voilier de plaisance, et que son patron, un industriel irascible, a mis à la porte trop tôt, sans savoir que « son » bateau avait gagné une coupe à San Remo. Pour rattraper sa gaffe, ledit patron devra se plier à tous les caprices de la famille du congédié, et se ridiculiser à son tour de toutes les façons possibles.

Est présente à l’écran une partie de la troupe des Branquignols créée par Dhéry et son épouse Colette Brosset, plus quelques extras, dont Pierre Dac en ministre et Michel Galabru en beau-frère, qui passe la moitié de son temps sur des toilettes de jardin flottantes !

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Dernière mise à jour de cette page le jeudi 19 mars 2015.