JPM - Films vus à la télé - Mai 2010

Films vus à la télé - Mai 2010

 

Il y a aussi des films à la télévision ! De bonnes chaînes du câble ou des satellites en diffusent, souvent d’excellents, parfois de grands classiques. On donnera sa préférence à celles qui ne massacrent pas l’image du film en y inscrivant leur logo, et, bien entendu, qui présentent les œuvres en version originale. Sur les chaînes hertziennes, seule France 3 fait encore cela, très tard, une fois par semaine, dans la nuit du dimanche à lundi ; et encore, pas toutes les semaines, et les horaires annoncés ne sont pas respectés... Tous les films vus ne sont pas traités ici, on ne parlera que des meilleurs, ou des plus intéressants – ce qui n’est pas forcément la même chose.

Œuvres citées (en italiques, autres que des films) : Le juge et l’assassin – L’horloger de Saint-Paul – Que la fête commence – ArtsLes ensorcelésThe bad and the beautiful – Spartacus – Les sentiers de la gloire – Shock corridorÈveAll about Eve – The wisdom of Eve – L’air de ParisLa choute – La Marie du Port – Le procès – Falstaff – Fanfan la Tulipe – Les belles de nuit

Personnes citées : Bertrand Tavernier – Jean Aurenche – Pierre Bost – François Truffaut – Joseph Vacher – Isabelle Huppert – Gérard Jugnot – Christine Pascal – Jean-Claude Brialy – Renée Faure – Yves Robert – Jean Bretonnière – Monique Chaumette – Jean-Roger Caussimon – Michel Galabru – Vincente Minelli – Charles Schnee – George Bradshaw – Kirk Douglas – Anthony Mann – Stanley Kubrick – Lana Turner – Barry Sullivan – Dick Powell – Samuel Fuller – Joseph L. Mankiewicz – Mary Orr – Jeanne Moreau – Bette Davis – George Sanders – Ann Baxter – Thelma Ritter – Marylin Monroe – Marcel Carné – Jacques Sigurd – Jacques Viot – Jean Gabin – Jacques Prévert – Arletty – Roland Lesaffre – Adolphe Charlet – Orson Welles – Christian-Jaque – René Wheeler – René Fallet – Henri Jeanson – Penélope Cruz – Gina Lollobrigida – Claire Guibert – Glynis Johns – Katharine Hepburn – Marilyn Monroe – Alida Valli – Rita Hayworth – Dorothy Malone – Jean Peters – Anne Baxter – René Clair – Gérard Philipe – Louis XV – Michel Audiard – Noël Roquevert – Geneviève Page – La marquise de Pompadour

Le juge et l’assassin

Lundi 3 mai 2010 - Ciné Cinéma Classic

De Bertrand Tavernier, en 1975. Scénario de Bertrand Tavernier, Jean Aurenche et Pierre Bost. Durée, 2 heures et 8 minutes. Couleurs (Eastmancolor), format Panavision 2,35:1. Sorti en France le 10 mars 1976.

Ancien critique de cinéma, Tavernier avait d’abord réalisé un « segment » dans deux films à sketches, en 1964. Le juge et l’assassin est son troisième long métrage, après L’horloger de Saint-Paul et Que la fête commence, tous deux très estimés. Soit dit en passant, le choix de Tavernier pour ses scénaristes réhabilitait deux artistes que la Nouvelle Vague avait sérieusement malmenés, sans aucune justice, et sous le prétexte débile qu’ils représentaient « la qualité française » tant décriée à cette époque. Voir le fameux article de François Truffaut dans « Arts ».

Ce film, très connu, raconte comment un ancien sous-officier, Joseph Bouvier (inspiré d’un tueur réel, Joseph Vacher), réformé pour crises de violence, tente d’abattre sa fiancée qui voulait le quitter, puis de se suicider en se tirant deux balles dans la tête. Mais il survit, est libéré de l’asile de fous, et devient vagabond. Dès lors, il parcourt le pays, égorgeant et violant de jeunes bergers ou bergères, se persuadant que rien n’arrive hors la volonté de Dieu, et donc, qu’il est parfaitement innocent ! Mais un juge recherche l’auteur de tous ces meurtres, finit par l’arrêter, obtenir ses aveux, et, ne croyant pas à sa folie, le faire condamner à mort (nous sommes en 1893). Bouvier sera exécuté.

Quelques acteurs devenus célèbres ensuite jouent dans le film, Isabelle Huppert, Gérard Jugnot, Christine Pascal, en compagnie d’autres déjà connus, Jean-Claude Brialy, Renée Faure, Yves Robert, Jean Bretonnière, Monique Chaumette, et le chanteur-poète-comédien Jean-Roger Caussimon. Mais c’est le jeu de Michel Galabru qui a retenu l’attention du tous, et il décrocha le César du meilleur acteur en 1977. Ce fut en fait le seul rôle intéressant de sa carrière. Le ton du film entier est très à gauche.

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Les ensorcelés

Samedi 8 mai 2010 - Ciné Cinéma Classic

De Vincente Minelli, en 1952. Titre original : The bad and the beautiful. Scénario de Charles Schnee d’après une histoire de George Bradshaw. Durée, 1 heure et 58 minutes. Noir et blanc, format 1,37:1. Sorti aux États-Unis le 25 décembre 1952, en France le 8 avril 1953.

Le titre français est ridicule, le titre original ne vaut pas beaucoup mieux, mais le scénario est très riche, bien qu’on en voie aujourd’hui les conventions. Nous sommes dans le monde du cinéma, à l’époque où Hollywood était à son apogée. L’histoire, racontée en flashbacks, tourne autour d’un producer d’Hollywood incarné par Kirk Douglas, parfait dans ce rôle d’homme cynique et sans scrupules, mais clairvoyant. Rappelons qu’un producer, aux États-Unis, n’est pas tout à fait un producteur comme on l’entend en France, et que, à cette époque, avant 1970, il était le véritable initiateur et responsable du film, les réalisateurs n’étant alors que des employés. Il est piquant de savoir que Kirk Douglas a lui-même incarné cette fonction, et que, par exemple, huit ans après The bad and the beautiful, il a pu renvoyer Anthony Mann, le metteur en scène de Spartacus, dont il était aussi la vedette, pour engager à sa place Stanley Kubrick, connu trois ans plus tôt sur le film Les sentiers de la gloire.

L’histoire est donc celle d’un producer, Jonathan Shields, qui veut refaire un film avec les trois personnes dont il a fait la carrière et qui toutes le détestent : son ancienne vedette féminine, jouée par Lana Turner, son ancien metteur en scène, rôle tenu par Barry Sullivan, et son ex-scénariste, interprété par Dick Powell. Tous refusent de retravailler avec lui, mais la scène finale laisse à penser qu’ils vont changer d’avis.

La photographie est très belle, l’interprétation brillante, et l’intérêt ne faiblit jamais.

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Shock corridor

Mercredi 5 mai 2010 - Ciné Polar

De Samuel Fuller, en 1963. Scénario du réalisateur. Durée, 1 heure et 41 minutes. Noir et blanc, avec des séquences en couleurs (Technicolor), format 1,85:1. Sorti aux États-Unis le 11 septembre 1963, en France le 15 septembre 1965.

Ce film a obtenu un succès critique très flatteur lors de sa sortie. Mais, en dépit de la considération qu’inspire Samuel Fuller, réalisateur-auteur très original et personnel de films d’action, Shock corridor a mal vieilli. Les acteurs sont médiocres (la fille est vraiment mauvaise), le traitement infligé aux fous est caricatural, et, bien entendu, dès les premières minutes, on devine que ce journaliste qui ruse pour se faire interner dans un asile, à seule fin d’écrire un livre dont il espère le Prix Pulitzer, va effectivement y perdre la raison.

Des scènes en couleurs insérées pour incarner les fantasmes, certaines avaient été tournées pour écran large, et on les a montées telles quelles sans compenser l’anamorphose, de sorte que les personnages y sont compressés dans le sens de la largeur. Paresse de la post-production...

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Ève

Jeudi 16 mai 2010 - Ciné Cinéma Classic

De Joseph L. Mankiewicz, en 1950. Titre original : All about Eve. Scénario du réalisateur, d’après The wisdom of Eve, de Mary Orr. Durée, 2 heures et 18 minutes. Noir et blanc, format 1,37:1. Sorti aux États-Unis le 13 octobre 1950, en France le 18 avril 1951.

Un classique ou quasiment, l’histoire d’une jeune ambitieuse qui use de tous les moyens, mensonges, hypocrisie, traîtrise... et coucheries pour devenir vedette. Au passage, elle prend la place d’une vedette confirmée, dont elle a réussi, par l’intrigue, à devenir la doublure au théâtre. Mais, dans la mesure où elle n’a que 24 ans alors que la vedette remplacée en a plus de quarante, c’est la partie la plus faible du scénario : imagine-t-on une starlette fomentant une intrigue pour prendre la place de Jeanne Moreau ? Le scénariste et réalisateur masque à grand peine ce détail en incluant dans son dialogue des répliques montrant que la vedette craint justement de vieillir et joue à la scène des personnages trop jeunes pour elle ; mais, si elle avait assumé son âge – qui n’est d’ailleurs pas canonique – en jouant des rôles plus adaptés, le fil de l’histoire ne tenait plus !

Ce détail mis à part, le film est un bijou de minutie et d’interprétation : Bette Davis, George Sanders, Ann Baxter, Thelma Ritter ; on y trouve même Marylin Monroe dans un rôle, justement, de starlette plutôt sotte. Mais elle est bel et bien devenue vedette !

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L’air de Paris

Vendredi 21 mai 2010 - Ciné Cinéma Classic

De Marcel Carné, en 1954. Scénario du réalisateur et de Jacques Sigurd, d’après le roman La choute, de Jacques Viot. Dialogues de Jacques Sigurd. Durée, 1 heure et 50 minutes. Noir et blanc, format 1,37:1. Sorti à Monte-Carlo le 15 août 1954, en France le 24 septembre 1954.

Devinette : dans quel film voit-on Jean Gabin caresser longuement le corps d’un beau garçon en slip ? Réponse : dans ce film de Marcel Carné – que je n’avais jamais vu –, où il fait un massage à un boxeur débutant. À cette date, Carné, qui a 45 ans, a déjà réalisé ses meilleurs films, mais il lui reste encore vingt-trois ans à vivre... sans son meilleur scénariste, Jacques Prévert. Le Paris reconstitué en décors de studio n’est guère présent que dans une courte scène des Halles de Paris et un quai de Béthune fantaisiste (la fille habite au 17, numéro qui n’existe pas puisqu’il n’y a que des numéros pairs sur ce quai), et le film, quoi qu’on en ait dit, ne relève quasiment plus du réalisme poétique dont on créditait naguère Marcel Carné. Gabin et Arletty, vedettes nominales, sont en réalité au service de Roland Lesaffre, bien plus présent qu’eux devant la caméra, que Carné avait fait débuter dans La Marie du Port en 1950 (il n’est pas mentionné au générique), et qu’il a employé dans dix de ses films – ce qu’on désignait autrefois par la pudique expression d’« acteur-fétiche », pour ne pas écrire que le réalisateur en était amoureux ! Lesaffre n’était d’ailleurs pas un grand acteur, mais il fut longtemps assez beau garçon, sans être pour autant homosexuel. Dans ce film, c’est un apprenti boxeur, et Gabin est son entraîneur, personnage auquel on n’a aucun mal à identifier Carné lui-même.

Le plus curieux est dans l’emploi en second rôle d’Arletty, en femme acariâtre et méchante, jalouse des soins que son mari consacre à son poulain plutôt qu’à elle. Il faut la voir, durant le match de boxe, mâchant hargneusement son chewing-gum et considérant le jeune homme, sur le ring, avec un air haineux, souhaitant qu’il se fasse battre. Gabin, lui, commence sa dernière carrière, et s’il bouge encore assez pour mimer un entraînement de boxe, il ne tardera plus à se borner au minimum syndical, yeux qui roulent, fausses colères et dialogues modifiés selon sa fantaisie.

Le caméraman était Adolphe Charlet, qui fut assez bon pour qu’Orson Welles l’engage pour Le procès et pour son Falstaff.

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Fanfan la Tulipe

Jeudi 27 mai - Ciné Cinéma Classic

De Christian-Jaque, en 1952. Scénario de René Wheeler et René Fallet, adapté par Christian-Jaque, Henri Jeanson et René Wheeler. Dialogues d’Henri Jeanson. Durée, 1 heure et 42 minutes. Noir et blanc, format 1,37:1. Sorti en France le 20 mars 1952.

Il s’agit évidemment de l’original, pas du triste remake fait en 2003 avec l’abominable Penélope Cruz. Ici, la vedette féminine est Gina Lollobrigida, qui était autrement plus jolie. Malheureusement, elle est doublée en français (par l’excellente Claire Guibert, qui a doublé Glynis Johns, Katharine Hepburn, Marilyn Monroe, Alida Valli, Rita Hayworth, Dorothy Malone, Jean Peters, Anne Baxter et bien d’autres), alors que Gina parlait notre langue – et chantait très agréablement, à l’occasion. D’ailleurs, dans Les belles de nuit, film tourné la même année sous la direction de René Clair et avec le même partenaire Gérard Philipe, elle n’était pas doublée.

L’histoire, très connue, se passe sous Louis XV et abonde en scènes de chevauchées, de duels et de marivaudages spirituels, dialogues conçus par le maître Henri Jeanson, qui n’a jamais été égalé, et surtout pas par Michel Audiard !

Gérard Philippe, souvent mauvais au cinéma, est acceptable, et les interprètes, nombreux, font tous un numéro réjouissant. Mention spéciale à Noël Roquevert, en ganache, et à Geneviève Page, très belle en marquise de Pompadour.

Fanfan la Tulipe est sans doute le meilleur film de Christian-Jaque, et celui dont on se souvient.

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Dernière mise à jour de cette page le mercredi 19 mars 2014.