Kinopoivre, les films critiqués par Jean-Pierre Marquet

Année 2008

Le cinéma français a failli sombrer dans le ridicule avant Nés en 68, et tous les pays étrangers lui dament le pion. Des États-Unis est venu There will be blood, de Paul Thomas Anderson, et le dernier James Bond, Quantum of solace. Il y a aussi le très controversé Funny games U.S., de Michael Haneke, et le film israélien, Valse avec Bachir. En prime, un petit Entracte 17.

There will be blood

Réalisateur : Paul Thomas Anderson

Scénario : Paul Thomas Anderson, d’après le roman d’Upton Sinclair

Interprètes : Daniel Day-Lewis (Daniel Plainview), Paul Dano (Eli et Paul Sunday), David Willis (Abel Sunday), Christine Olejniczak (Mrs Sunday), Kellie Hill (Ruth Sunday), Colleen Foy (Mary Sunday adulte), Sydney McCallister (Mary Sunday enfant), Dillon Freasier (H.W. jeune), Russell Harvard (H.W. adulte), Harrison Taylor et Stockton Taylor (H.W. bébé), Kevin J. O’Connor (Henry Brands), Martin Stringer (ouvrier n° 1 de Silver Assay), Matthew Braden Stringer (ouvrier n° 2 de Silver Assay), Jacob Stringer (ouvrier n° 3 de Silver Assay), Joseph Mussey (ouvrier n° 4 de Silver Assay), Ciarán Hinds (Fletcher Hamilton), Barry Del Sherman (H.B. Ailman), Paul F. Tompkins (Prescott), Kevin Breznahan (homme de Signal Hill), Jim Meskimen (homme marié à Signal Hill), Erica Sullivan (femme à Signal Hill), Randall Carver (Mr Bankside), Coco Leigh (Mrs Bankside), James Downey (Al Rose), Dan Swallow (Gene Blaize), Robert Arber (Charlie Wrightsman), Bob Bell (géologue), David Williams (Ben Blaut), Joy Rawls (disciple d’Eli n° 1), Louise Gregg (disciple d’Eli n° 2), Amber Roberts (disciple d’Eli n° 3), John W. Watts (ouvrier du pétrole n° 1), Robert Caroline (ouvrier du pétrole n° 2), Barry Bruce (ouvrier du pétrole n° 3), Irene G. Hunter (Mrs Hunter), Hope Elizabeth Reeves (Elizabeth), John Chitwood (docteur à Little Boston), David Warshofsky (H.M. Tilford), Tom Doyle (J.J. Carter), Colton Woodward (William Bandy), John Burton (L.P. Clair), Hans Howes (Mr Bandy), Robert Barge (barman), Ronald Krut (homme n° 1 de la Standard Oil), Huey Rhudy (homme n° 2 de la Standard Oil), Steven Barr (homme n° 3 de la Standard Oil), Robert Hills (interprète de H.W.), Vince Froio (domestique n° 1 de Plainview), Phil Shelly (domestique n° 2 de Plainview), Bob Bock (le prêtre)

Musique : Jonny Greenwood

Directeur de la photo : Robert Eslwit

Décors : David Crank

Costumes : Mark Bridges

Montage : Dylan Tichenor

Durée : 2 heures et 38 minutes

Sortie à Paris : mercredi 27 février 2008

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Après deux courts-métrages, Paul Thomas Anderson, 38 ans et né en Californie, à Studio City (ça ne s’invente pas !), a réalisé un long-métrage, Sydney (1996), resté assez confidentiel malgré une brillante distribution. Le succès est venu avec Boogie nights, suivi de Magnolia – deux triomphes mérités. Le film suivant, Punch-drunk love, quoique réussi, n’a pas eu autant de public. Mais sur ce point, Anderson va se rattraper avec There will be blood, oscarisé deux fois, pour sa photo et son acteur principal, Daniel Day Lewis – ce qui ressemble beaucoup à des prix de consolation pour n’avoir pas été récompensé comme le meilleur film.

Il faut avouer que There will be blood, à la fois variation sur le bien et le mal, illustration très personnelle d’une partie de l’histoire des États-Unis, et vision moderne sur le cynisme de l’enrichissement qui est la seconde religion de ce pays, dépasse d’assez loin la production habituelle. Le tout s’appuyant sur un sujet qui est le pendant actualisé de Géant, le troisième et dernier film avec James Dean, puisqu’il s’agit de pétrole – mais, en dépit des magouilles attendues et qui surviennent en effet, nous sommes loin de Dallas.

Daniel Plainview se lance, tout seul et avec acharnement, dans la recherche pétrolière en 1898. C’est l’anti-Citizen Kane, car lui n’a hérité de rien et part de zéro. Après des débuts difficiles, son obstination lui vaut un début de réussite, et, quatre ans plus tard, le voilà possédant quelques puits et un peu d’argent à investir dans le même domaine. Un jour, un jeune homme, Paul Sunday (joué par Paul Dano, qui n’a que 24 ans et ira loin, faites-moi confiance), se présente à lui : « La ferme de ma famille ne produit que des cailloux, mais du pétrole suinte à la surface du sol. Nous n’avons pas les moyens de l’exploiter. Donnez-moi 500 dollars, et je vous dis où c’est ». Daniel paye, se rend sur place et vérifie qu’en effet, du pétrole suinte aux milieu des cailloux. Au père de famille, il offre... 3700 dollars pour lui acheter sa ferme, argüant qu’il veut seulement une terre pour y chasser la caille (en France, il eût chassé la racaille) en compagnie de son jeune fils adoptif, H.W., rejeton d’un de ses compagnons de prospection mort par accident, et orphelin de mère. L’autre fils Sunday, prénommé Eli (encore Paul Dano) et porté sur la religion, proteste : on veut les rouler ! Que l’acheteur potentiel donne au moins 10 000 dollars pour son église.

Daniel transige, ce sera 5000 dollars quand le pétrole coulera, s’il coule. L’affaire est conclue, l’exploitation commence, une communauté d’ouvriers s’installe sur place, et le jeune Eli commence à prendre de l’ascendant sur ces pauvres gens, via l’église qu’il a fondée. Mais, lorsqu’il vient demander à Daniel de lui faire un peu de publicité pour ses œuvres, celui-ci, qui a repéré l’imposteur, promet tout ce qu’on veut, puis le snobe, d’où humiliation et début d’une haine qui va se renforcer lorsque le pétrole jaillit, car Daniel refuse de payer la redevance naguère promise, et va jusqu’à tabasser Eli qui réclame son dû. Mais celui-ci s’en vengera plus tard, car, pour construire un pipe-line, Daniel a besoin d’un terrain qui appartient à un des paroissiens d’Eli : voilà le prédicateur affirmant publiquement que Daniel, qui a placé son fils devenu sourd dans une institution spécialisée, a tout bonnement abandonné son enfant – ce qui est loin d’être faux – et l’obligeant à demander pardon en présence de tous les paroissiens.

Après bien des années et bien des péripéties tragiques, dont la réapparition d’un pseudo-frère dont Daniel va se débarrasser brutalement, nous voilà en 1927. Devenu adulte, le fils de Daniel, toujours atteint de surdité, quitte son père pour aller vivre au Mexique avec sa jeune femme, précisément la sœur d’Eli et Paul, déclarant que lui aussi se lance dans la recherche pétrolière. Le voilà par conséquent devenu un concurrent potentiel de son père, qui le prend très mal, et se venge en révélant que H.W. n’est pas son vrai fils, mais « un bâtard trouvé dans un panier » (a bastard in a basket), qu’il a recueilli afin d’apitoyer les gens pour mieux les rouler, comme il a fait avec la famille Sunday. Rupture entre les deux hommes.

Daniel avait bâti une fortune considérable, mais désormais il reste seul et déteste tout le monde, il l’affirme ouvertement. C’est alors qu’Eli ressurgit, devenu prédicateur à la radio, qui a mis la main sur une propriété d’un de ses ex-paroissiens, en plein milieu des terres possédées (et exploitées) par Daniel : il désire une association pour y pomper le pétrole. Daniel profite de cette occasion pour l’humilier de nouveau en le forçant à répéter une dizaine de fois « Je suis un faux prophète, Dieu est une superstition », avant de lui révéler qu’il a déjà pompé tout le pétrole, par la voie souterraine, à partir de ses puits voisins. Puis la dispute s’envenime, et Daniel tue Eli... à coups de quilles de bowling !

Comme toujours, l’anecdote ainsi sommairement résumée peut sembler dérisoire, ridicule (surtout cette scène finale), et teintée de déjà vu, si l’on oublie que le fait de montrer l’affrontement entre Dieu et le dollar, qui tourne à la déroute des charlatans religieux, n’est pas si courant, au cinéma en tout cas. Et inconnu chez nous, soit dit en passant. Mais tout est dans la réalisation, qu’on ne peut évidemment décrire si simplement, car son efficacité, avant tout, est visuelle, comme toujours chez Anderson.

Mentionnons tout de même la musique, très différente de la soupe habituelle des films à grand spectacle : elle est aussi éloignée de ce qu’on attend, que le fut celle de Jerry Goldsmith pour la première version de La planète des singes.

En bref : à voir absolument.Haut de la page

Funny games U.S.

Réalisateur : Michael Haneke

Scénario : Michael Haneke

Interprètes : Naomi Watts (Ann), Tim Roth (George), Michael Pitt (Paul), Brady Corbet (Peter), Devon Gearhart (Georgie), Boyd Gaines (Fred), Siobhan Fallon (Betsy), Robert LuPone (Robert), Susanne C. Hanke (la belle-sœur de Betsy), Linda Moran (Eve)

Musique : Mozart, Haendel, Pietro Mascagni, John Zorn

Directeur de la photo : Darius Khondji

Décors : Hinju Kim

Costumes : David C. Robinson

Montage : Justin Krohn

Durée : 1 heure et 51 minutes

Sortie à Paris : mercredi 23 avril 2008

Funny games

Réalisateur : Michael Haneke

Scénario : Michael Haneke

Interprètes : Susanne Lothar (Anna), Ulrich Mühe (Georg), Arno Frisch (Paul), Frank Giering (Peter), Stefan Clapczynski (Schorschi), Christoph Bantzer (Fred), Doris Kunstmann (Gerda), Wolfgang Glück (Robert), Susanne Meneghel (la sœur de Gerda), Monika Zallinger (Eva)

Musique :Mozart, Haendel, Pietro Mascagni, John Zorn

Directeur de la photo : Jürgen Jürges

Costumes : Lisy Christl

Montage : Andreas Prochaska

Durée : 1 heure et 48 minutes

Sortie à Paris : mercredi 14 janvier 1998

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Exceptionnellement, deux films sont réunis sous la même critique – et il en est de même de la critique rapide –, Funny games et Funny games U.S., car tous deux sont dus au même réalisateur, l’Autrichien Michael Haneke, et conçus selon un scénario identique.

Ce qu’on peut penser d’un projet aussi peu habituel est rejeté en fin d’article.

Commençons par le plus ancien des deux films, et ce sera la partie la plus courte.

*

Funny games est un film autrichien datant de 1997, et ses interprètes sont de langue allemande. La vedette masculine Ulrich Mühe devait d’ailleurs connaître une notoriété plus importante ultérieurement, pour avoir incarné le policier humaniste dans La vie des autres – film un peu surfait à mon avis. Mais l’histoire, d’abord.

Un couple aisé, Georg et Anna, et leur fils de dix ans, va passer quelques jours de vacances dans la villa familiale, au bord d’un lac. Voisins huppés, loisirs de circonstances : invitations mutuelles et navigation sur le lac. Mais voilà qu’un jeune homme, Peter, apparemment invité des voisins les plus proches, vient emprunter quelques œufs à la maîtresse de maison, et, maladroit ou feignant de l’être, les casse immédiatement. Il en demande d’autres, puis survient un autre jeune homme, Paul, et tous deux s’incrustent au lieu de partir discrètement. Anna s’énerve, veut les mettre à la porte, demande à Georg, son mari, de les virer, la dispute s’envenime, et Paul démolit le genou de Georg d’un coup de club de golf. Tout en s’excusant beaucoup sur un ton navré, les deux garçons ligotent les trois membres de la famille et passent le reste de la journée puis le début de la nuit à les terroriser, les brutaliser, les torturer, annonçant qu’ils seront morts avant neuf heures du matin suivant. En guise de préambule, ils ont d’ailleurs tué le chien.

Puis l’enfant parvient à s’échapper, trouve dans la villa voisine un fusil et en menace Paul qui l’a suivi... mais le fusil est déchargé ! Paul ramène à la maison Georg junior et le fusil, et Peter finit par abattre le gosse. Puis les deux garçons s’en vont tranquillement.

Anna sort pour aller chercher du secours, car Georg ne peut plus se déplacer, or elle se fait ramasser sur la route par ses tortionnaires, qui la ramènent au foyer familial, dévasté. Là, ils tuent Georg, et attendent le matin pour noyer Anna dans le lac.

Le plan final de Paul allant, au petit jour, demander quelques œufs à la voisine annonce que tout va recommencer avec une autre famille. Drôle de jeu, comme dit le titre.

L’atmosphère est oppressante, mais le plus terrifiant est dans l’exquise politesse affectée par les deux assassins, visiblement très bien élevés, et qui affectent de ne pas voir où est le problème quand leurs victimes les supplient de dire pourquoi ils font tout ça.

*

Deuxième version, tournée à Long Island, près de New York. Et quel dommage qu’un réalisateur aussi expérimenté que Michael Hanecke commence son film par une erreur de montage, un faux raccord digne d’un amateur : une voiture roule sur une route, filmée à la verticale, et les ombres longues indiquent qu’il est tôt (ou tard) dans la journée ; au plan suivant, les ombres, réduites à presque rien, montrent que le soleil est au zénith !

C’est la seule critique négative que je ferai sur ce remake du Funny games version autrichienne. Le premier film était très semblable à cette version hollywoodienne (dont la productrice exécutive est Naomi Watts, ainsi nous sommes bien au cœur du star system), découpage, montage et dialogue, sans oublier la musique. Seules quelques différences minimes apparaissent, et la version la plus récente dure trois minutes de plus.

La parabole sur la violence irrépressible est tellement évidente que je n’en dirai pas un mot, la presse s’en étant chargée à satiété ; pas plus que je ne rechercherai d’explication au jeu macabre qui nous est montré. Comme dans Les oiseaux d’Alfred Hitchcock, qui attaquaient les humains sans raison décelable, les deux bourreaux d’Hanecke torturent et tuent sans raison, et il n’y a pas lieu de se poser la question. En revanche, la comparaison inévitable avec Orange mécanique n’est pas dénuée de pertinence : les deux charmants garçons qui malmènent puis tuent cette famille aisée sont tout de blanc vêtus (ils vont jusqu’à porter des gants), comme Alex et ses drougs dans le film de Kubrick, et comme eux, ont fait de cette nuit de tortures et de meurtres un véritable jeu, ce que confirme le titre. Or il me semble que le contresens à propos de la signification des deux films est le même. Passons, je n’écris pas sur la morale.

Deux notations capitales : d’abord, on échappe au cliché habituel des films basés sur la violence, parce qu’on ne voit guère les actes violents, et parce que les deux garçons affectent, comme je l’ai dit plus haut, une exquise politesse d’un bout à l’autre (avant de balancer dans le lac la femme ligotée, qui ne peut ainsi que se noyer, Paul lui fait un grand sourire, lui dépose une gentille bise sur la joue, et la pousse à l’eau sur un « Ciao bella ! » de bonne compagnie, comme s’il prenait congé d’une amie ; auparavant, pendant que son copain tuait le petit garçon d’un coup de fusil, il fouinait dans le frigo et demandait avec affabilité : « Quelqu’un veut manger quelque chose ? », et la détonation ne lui inspirait aucune réaction).

Ensuite, parce que la prise de distance est évidente. Ainsi, à deux reprises, Paul, regardant droit dans la caméra, prend à témoin le spectateur (et aussi dans le plan de fin) en lui demandant son avis sur le dénouement à venir, comme pour s’assurer sa complicité ; aussi, parce que la séquence où Ann réussit à tuer son copain d’un coup de fusil est annulée par lui, via un gag peu attendu et qu’on peut trouver absurde, quand il saisit une télécommande et « rembobine » le film que nous sommes en train de voir ! Ce qui a pour effet de ressusciter le mort. Or tout cela pose problème. En effet, lorsqu’un réalisateur agit ainsi, cela signifie en général qu’il veut transmettre au spectateur le message suivant : n’oubliez pas que tout ceci est un spectacle, et que vous ne devez pas croire à la réalité de ce vous voyez sur l’écran ; réfléchissez, plutôt que de vous laisser aller à vos émotions. Mais, en même temps, le fait d’avoir engagé des vedettes (Naomi Watts, donc, ainsi que Tim Roth, dans les rôles des victimes, sans oublier Michael Pitt, qui commence à être très connu, dans le rôle de Paul, l’un des méchants – tous plus attrayants que les interprètes du film autrichien), semble indiquer qu’il entend favoriser l’identification du spectateur aux personnages, et fournir au récit un certificat de crédibilité. Ce qui est évidemment contradictoire.

Mais parions que la « grande » presse ne se posera pas la question...

Cela mis à part, la construction est ingénieuse, le malaise amené très progressivement, l’intérêt ne faiblit pas une seconde – même durant un très long plan-séquence qui suit le premier départ des assassins, plan qui dure dix minutes et trente-neuf secondes dans la première version, onze minutes et 55,5 secondes dans celle-ci –, et le film n’est à aucun moment répulsif, contrairement à la mode actuelle.

La chute annonce qu’après la mort des trois victimes, le jeu va recommencer ailleurs (à vrai dire, on s’y attendait), et beaucoup d’indices donnent à penser qu’un autre épisode du même ordre avait déjà eu lieu auparavant.

Les deux films sont en général détestés par les spectateurs, pour deux raisons : ils sont pris au premier degré, ce que le détail décrit plus haut, de toute évidence, devrait prévenir, et l’on estime souvent que Haneke est un donneur de leçons. Mais là, il s’agit d’une appréciation subjective, et il est permis de préférer le cinéma à la morale.

En bref : à voir.Haut de la page

Nés en 68

Réalisateurs : Olivier Ducastel et Jacques Martineau

Scénario : Catherine Corsini, Olivier Ducastel, Guillaume Le Touze et Jacques Martineau

Interprètes : Laetitia Casta (Catherine), Yannick Renier (Yves), Yann Trégouët (Hervé), Christine Citti (Maryse), Marc Citti (Serge), Sabrina Seyvecou (Ludmilla), Théo Frilet (Boris), Edouard Collin (Christophe), Kate Moran (Caroline), Fejria Deliba (Dalila), Gaëtan Gallier (Michel), Osman Elkharraz (Joseph), Slimane Yefsah (Farivar), Matthias Van Khache (Jean-Paul), Thibault Vinçon (Vincent), Marilyne Canto (Dominique), Alain Fromager (Antoine), Sophie Barjac (la mère de Catherine), Pierre-Loup Rajot (le père de Catherine), Simon Charasson (Philippe), Audrey Nobis (Nicole), Gabriel Willem (Pierre)

Musique : Philippe Miller

Directeur de la photo : Matthieu Poirot-Delpech

Costumes : Catherine Rigault

Montage : Dominique Galliéni

Durée : 2 heures et 53 minutes

Sortie à Paris : mercredi 21 mai 1998

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Film dû à l’excellent couple de cinéastes Ducastel et Martineau, surtout connus pour le médiocre Jeanne et le garçon formidable, moins pour Drôle de Félix et Ma vraie vie à Rouen, qui valaient bien mieux.

Nés en 68 est honorable, voire audacieux, car il est la première tentative, depuis fort longtemps, de réaliser en France une saga qui tente de retracer quarante années de l’histoire française contemporaine, à travers le récit des existences d’un petit groupe de personnages attachants – et les personnages sont ce que le film a de meilleur. Projet visiblement inspiré de ce chef-d’œuvre qu’était le télé film italien en six parties Nos meilleures années. Avec, supplément bienvenu, ce que Nos meilleures années avait oublié, le sida et l’homosexualité, sur lesquels Nés en 68 insiste beaucoup.

Si le film ne réussit pas à égaler son modèle italien, c’est, paradoxalement, qu’avec ses deux heures et cinquante-trois minutes, il est... trop court. En effet, la multitude des thèmes, et donc des épisodes censés les illustrer, est telle, que certains de ces épisodes ne peuvent être traités en profondeur, et sont par conséquent expédiés, voire bâclés parfois.

Qu’on en juge d’après la liste suivante, incomplète je le crains : les manifestations de mai-68, le discours de De Gaulle qui fut une fin de non-recevoir aux mouvements étudiants insurgés, l’idéal hippie, la vie en communauté à la campagne, l’amour libre, les oppositions à l’avortement, sa légalisation, l’abandon des harkis par De Gaulle et sa clique, les échecs de la vie communautaire, les tentatives d’action violente, l’élection de Mitterrand, le sida, le PACS, la fin de l’empire soviétique, les ONG en Afrique, la dissolution par Chirac de l’Assemblée nationale, la présence de Le Pen au second tour de l’élection présidentielle de 2002, l’indifférence de Mitterrand envers le sida (on n’a pas oublié qu’il a fait pression sur son ministre de la santé Claude Évin, pour faire décerner la légion d’Honneur au sinistre docteur Garretta... deux mois après que « Le Canard enchaîné » eut révélé le scandale du sang contaminé !), l’élection de Sarkozy, et j’en oublie certainement. Il eût fallu, comme chez les Italiens, un film de six heures, ou quatre films d’une heure et demie. Ce sera peut-être le cas à la télévision, puisque Nés en 68 a été produit par Arte, et qu’il doit bien exister une version longue, sinon la télévision ne serait plus la télévision.

En tout cas, et c’est rare dans le cinéma français, les noms des politiques sont prononcés : De Gaulle, Pompidou, Giscard, Mitterrand, Jospin, le Pen, Chirac, jusqu’à ceux de cette pauvre Christine Boutin, parfois mieux inspirée, sur ce que serait une société qui admettrait l’homosexualité comme un mode de vie normal (seule occasion de rire qu’offre le film, la pauvre a dû prendre au sérieux un certain chapitre parodique de Tony Duvert dans Journal d’un innocent) et de ce député si oublié, Jean-Marie Daillet, qui, le 27 novembre 1974, s’en était pris bassement à Simone Veil défendant son projet légalisant l’avortement. Le seul nom qui n’est pas prononcé – impossible de croire au hasard – se trouve être celui de Sarkozy, dont on entend néanmoins le discours anti-Mai-68, et qui n’est désigné ostensiblement que par un « il » méprisant. Et c’est assez réjouissant de noter la remarque d’un protagoniste de l’histoire : que jamais la droite n’a été aussi écrasante que sous De Gaulle, ou d’entendre celui-ci qualifié de « vieux débris » par Laetitia Casta ! Il était certes pire que cela, mais ce sera pour un autre film.

Bien entendu, aucun des personnages n’est « né en 1968 ». Le premier bébé de cette histoire qui vient au monde, Ludmilla, fille de Catherine et d’Yves (ou d’Hervé ? Nul ne le saura jamais), naît en 1970, après un premier avortement clandestin et qui a failli tourner mal pour la jeune étudiante, fille d’un militaire probablement gaulliste et qui désapprouve bien entendu le comportement de sa fille, au point, bien plus tard, de la rendre responsable de la mort non élucidée de son frère Serge.

Après l’échec de la « révolution » de mai 1968, Catherine, son frère, ses deux amants et quelques-uns de ses amis abandonnent leurs études pour aller vivre en communauté dans une ferme très délabrée, du côté de Figeac, dons le Lot. C’est l’époque de l’amour libre, de la fabrication du fromage de chèvre, de la danse dans les prés dans le plus simple appareil et des chansons niaises de Joan Baez (souvenez-vous de Here’s to you, Nicolas and Bart). Sans surprise, la communauté se délite peu à peu, entre ceux qui reconnaissent s’être égarés, comme Hervé (excellent Yann Trégouët), ceux qui regrettent Paris, le béton et les odeurs d’essence (Yves), et ceux que l’inconfort a fini par user. Ne reste, ferme au poste, que Catherine, pure et dure, qui a justement mis au monde un second enfant, Boris, fils d’Yves cette fois, il n’y a aucun doute.

C’est ensuite l’histoire de la génération suivante : Serge, peu avant sa mort, s’est marié avec une fille de harki, Dalila, en en aura un fils, Joseph, qui, devenu grand, se passionnera pour l’agriculture et ceux qu’elle devrait sauver ; Ludmilla épouse un Iranien riche et réfugié à Londres, Farivar, mais a du mal à supporter les traditions de sa belle-famille et délaisse le foyer conjugal pour tenter de se réinstaller en France ; Boris, à 17 ans, s’est découvert homosexuel et file le parfait amour avec Christophe, 19 ans, le fils des voisins de la ferme... mais tous deux vont attraper le virus du sida, et Christophe en mourra ; Boris militera chez Act Up, refera sa vie avec Vincent, et tous deux envisageront un pacs, avant de renoncer car cela mettrait obstacle à leur envie d’adopter un enfant. Enfin, Catherine, qui n’a plus connu d’homme depuis Yves et Hervé, rencontre Antoine, un type bien qui travaille pour une ONG en Afrique, mais elle contracte le cancer, cache son état à ses enfants et va mourir dans un hôpital.

On le voit, la matière est abondante, les interprètes, dont peu sont connus mais qui sont efficaces et croient à leurs rôles, sont bons, et le film est beau. Il n’a d’ailleurs rencontré aucun succès, se voyant relégué dans de petites salles au bout d’une seule semaine. Parce que visiblement trop militant ? Les films militants sont souvent maladroits, et celui-ci n’échappe pas entièrement à ce reproche, par son côté parfois didactique. Mais du moins sort-il de l’ornière apolitique où s’est enlisé – et déshonoré – le pauvre cinéma français !

*

Comme prévu, une version longue (environ 3 heures 15), en deux parties, a été diffusée par Arte le vendredi 25 octobre 2008. On y trouve quelques scènes coupées, pas vraiment capitales, et même un personnage qui ne figurait pas dans le film de cinéma, celui de Thierry, un amant de Caroline, la seule amie de Catherine qui ne l’avait pas abandonnée après l’échec de la communauté. À cette deuxième vision, la naïveté de la première partie apparaît plus évidente, surtout dans les dialogues. Mais cela n’enlève rien à la spécificité du film.

En bref : à voir.Haut de la page

[Entracte 17]

Aux États-Unis, on a couramment deux prénoms, mais le second n’est désigné que par son initiale. Ce qui peut donner lieu à bien des suppositions de la part de ceux qui ne sont pas des intimes.

Ainsi, le metteur en scène qui fut le plus célèbre du cinéma mondial avant que quelques-uns de ses confrères accèdent eux aussi à la célébrité, ce fut Cecil B. DeMille. Mais peu de gens, dans le public, savaient ce que signifiait ce « B ». Les plaisantins, argüant que le réalisateur faisait des films coûteux, prétendaient que cela signifiait « billet ». Mais cela n’aurait eu aucun sens en anglais, puisque le mot billet désigne plutôt... un billet de logement ! En fait, le metteur en scène de Samson et Dalila, et qui joua son propre rôle dans Sunset boulevard, s’appelait Cecil Blount DeMille.

Une autre célébrité fut le producteur David Selznick, qui, à bout de bras, porta durant des années le projet d’Autant en emporte le vent. Or Selznick fait démentir la phrase par laquelle j’ai commencé, car il n’avait pas de second prénom ! Et il s’en désespérait, le malheureux (à certains, il en faut peu). C’est pourquoi il s’inventa purement et simplement une initiale factice, et choisit la lettre « O ». Pour tout le monde aujourd’hui, c’est David O. Selznick. Or il se trouva qu’en 1939, Selznick avait engagé Alfred Hitchcock, célèbre en Angleterre mais pas aux États-Unis, et lui avait fait un contrat portant sur quatre ans et une demi-douzaine de films, sauf erreur. Selznick avait du flair, mais des tas de manies et peu de diplomatie, si bien que la collaboration entre ces deux fortes personnalités, sans être orageuse, fut souvent aigre-douce. Au bénéfice de Selznick, il faut dire qu’il avait souvent raison, et ses pressions pour contraindre Hitchcock à se discipliner et à penser davantage au public qu’à ses propres expériences furent à l’origine du nouveau style qui fit ensuite le succès du maître du suspense. Mais enfin, Hitchcock lui en garda une dent, et se vengea beaucoup plus tard, en nommant « Roger O. Thornhill » le personnage de Cary Grant dans La mort aux trousses. Et lorsque, dans le train, Eve Kendall (Eva Marie-Saint) demande à son interlocuteur ce que signifie ce « O », il répond laconiquement « Zéro ! » – du moins dans la version française. La vengeance est un plat qui se mange froid.

Un qui se singularise, c’est le réalisateur (et malheureusement scénariste) de Sixième sens, de Signes et de The village, films dont j’ai souligné le ridicule dans d’autres pages. Lui se fait appeler M. Night Shyamalan, donc il masque son premier prénom. Demandez à qui vous voulez ce que cache ce « M », et vous trouverez peu de gens, hormis les familiers du site Internet Movie Database, pour vous répondre que c’est Manoj, l’une des réincarnations du dieu indien Krishna. Quant au « Night », ce n’est qu’un surnom, le véritable prénom étant Nelliyattu. Mais pour une fois, je ne dirai pas qu’autant faire compliqué.

Terminons provisoirement avec un autre (petit) mystère concernant un acteur assez obscur, peu vu au cinéma (sauf dans The cowboys, avec John Wayne, en 1972), mais qui a fait énormément de télévision, notamment dans Santa Barbara. Il se fait appeler A Martinez (le « A » sans point, comme s’il était un prénom à lui seul). Cette discrétion s’explique lorsqu’on sait qu’il s’appelle Adolph Larrue Martinez. Évidemment, Adolph...

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Valse avec Bachir

Titre original : Vals im Bashir

Réalisateur : Ari Folman

Scénario : Ari Folman

Interprètes : voix de Ari Folman, Ori Sivan, Ronny Dayag, Shmuel Frenkel, Zahava Solomon, Ron Ben-Yishai, Dror Harazi (eux-mêmes), Boaz Rein-Buskila (Miki Leon), Carmi Cna’an (Yehezkel Lazarov)

Musique : Max Richter

Directeur artistique : David Polonsky

Directeur de l’animation : Yoni Goodman

Superviseur des effets spéciaux : Roiy Nitzan

Montage : Nili Ferrer

Durée : 1 heure et 27 minutes

Sortie à Paris : mercredi 25 juin 2008

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Cette valse est la Septième de Chopin, décidément très en vogue au cinéma, et sur laquelle danse un soldat israélien déboussolé, tout seul, en pleine rue, à Beyrouth, tout en tirant au hasard des rafales de mitraillette. Bachir, c’est Gemayel, chrétien maronite, élu président du Liban le 23 août 1982, assassiné trois semaines plus tard, le 14 septembre. Assassinat qui provoqua le massacre, commis en guise de vengeance aveugle par les milices chrétiennes – fondées par lui et qui l’idolâtraient –, dans les camps palestiniens de Chatila et de Sabra, banlieue ouest de Beyrouth, les 16 et 17 septembre 1982. Ces exactions abominables, qui eurent lieu sur des civils désarmés, se firent avec la complicité passive de l’armée israélienne, que l’opinion publique mondiale rendit entièrement responsable du massacre, oubliant un peu les véritables assassins.

Il faut rendre hommage à la démocratie israélienne, qui permet de tels films, évidemment très critiques de la politique du pays : nulle part au monde, et surtout pas en France où l’on se contente de petites phrases aussi perfides qu’inefficaces, l’opposition n’est aussi virulente qu’en Israël. Et les pays arabes, qui n’ont jamais songé à faire un film sur ce sujet (l’argent ne manque pourtant pas, certains pays arabes sont parmi les plus gorgés de fric), peuvent balayer devant leur porte. Il est vrai que cela doit bien les gêner aux entournures, qu’un massacre sur des Arabes soit le fait d’autres Arabes.

Le film est brillant, frappant, mais pas sans défaut sur le plan scénaristique, et j’ajoute que le prétexte à teneur psychanalytique sur lequel il repose n’est pas ce qu’on a trouvé de mieux, depuis que le cinéma existe, pour y fonder un scénario : un ami raconte au réalisateur et narrateur un rêve qui le hante depuis quelque temps, et où interviennent vingt-six chiens enragés. Il affirme que cela est une conséquence des évènements dont il vient d’être question, dont il fut le témoin un quart de siècle plus tôt, et dont il n’a gardé aucun souvenir. C’est un peu gros, sent le « mensonge vrai » dont se prévalent tous les artistes quand ils ont besoin d’un prétexte pour produire une œuvre, et il est impossible de croire à un oubli de ce genre, surtout lorsque le récit tente de nous faire croire que le narrateur, lui non plus, ne se souvient de rien d’autre que d’un bain nu, sur une plage à Beyrouth, pris la nuit par lui-même et deux compagnons de guerre ! Tout le monde est amnésique, à 19 ans ? Il est possible de croire que, dans certaines circonstances, certaines personnes sont capables d’occulter certains évènements, mais pas la totalité, pas lorsqu’ils remontent à un quart de siècle seulement, et pas s’ils revêtent une telle gravité. Voilà pour la crédibilité, celle d’une histoire fortement romancée.

Après cela, Folman, le narrateur et réalisateur du film, va interroger tous ses anciens compagnons d’armes qu’il peut retrouver – ils sont sept –, et se met à les interviewer les uns après les autres, afin de reconstituer ses souvenirs qui lui échappent. C’est, il faut bien l’avouer, un autre procédé que ces interviews, et d’autant moins efficace visuellement, inévitable monotonie aidant, que le tout est, non pas filmé avec une caméra, mais dessiné (sans doute après filmage, tout de même). Cinq des sept intervenants ont prêté leur voix, deux ont dû être doublés, et si le film est dessiné, outre l’impossibilité de reconstituer à prix raisonnable les faits relatés, c’est en partie parce que certains ont refusé d’être vus à l’image.

Disons tout de suite que la quête psychanalytique sera couronnée de succès, et qu’on aura reconstitué adroitement les faits évoqués par les témoins... qui ne sont pas tous amnésiques, par chance. C’est admirablement fait, et le dessin, souvent poétique, est d’une très haute qualité. La séquence de fin, tant décriée par certains, et fort courte puisqu’elle ne dépasse pas deux minutes, provient des reportages de l’époque et montre l’amoncellement des cadavres dans les camps en ruines, et le désespoir des femmes palestiniennes qui ont perdu toute leur famille. Cette séquence, loin de ruiner l’effet du dessin animé, me paraît renforcer ce qu’on a vu auparavant, par le simple fait de la laideur des images, qui nous ramène dans le réel.

Cela n’a rien à voir avec le film lui-même, mais il faut le mentionner, car la rumeur est insistante : on sait que ce film, qui a pourtant ébloui tous les spectateurs du Festival de Cannes, n’a obtenu aucune récompense – bien qu’il ait été nommé pour la Palme d’Or. Il se dit que la présence de Marjane Satrapi comme membre du jury ne serait pas étrangère à cette mise à l’écart. Or Marjane Satrapi est l’auteur du scénario de Persepolis, d’après une bande dessinée dont elle est aussi l’auteur. Persepolis, autre dessin animé dont j’avais souligné le peu d’attrait de la technique et la malhonnêteté du scénario (qui traînait le shah d’Iran dans la boue, mais oubliait curieusement d’accabler Khomeyni et ses successeurs, pourtant bien pires que le shah), lui a valu cette curieuse sélection pour faire partie du jury de Cannes, dont elle aurait profité pour faire obstacle à toute récompense pour Valse avec Bachir, projet du même genre que le sien mais tellement supérieur !

On aimerait apprendre que la rumeur n’est qu’une calomnie...

En bref : à voir.Haut de la page

Quantum of solace

Réalisateur : Marc Forster

Scénario : Paul Haggis, Neal Purvis et Robert Wade

Interprètes : Daniel Craig (James Bond), Olga Kurylenko (Camille), Mathieu Amalric (Dominic Greene), Judi Dench (M), Giancarlo Giannini (Mathis), Gemma Arterton (Strawberry Fields), Jeffrey Wright (Felix Leiter), David Harbour (Gregg Beam), Jesper Christensen (White), Anatole Taubman (Elvis), Rory Kinnear (Tanner), Tim Pigott-Smith (ministre des Affaires Étrangères), Joaquín Cosio (général Medrano), Fernando Guillén Cuervo (colonel de la police), Jesús Ochoa (lieutenant Orso), Lucrezia Lante della Rovere (Gemma), Glenn Foster (Mitchell), Paul Ritter (Guy Haines), Simon Kassianides (Youssef), Stana Katic (Corinne), Neil Jackson (Mr Slate), Oona Chaplin (réceptionniste de l’hôtel Perla de las Dunas), Brendan O’Hea (technicien de la morgue), Rufus Wright (agent du Trésor), Kari Patrice Coley (employé de l’hôtel Dessalines), Sarah Hadland (réceptionniste de l’Ocean Sky), Jake Seal (barman du Virgin Flight), Peñarandam Felix (chauffeur de taxi bolivien), Emiliano Valdés (réceptionniste de l’Andean Grand Hotel), Daniel da Silva (concierge de l’Andean Grand Hotel), Elizabeth Arciniega (petite amie de White), Alessio Sossas (carabinier à la radio), Mark Wakeling (agent du MI6), Susana Albornoz (femme au seau), Jacques Duckins (membre du gang haïtien), Anthony Hansell (docker), Carl von Malaisé (chauffeur de Greene)

Musique : David Arnold

Directeur de la photo : Roberto Schaefer

Montage : Matt Chesse et Richard Pearson

Durée : 1 heure et 46 minutes

Sortie à Paris : vendredi 31 octobre 2008

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Parce que Paul Haggis est l’un des trois scénaristes, on s’attend à un scénario soigné : il a tout de même fait les scénarios de Dans la vallée d’Elah, de Crash (en français, Collision) et de Million dollar baby, et réalisé les deux premiers. Mais non, rien de bon – et peu de Bond – n’est sorti de cette collaboration. Paul a pris son chèque et s’est reposé sur ses lauriers. Car, pire que la réalisation tapageuse de Quantum of solace, c’est l’histoire qui pêche par son manque d’intérêt et le vide des personnages.

Comme tout le monde l’a écrit des mois avant la sortie du film, nous avons ici la suite de Casino Royale, version de 2006. La femme que Bond aimait a été tuée, et 007 veut la venger, bien que, il le dit lui-même, « elle ne valait pas cher » et l’avait trahi. Toute l’histoire n’est donc qu’une suite de poursuites, en Italie, en Autriche, en Amérique du Sud, et un festival de cascades et d’explosions, le tout sans un atome d’humour, à l’image de son interprète Daniel Craig, qu’on n’imagine pas capable de sourire ou de plaisanter comme ses prédécesseurs dans le rôle.

Pourquoi, depuis 1962, le public aimait-il les films de James Bond ? Pour leur humour, pour leur côté macho rigolo, pour les filles carrossées comme des Maserattis, pour l’invraisemblance assumée des décors, des gadgets, des méchants, des scènes d’action. Et, en prime, pour la distinction des interprètes du rôle, même si ce n’était plus Sean Connery. Tous ces films nous disaient : amusez-vous, rien de tout ce que vous voyez n’est à prendre au sérieux. Et le public s’amusait, en effet. Seuls, quelques critiques un peu coincés détestaient Bond, parce qu’ils y voyaient une dénonciation de leurs chers Soviétiques !

Et puis, on a fini par épuiser tous les livres et nouvelles de Ian Fleming. Comment continuer ? Avant de se résoudre à écrire des scénarios originaux, on a bien tenté un remake avec Casino Royale – déjà tourné en 1967 et qui atteignait à cette époque des sommets de dérision (Woody Allen y jouait son deuxième rôle à l’écran) –, mais cette fois dans le genre sérieux. Finis les gadgets, les décors de science-fiction, le héros invincible, les belles pépées. James Bond DEVAIT en baver, comme tout le monde ! Les héros n’existent plus, c’est ce qu’on appelle « la désacralisation ».

En théorie, ce n’est pas condamnable. Hélas, la mode aidant, on a tout misé sur les scènes de poursuite et de bagarre (sanglantes), sur les cascades et sur les trucages numériques, si bien que l’essentiel de ce qui faisait le charme des précédents films a été ratiboisé. À quoi bon garder ce sur quoi Indiana Jones a mis la main entre-temps ?

Et puis, comme dit plus haut, la réalisation ne vise qu’à l’épate. Ainsi, le film s’ouvre sur une série de plans aériens maritimes, non loin de la côte, alternant avec des plans rapides d’une poursuite de voitures sur la route côtière. C’est fort beau, mais à quoi servent ces vues de la mer, puisque l’action se joue sur la route ? Pour faire joli ? Immédiatement après, nous assistons à une séance d’interrogaoire d’un malfrat, opérée par les services secrets britanniques, en la présence très surprenante du propre chef du MI6, la fameuse M (Judi Dench), qu’on va voir partout alors que la vraisemblance voudrait qu’elle ne quitte pas son bureau londonien. Or cet interrogatoire, une séance de torture plutôt, a lieu dans une cave située sous la Piazza del Campo de Sienne où a lieu chaque année, le 16 août, le célèbre Palio dell’Assunta – une sorte de course de chevaux. Et précisément durant cette fête ! Là encore, il s’agit de faire joli, puisque le malfrat interrogé est tué par un collaborateur traître de M, lequel s’enfuit, et que Bond va courser par toute la ville avant de le rattraper et de le tuer. Que vient faire ici la ville de Sienne ? L’Italie ne joue aucun rôle dans cette histoire, entièrement centrée sur la Bolivie.

Un mot sur le méchant de l’histoire. Depuis que Chirac a refusé d’envoyer des troupes françaises en Irak, les Français, on le sait, font figure de suppôts de Satan. Par conséquent, le chef de la bande dont James Bond veut tirer vengeance est un Français, joué très mollement par Mathieu Amalric, mais qui porte un nom anglais, Dominic Greene (ce qui a permis de baptiser Greene Planet l’organisation pseudo-écolo qu’il dirige, ouarf !). Ce Greene veut en fait subventionner un général bolivien putschiste, Medrano (si si !), afin que, revenu au pouvoir, celui-ci lui accorde soixante pour cent de l’exploitation de l’eau de son pays, désormais jugée comme plus rentable que le pétrole. Bien entendu, Bond va faire échouer la conspiration, et il abandonnera Greene seul au milieu du désert. Sans que les scénaristes daignent expliquer, sinon par une phrase au détour du dialogue, comment il se fait que ce Greene ait, ensuite, été retrouvé avec deux balles dans le corps.

Bref, le récit cafouille, on n’y comprend pas grand-chose, et l’agent 007 est devenu ennuyeux.

En bref : inutile de se déranger.Haut de la page

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Dernière mise à jour de cette page le samedi 30 avril 2016.