JPM - Films - Notules - Juin 2004

Notules - Juin 2004

 

Plus courtes que les critiques, les notules traitent d’un ou plusieurs films, ou de sujets d’actualité en rapport avec le cinéma. Jusqu’en septembre 2004, elles provenaient de divers forums aujourd’hui disparus. Par la suite, elles s’en affranchissent et sont rédigées directement ici.

Œuvres citées (en italique, autres que des films) : Harry Potter – Dixième chambre, instants d’audience Kill Bill : volume 2 – Son nom de Venise dans Calcutta désert – Real movieThe ladykillersLe rôle de sa vie – All about Eve – Le monde selon BushThe good girlFriends – Le dictateur – New York stories – New York New York – Amour et amnésie50 first dates – Le sixième sens

Personnes citées : Raymond Depardon – Humphrey Bogart – Bette Davis – Jack Warner – Quentin Tarantino – Marguerite Duras – Stéphane Robelin – Peter Fondu – Joel Coen – Ethan Coen – Tom Hanks – François Favrat – Joseph Manckiewicz – Ann Baxter – Ludivine Sagnier – Jeanne Moreau – Karin Viard – Agnès Jaoui – William Karel – Preston Bush – Adolf Hitler – Oussama Ben Laden – Chafik Ben Laden – Michael Moore – Miguel Arteta – Jennifer Aniston – Charles Chaplin – Federico Fellini – Sergueï Mikhaïlovitch Eisenstein – Ingmar Bergman – Claude Sautet – François Truffaut – Martin Scorsese – Francis Ford Coppola – Woody Allen – Régine – Peter Segal – Bruce Willis

Harry Potter

Mercredi 2 juin 2004

Sur les dix-neuf salles du complexe UGC, aux Halles, trois sont occupées par le troisième épisode d’Harry Potter, qui sort aujourd’hui (et que je n’ai pas vu). Ce n’est pas assez ! Exigeons que TOUTES les salles de France soient réservées à ce chef-d’œuvre !

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Dixième chambre, instants d’audience

Mercredi 2 juin 2006

Réalisé par Raymond Depardon

Sorti en France (Festival de Cannes) en mai 2004

Sorti en France le 2 juin 2004

Aujourd’hui, en bon mécréant, je ne suis pas allé voir le film sacré visé ci-dessus, mais Dixième chambre, film du photographe Raymond Depardon. Il a filmé durant trois mois les audiences de ce tribunal correctionnel, à Paris (on y juge de « petits » délits, du genre conduite en état d’ivresse ou séjour en France sans papiers), et monté quelques séquences. Bien. Précisons tout d’abord que c’est très facile de faire ce genre de films : on laisse tourner les caméras, on recueille l’autorisation écrite des gens qui veulent bien apparaître à l’écran (il y a eu 169 volontaires), et on garde ce qu’on trouve intéressant, en cachant les noms et les adresses mentionnés durant les débats (on a gardé les apparitions de 25 personnes).

Raymond Depardon fait de bons documentaires, en général. Mais là, je mets un bémol, et voici pourquoi.

La séquence la plus intéressante est celle d’un sociologue qui s’est fait interpeller à la gare Saint-Lazare, porteur d’un Opinel, un petit canif. Comme c’est un intellectuel et qu’il estime avoir été traité indignement par les policiers, il a décidé de se passer d’avocat et de se défendre lui-même. Et c’est là que, pour la première fois dans le film, face à une présidente compréhensive avec TOUS les autres prévenus, ça coince ! En effet, le gars argüe que, d’une part, il est savoyard et que c’est une habitude chez tous les natifs de sa région de porter un Opinel, argument plausible et qui, à la rigueur, passe assez bien auprès de la juge, mais surtout, en s’appuyant sur les textes du Code Pénal qui définissent ce qu’est une arme, il entreprend de démontrer, données chiffrées à l’appui, que la description objective de son canif exclut que l’objet soit une arme – sinon « par destination », comme on dit, ce qui peut faire une arme d’un simple tournevis. Et c’est là que la Justice se rebelle : on veut lui opposer ses propres codes, c’est intolérable, un accusé n’a pas à être aussi fortiche en Droit qu’un magistrat ! La présidente, qui explose à ce seul moment, le dit expressément, elle seule est censée connaître la Loi ! Bref, l’accusé indispose, et on sent que ça va mal se terminer pour lui, simplement parce qu’il a déplu à la présidente du tribunal en piétinant ses plates-bandes. Tout comme, en 1975, Christian Ranucci, parfaitement innocent mais arrêté à la suite d’une enquête bâclée, a fini sur la guillotine parce qu’il se croyait protégé par son innocence et avait, en se défendant véhémentement, « indisposé » le président de la Cour d’Assises d’Aix-en-Provence !

Pourquoi je mets un bémol à mon appréciation du film ? Parce que, dans les deux premières parties, on assiste, pour chaque cas, à l’énoncé du verdict, mais que, pour cette affaire précise et celles de la troisième partie, on ne nous le fait pas connaître. Est-ce que par hasard on aurait encore condamné un innocent parce qu’il a déplu aux porteurs d’hermine ? Comme si c’était sans importance, on ne nous le dit même pas. De la part d’un auteur de documentaires, j’appelle ça une faute professionnelle...

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Publicité pour le tabac

Jeudi 3 juin 2004

La cigarette a bien été considérée comme un gadget de séduction, et pendant très longtemps. Voir Humphrey Bogart... Autrefois, de grandes vedettes tournaient des publicités pour le tabac. J’ai eu sous les yeux, dans une exposition consacrée à la Warner, une lettre authentique (trois pages !) et manuscrites de Bette Davis, qui engueulait Jack Warner, le patron des studios où elle travaillait. En effet, il lui avait interdit de tourner dans ce genre de publicité, et elle s’en indignait. Évidemment, il avait raison sur le plan moral, mais c’était une autre époque, et le politiquement correct ne régnait pas sur le continent américain, donc son interdiction passait alors pour un abus de pouvoir !

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Kill Bill : volume 2

Jeudi 3 juin 2004

Réalisé par Quentin Tarantino

Sorti au Canada le 16 avril 2004

Sorti en France le 17 mai 2004

Vu Kill Bill : volume 2. C’est assez ennuyeux (le film ; pas de l’avoir vu). Il y a des dialogues sans fin, dont un seul présente un intérêt, la dissertation à propos du personnage de Superman. Et une seule idée de mise en scène : un duel au sabre dans lequel les duellistes restent assis ! Mais ça ne dure que trois secondes. Autre question de durée, beaucoup de critiques se sont extasiés sur le fait que, dans la séquence où la fille est enterrée vivante, Tarantino avait « osé » un écran noir de dix minutes. Rions, l’écran reste noir une quarantaine de secondes, pas davantage. Marguerite Duras avait fait beaucoup mieux, avec Son nom de Venise dans Calcutta désert (si si ! C’était bien le titre).

Il paraît que ce film est un « hommage » au western italien. Il urgeait en effet de rendre hommage à un genre complètement tarte, qui a pollué le cinéma durant deux décennies et a, au passage, tué le véritable western... Je reste persuadé que Tarantino n’a rien à dire.

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Real movie

Jeudi 10 juin 2004
Real movie

Réalisé par Stéphane Robelin

Sorti en France le 9 juin 2004

Film français qui ne paye pas de mine, vu qu’il est tourné en vidéo, et avec des acteurs inconnus. Mais ça n’a rien d’un reportage, c’est à cent pour cent de la fiction, et le sujet est plutôt original. Désolé de ne pas avoir l’esprit aussi aigu que Peter Fondu, qui a vu dans ce titre, Real movie, un jeu de mots, puisque real signifie vrai et que reel désigne une bobine de film. D’ailleurs, une caméra numérique n’utilise pas de bobine, que je sache ! De toute façon, c’est l’histoire d’un réalisateur débutant à l’imagination très tordue, qui, voulant mystifier son meilleur ami, se trouve en fin de compte, évidemment, mystifié lui-même. Les dialogues, qui semblent improvisés, sont en fait très écrits, si on écoute bien. J’ai trouvé ce curieux film plutôt réussi.

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The ladykillers

Vendredi 11 juin 2004

Réalisé par Joel Coen et Ethan Coen

Titre original : Ladykillers

Sorti au Canada le 26 mars 2004

Sorti en France le 9 juin 2004

The ladykillers, affublé d’un titre qui n’a rien à voir avec l’histoire, m’a paru un peu mou, et pas très drôle. Le plus intéressant est le vocabulaire très grand siècle de Tom Hanks, et cette scène où il tente de persuader la pieuse dame, qui a loué sa cave à son équipe de voleurs, que leur hold-up du butin d’un casino est au fond une entreprise très chrétienne. La fin est très peu inattendue, il faut le reconnaître.

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Le rôle de sa vie

Jeudi 17 juin 2004

Réalisé par François Favrat

Sorti en France (Festival de Cannes) le 13 mai 2004

Sorti en France le 16 juin 2004

Premier long métrage d’un acteur inconnu qui n’a joué qu’un rôle minuscule dans un téléfilm. Mystères de l’accession à la réalisation pleine et entière... Lorsqu’on va voir Le rôle de sa vie, que toute la presse couvre de fleurs, on a un peu peur d’assister à un remake du très bon film de Manckiewicz, All about Eve. Car le point de départ est le même : une jeune femme obscure devient la personne de confiance d’une vedette de l’écran, puis les choses se gâtent. C’est oublier qu’heureusement, si les cinéastes d’Hollywood pillent volontiers les scénarios des films français, l’inverse est rarement vrai. Notez aussi que je parle de « très bon film », et pas de « chef-d’œuvre », à propos de All about Eve, car le scénario n’était pas inattaquable : la fille jouée par Ann Baxter était tellement plus jeune que la femme mûre jouée par Bette Davis, qu’on avait du mal à croire que la première piquait les rôles de la seconde et l’éliminait en fin de compte ! Un peu comme si on nous racontait que Ludivine Sagnier va piquer ses rôles à Jeanne Moreau...

Toujours est-il qu’avec un point de départ strictement identique, la suite n’est pas la même, et l’affrontement qui s’ensuit est beaucoup moins dramatique. En fait, Karin Viard se rend compte qu’elle s’est fourvoyée en acceptant d’être le factotum femelle et le béni-oui-oui d’Agnès Jaoui, et elle part vivre sa vie. Puis elle devient elle-même un écrivain à succès – péripétie qu’on veut venir de loin, désolé –, donc elle ne concurrence absolument pas son ex-patronne et amie. C’est le véritable point fort du scénario, cette atténuation du conflit. Hé oui, parfois, en faire moins, c’est mieux.

Les deux actrices sont très bien, malgré cette distribution bizarre : Agnès Jaoui en grande vedette du cinéma. C’est un peu tiré par les cheveux.

À noter une pub déplacée pour le cours Florent, et surtout, ultra-insistante, pour UGC au début du film. Là, on ne frise pas le ridicule, on s’y vautre.

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Le monde selon Bush

Dimanche 20 juin 2004

Réalisé par William Karel

Sorti en Belgique et en Suisse le 27 mai 2004

Sorti en France à la télévision le 18 juin 2004

Sorti en France en salles le 23 juin 2004

Si vous n’avez pas regardé Le monde selon Bush sur France 2, vous pourrez vous rattraper en allant le voir au cinéma, car il sort mercredi. C’est bourré de révélations pas piquées des vers. Par exemple, saviez-vous que le grand-père Bush, Preston, était en toute discrétion le banquier d’Hitler durant la Deuxième Guerre Mondiale ? Il dirigeait un consortium d’entreprises qui lui ont été confisquées après l’Armistice, pour cause de collaboration avec les nazis. L’une de ces entreprises faisait travailler des prisonniers d’un camp de concentration en Pologne. Et ceci : le 11 septembre 2001, au moment même où les avions percutaient les deux tours de Manhattan, une réunion des actionnaires de la firme Carlyle se tenait à l’hôtel Ritz-Carlton de Washington. Parmi les participants, quelques familiers de Bush, dont un ancien ministre de son père... et le frère d’Oussama Ben Laden, Chafik ! Le lendemain 12 septembre, alors que le survol des États-Unis était interdit, le seul avion qui a pu prendre l’air a été affrété par l’ambassadeur d’Arabie Saoudite, et il emmenait en Arabie la totalité des membres de la famille Ben Laden présents aux États-Unis. Etc. Ne ratez pas ce film.

Quant à celui de Michael Moore, il a tout simplement été interdit aux moins de 17 ans, tout comme un film porno. Si si !

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The good girl

Dimanche 27 juin 2004

Réalisé par Miguel Arteta

Sorti aux États-Unis (Festival de Sundance) le 12 janvier 2002

Sorti en France en salles le 18 juin 2003

Pour ce qui est de mon appréciation des films, ce n’est pas une erreur, j’ai bien aimé le film avec madame Pitt. Je sais que tous les fans de Friends ont détesté ça, ils ne retrouvaient pas leur chère Rachel ! Mais ce n’est pas ce que je cherchais, retrouver Rachel Green – un personnage que j’exècre. The good girl, oui, le scénario m’a plu par son côté plutôt vrai, avec cette femme mariée à un homme pas très attrayant et qui commence à en aimer un autre ; pourtant, elle reste avec son mari. C’est comme ça dans la vie. Quant à Jennifer Aniston, elle y était bonne actrice.

Profitons-en pour dire que mon opinion n’engage que moi, bien sûr. Par exemple, il y a des réalisateurs très cotés, mais dont je ne parle jamais, parce que, tout en reconnaissant (pas toujours) leur talent ou leur génie, je reste indifférent devant leurs films. Prière de ne pas sursauter : Chaplin est de ceux-là ! Je trouve Le dictateur TRÈS surfait. Mais il y a aussi Fellini, Eisenstein, Bergman, Sautet, Truffaut, Tarantino, Scorsese et quelques autres. Disons que je les laisse à ceux qui aiment.

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Chaplin

Lundi 28 juin 2004

Scorsese « mort depuis plusieurs années », l’une de mes blagues favorites, vient de ce que j’ai pris conscience de cette mort virtuelle en voyant un film composé de trois sketches, New York stories, que j’avais vu à Bouaké. C’était signé par lui-même, par Coppola et par Woody Allen. Son sketch, sur un peintre en mal d’inspiration, était complètement raté. Mais, à vrai dire, quand on a sorti la version définitive et intégrale de New York New York (tiens ! un titre à la con), c’était déjà sensible : trop long, trop banal, il n’avait rien à dire.

En ce qui concerne Le dictateur, que j’ai revu lors de sa grrrrande sortie il y a quatre ans, ça m’a semblé évident qu’on avait là un pétard mouillé. Je ne crois pas qu’on fasse une satire très virulente d’un dictateur en le montrant jongler avec un ballon représentant la Terre – séquence qui a épaté un nombre considérable de gens pétrifiés par l’admiration obligatoire. Le film est une farce, pas vraiment drôle, et l’aspect politique, en fait, n’est que du politiquement correct avant l’heure.

Pourtant, Chaplin m’a bien faire rire, une fois, dans un film où il jouait un ivrogne mondain et incorrigible : il rentrait chez lui pour constater que sa femme l’avait quitté ; à ce moment, la caméra le cadrait vu de dos et faisant face à une console chargée d’un tas de choses ; on le voyait, la tête tombant vers l’avant, le dos commençant à se voûter, et ses épaules agitées de tremblements qu’un esprit plus raffiné que le mien qualifierait de « spasmodiques ». Le spectateur croyait qu’il était en train de sangloter, mais le type se tournait peu à peu vers nous, et on constatait que ledits tremblements étaient causés par son occupation : un shaker en mains, le saligaud se préparait un cocktail pour fêter sa libération conjugale ! Là, c’était vraiment drôle et misogyne, donc ça ne pouvait que me plaire !

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Amour et amnésie

Mercredi 30 juin 2004

Réalisé par Peter Segal

Titre original : 50 first dates

Sorti au Canada et aux États-Unis le 13 février 2004

Sorti en France le 30 juin 2003

Vu Amour et amnésie. Une fille, chaque matin, se réveille amnésique. Comme elle se croit quotidiennement au jour de son anniversaire, son père et son frère doivent se taper tous les jours le gâteau à la crème, lui offrir une cassette vidéo en cadeau (Le sixième sens !), et visionner en famille ladite cassette tous les jours après le déjeuner. Et comme la fille ne se rappelle rien, elle est chaque fois épatée de « découvrir » que Bruce Willis est mort depuis le début. « Vous aviez deviné ? », demande-t-elle chaque fois. C’est le meilleur gag du film, qui manque un peu de consistance dans le scénario.

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Dernière mise à jour de cette page le dimanche 4 octobre 2015.