JPM - Films vus - Notules -  Décembre 2010

Notules - Décembre 2010

 

Plus courtes que les critiques, les notules traitent d’un ou plusieurs films, ou de sujets d’actualité en rapport avec le cinéma. Jusqu’en septembre 2004, elles provenaient de divers forums aujourd’hui disparus. Par la suite, elles s’en affranchissent et sont rédigées directement ici.

Œuvres citées : Monsters – La guerre des mondes – Buried – Mords-moi sans hésitationVampires suck – Twilight – En présence d’un clownLarmar och gör sig tillLe nom des gensInside jobDe vrais mensongesÀ bout portant – Pour elle – Nowhere boy – We are four lions – Four lionsLe président – Psychose – La Main au collet – Mais qui a tué Harry ? – L’homme qui en savait trop – Vertigo – La mort aux trousses – Le voyage du directeur des ressources humaines – Les citronniers – Le narcisse noirBlack NarcissusUn balcon sur la merAnother yearRendez-vous l’été prochainJack goes boating – Napapiirin sankarit – Very cold trip – Lappland Odyssé

Personnes citées : Gareth Edwards – Jason Friedberg – Aaron Seltzer – Bernard Achour – Ingmar Bergman – Franz Schubert – Michel Leclerc – Lionel Jospin – Christine Lagarde – Dominique Strauss-Kahn – Matt Damon – Pierre Salvadori – Nathalie Baye – Sami Bouajila – Audrey Tautou – Fred Cavayé – Brice Hortefeux – Gérard Lanvin – Roschdy Zem – Sam Taylor-Wood – Kristin Scott-Thomas – John Lennon – Paul McCartney – Thomas Sangster – Chris Morris – Yves Jeuland – Jean Gabin – Marc-Olivier Fogiel – Jean-Pierre Elkabbach – Georges Frêche – Orson Welles – François Truffaut – Eran Riklis – Michael Powell – Emeric Pressburger – Sabu – Deborah Kerr – Nicole Garcia – Jean Dujardin – Sandrine Kiberlain – Michel Aumont – Mike Leigh – Alfred Hitchcock – Philip Seymour Hoffman – Robert DeNiro – Mike Leigh

Monsters

Vu le jeudi 25 novembre 2010 - Sorti le mercredi 1er décembre 2010

Réalisé par Gareth Edwards

Sorti en Écosse (Festival d’Édimbourg) le 18 juin 2010

Sorti en France le 1er décembre 2010

Petit film réalisé pour seulement deux cent mille dollars, en extérieurs, aux États-Unis (un peu) et en Amérique Centrale. C’est La guerre des mondes en plus intelligent et beaucoup plus réaliste. Parce que, six ans auparavant, une sonde de la NASA s’est écrasée dans la jungle du Mexique en y libérant des particules contaminées venues de l’espace, une large zone entre le Mexique et les États-Unis s’est peuplée de monstres extraterrestres, sorte de poulpes géants capables de se mouvoir sur terre et dans les airs. Ladite zone est devenue interdite, et surveillée par l’armée. Quant aux populations vivant au sud de la zone interdite, après avoir tenté d’émigrer aux États-unis, elles sont désormais bloquées. Mais une riche touriste, fille d’un puissant propriétaire de journaux états-uniens, doit regagner son pays, et elle est escortée par un photographe de presse un peu cynique mais au fond brave type. Ils réussiront à traverser la zone interdite, découvriront que les extraterrestres ne sont pas si méchants que cela, qu’eux-mêmes ont commencé à s’aimer, et ils seront pris en charge par l’armée lorsqu’il s’agira de les mettre à l’abri. Le film s’arrête là.

Le réalisateur a écrit le scénario, produit le film et tenu la caméra. Il a aussi fabriqué les nombreux trucages visuels (les décors, gigantesques, font très vrai), et a parfaitement réussi le projet de faire le film de monstres « le plus réaliste jamais réalisé ». Au demeurant, rien de gore, rien de repoussant, rien d’effrayant, rien de racoleur. Pas de chute, pas de mièvrerie, pas de message d’espoir non plus. Les deux acteurs principaux sont les seuls professionnels, et ils ont beaucoup improvisé leurs dialogues. Quant à l’équipe technique, elle est réduite à six personnes, le réalisateur compris ! Du jamais vu.

Mais, pour ne pas changer, comme il l’avait fait pour Buried, « Le Canard enchaîné » juge qu’il est « inutile de se déranger » pour le film... alors que les deux ou trois films français qui sortent chaque semaine (pas étonnant, le CNC ne peut subventionner que ceux-là), presque toujours exécrables, sont estimés « à voir ». Au fond, « Le Canard » est utile : il suffit de prendre le contre-pied de ses avis !

En bref : à voir.Haut de la page

Mords-moi sans hésitation

Jeudi 2 décembre 2010

Réalisé par Jason Friedberg et Aaron Seltzer

Titre original : Vampires suck

Sorti au Canada, en Suède, aux États-Unis et en Indonésie le 18 août 2010

Sorti en France le 24 novembre 2010

Le film assume son état de parodie, qui prend pour cible la ridicule « saga » Twilight. Les personnages s’efforcent par conséquent de ressembler physiquement à leurs modèles présumés, et c’est assez réussi. Pour ce qui est des péripéties, nous sommes en pleine farce, et le seul inconvénient du film est d’accumuler les allusions à des personnages qu’on ne connaît pas, ou peu, en dehors des États-Unis. Si bien que la seule réplique qui m’a fait rire, c’est une allusion aux Jonas Brothers, un trio de jeunes chanteurs mâles ayant décidé de rester vierges jusqu’au mariage – lubie propre aux États-Unis.

Le titre original ne signifie pas « Les vampires sucent », bien que leur goût pour le sang devrait les y inciter, mais « Les vampires sont nuls », et c’est bien ce que tout le monde pense.

En bref : à voir à la rigueur.Haut de la page

Souriez ! Prise de clichés

Jeudi 2 décembre 2010

Je ne cache pas ma passion pour la chasse aux clichés, dans tous les domaines. Et la critique (ou la publicité) des films est une mine qu’on aurait tort de ne pas exploiter, tant elle est riche.

Ainsi, chaque mois, je me jette sur le dernier numéro d’« Illimité », le journal publicitaire gratuit des salles de cinéma UGC. Selon moi, on devrait le faire payer aux spectateurs, tant il est divertissant. Certes, on n’apprend pas grand-chose sur la réelle valeur des films annoncés pour le mois, car le préposé (unique) à la rédaction des articles s’interdit toute réserve, tant il est vrai qu’un ex-critique de cinéma, lorsqu’il tourne sa veste et passe au maniement de la brosse à reluire, peut faire œuvre de virtuose. Celui dont je parle et que j’ai déjà nommé précédemment s’appelle Bernard Achour, et, sous le pseudo de Peter Fondu, il officiait quotidiennement et avec quelque originalité, naguère, sur la petite radio parisienne Ouï-FM, avant d’être congédié par le nouveau propriétaire, un certain Arthur, que vous connaissez sans doute.

Ainsi, chaque mois, Bernard Achour nous régale de sa prose inlassablement truffée de pépites que j’hésite à qualifier d’incontournables, car j’ai ma fierté. Et comme je ne veux pas vous lasser, je vais me contenter de citer les pages 6 et 7 de l’opuscule du mois, qui en compte quarante-huit, c’est dire si je pourrais facilement forcer la dose. Ces deux pages en vis-à-vis sont celles où figurent le sommaire du journal et la présentation des cinq films considérés comme les plus importants de la période.

Ce mois-ci, j’ai donc relevé sur ces deux pages, d’ailleurs pauvres en texte puisqu’elles sont essentiellement occupées par des photos, ce qui suit et que je vous offre en guise de cadeau de Noël :

- le dessin animé incontournable de vos fêtes de fin d’année

- X voit sa vie basculer

- un thriller psychologique palpitant

- X et Y forment forment le trio de charme de ce thriller (un trio de DEUX personnes, je suis haletant)

- thriller d’espionnage mené de main de maître

- le réalisateur prodige de...

- un thriller digne des meilleurs films d’action hollywoodiens

- caméra dopée à l’adrénaline

On aura remarqué la prédilection pour le terme thriller, qui devrait désigner uniquement les films qui font frissonner, mais qu’on applique aujourd’hui à n’importe quoi !

Un jour, si j’en trouve le courage, je vous reproduirai la totalité des clichés d’un numéro. Travail d’Hercule, sans doute.

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En présence d’un clown

Vendredi 3 décembre 2010

Réalisé par Ingmar Bergman

Titre original : Larmar och gör sig till

Sorti en Suède le 1er novembre 1997

Sorti en France le 3 novembre 2010

À la fin de sa vie, Bergman ne travaillait plus que pour la télévision. Le film est donc en fait un téléfilm de 1997, uniquement montré, hors de Suède, dans des festivals. Comme toujours, Bergman est sinistre, et réduit sa mise en scène à des gros plans de personnages qui parlent. Ici, en 1925, un malade mental, par ailleurs ingénieur et admirateur de Schubert, et interné à Uppsala pour avoir battu à mort sa maîtresse, veut à la fois inventer le cinéma parlant et mettre en scène les derniers jours de son compositeur préféré, en y mêlant une histoire d’amour conclue par un suicide.

On voit que tout cela est extrêmement joyeux. Mais le plus grave est que Bergman ne se donne guère de mal pour mettre en scène son histoire. Il faudra, quelque jour, qu’on remette en question sa réputation de grand maître du cinéma. En attendant, la critique ayant pignon sur rue a poussé des cris d’admiration. Mais le public ne se bouscule pas, et nous étions moins d’une dizaine de spectateurs dans une salle qui peut en contenir trois cents.

Notons que le titre n’a aucun rapport avec l’histoire. Mais cela, c’est banal.

En bref : inutile de se déranger.Haut de la page

Le nom des gens

Mardi 7 décembre 2010

Réalisé par Michel Leclerc

Sorti en France (Festival de Cannes) le 13 mai 2010

Sorti en France le 24 novembre 2010

Qu’un réalisateur nommé Michel Leclerc donne à son personnage principal de nom d’Arthur Martin, quoi de plus naturel ? Mais comme une partie de la publicité faite pour lancer ce film tourne presque uniquement autour de ce détail (et de Lionel Jospin), parlons d’autre chose.

Ce film est délicieux. C’est d’autant plus surprenant qu’il est français, et que le cinéma français est dans le trente-sixième dessous, sur le plan de l’inspiration et du scénario. Or celui-ci réussit l’exploit, totalement inédit chez nous, d’être à la fois une comédie réussie (on rit constamment) et un film militant ouvertement, à la fois contre toutes les formes de racisme, et contre l’horripilante manie de la victimisation. Pour dire les choses simplement, être un descendant des victimes de la Shoah ou de la guerre d’Algérie ne vous donne aucun droit, et surtout pas celui de culpabiliser les autres : seules les victimes, qui ne sont plus là, auraient ce droit.

Ce double thème pourrait servir de prétexte à un horrible drame sur lequel reposerait un de ces prêchis-prêchas auxquels nous sommes habitués ; or il donne naissance à une comédie délirante, reposant sur un concept original : celui de la conversion politique par le biais de l’amour ! En clair, l’héroïne exubérante de cette histoire couche avec ses adversaires politiques (de droite, et tous qualifiés de « fachos ») en vue de les convertir à une vision de gauche. C’est d’ailleurs moyennement efficace, selon la cible : « Avec un type du FN, il faut bien une dizaine de jours. Avec un fan de Bayrou, c’est plié en un après-midi ! ». Et ça rate avec un extrémiste musulman : la conversion se fait à l’envers, au moins lors du premier essai !

Les acteurs font l’effort de prononcer correctement les noms arabes. C’est rarissime. La plupart du temps, on croit que le « h » est une lettre muette, ce qui est loin d’être vrai. D’où les prononciations « à la française » – et ridicules – de noms comme Ahmed, Mohammed ou Hassan. Pour ne rien de dire de « Mahomet », un prénom qui n’existe pas (c’est Mohammed, évidemment).

En bref : à voir absolument.Haut de la page

Inside job

Mercredi 8 décembre 2010

Réalisé par Charles Ferguson

Sorti en Belgique le 2 février 2010

Sorti en France (Festival de Cannes) le 16 mai 2010

Sorti en France le 17 novembre 2010

Ce n’est que le cinquième film qui porte ce titre ! Bravo.

Une analyse de la crise financière mondiale, causée par l’irresponsabilité des banques et des dirigeants états-uniens. Par exemple, cette dérégulation qui a fait que, désormais, dans la finance, c’est chacun pour soi et tant pis pour les autres – traduisez : pour les pauvres.

La démonstration est claire et sans indulgence. Elle est faite essentiellement d’interviews de personnages qui comptent, au nombre desquels on ne trouve que deux Français, Christine Lagarde et Dominique Strauss-Kahn. Questions à la première : « Comment avez-vous appris la faillite de Lehman Brothers ? ». Réponse : « After the fact » (Après coup). Et « Quelle a été votre réaction ? ». Réponse : « Holy cow! » (Oh la vache !). Elle devrait parler plus souvent de cette façon, Cri-Cri, quand elle vient montrer son frais minois chez Denisot.

Une remarque que personne ne fera nulle part, alors profitez-en : neuf fois dans le commentaire (huit fois dans les intertitres et une dans le commentaire oral dit par Matt Damon), on nous dit que le personnage vu à ce moment sur l’écran « declined to be interviewed for this film ». Traduction exacte : il a REFUSÉ d’être interviewé. Oui, mais les sous-titres, chaque fois, traduisent par « M. ou Mme X. n’a PAS SOUHAITÉ être interviewé ». Cette manie horripilante, depuis quelques années, sévit à la radio, à la télévision et dans les journaux. On comprend bien pourquoi les journalistes français, qui ne veulent pas se brouiller avec leurs interlocuteurs putatifs, atténuent leur refus en « non souhait » – notion étrange, et inconnue à l’étranger. Mais dans le cas des sous-titreurs de film, cette crainte est totalement injustifiée, car ils ne sont pas journalistes et n’ont aucun contact avec les personnages vus à l’écran. Pourquoi cette contagion de la lâcheté ?

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De vrais mensonges

Jeudi 9 décembre 2010

Réalisé par Pierre Salvadori

Sorti en Suisse romande le 24 novembre 2010

Sorti en France le 8 décembre 2010

Une lettre d’amour anonyme d’un employé à sa patronne est détournée sciemment par celle-ci afin de remonter le moral de sa mère. Il s’ensuit une chaîne de quiproquos pas toujours vraisemblables, lesquels provoquent un certain essoufflement dès le premier tiers du récit.

Nathalie Baye fait un numéro efficace, Sami Bouajila reste l’acteur solide qu’on connaît (mais comment fait-il pour paraître à l’écran beaucoup plus jeune que dans la vie, où il est franchement grisonnant ? Le maquilleur court après son César ?), seule Audrey Tautou rate un peu sa prestation, dans un rôle qu’elle ne parvient pas à rendre subtil. Elle devrait se borner à faire de la pub pour les parfums de luxe.

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À bout portant

Vendredi 10 décembre 2010

Réalisé par Fred Cavayé

Sorti à la Réunion le 4 novembre 2010

Sorti en France le 1er décembre 2010

Fred Cavayé avait fait un film passable en 2008, Pour elle, qui vient d’ailleurs de donner lieu à un remake hollywoodien sorti cette semaine. Mais cette fois, le pire est atteint, tant dans le scénario que dans la réalisation. Jugez-en : une fois de plus, le méchant est le policier de haut grade chargé d’enquêter sur l’affaire ! Le citoyen français va finir par douter de sa police, en dépit des efforts du valeureux Brice Hortefeux. Gérard Lanvin passe pour être un peu moins bête que la moyenne, comment a-t-il pu accepter de jouer ce personnage ?

On suit d’un œil morne des gens qui courent, dans la rue, dans le métro, et qui se tirent dessus à qui mieux mieux. Une femme policier est invitée par son chef à tuer un otage, une femme enceinte, en la jetant par la fenêtre des toilettes du commissariat. Et Roschdy Zem, blessé au ventre et à deux doigts de la mort, extrait malgré lui de l’hôpital où il agonisait, cavale dès lors dans tous les sens et casse la gueule à tout le monde. Tout cela, souvent filmé en caméra portée, sur une musique riche en percussions, pour que nous comprenions bien que c’est un film d’action. Inepte.

Quant aux multiples erreurs de scénario et de réalisation dont le film est truffé, voir cette page. Elle est écrite avec les pieds, mais cela tombe bien, le film aussi.

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Nowhere boy

Lundi 13 décembre 2010

Réalisé par Sam Taylor-Wood

Sorti au Royaume-Uni le 29 novembre 2009

Sorti en France le 8 décembre 2010

J’ai vu ce film involontairement, pour m’être trompé de salle (je confonds souvent la 13 et la 15). L’aurais-je raté que je n’aurais pas perdu grand-chose. La première moitié du film est acceptable, mais dès que les drames familiaux commencent, comme on a vu cela cent fois, on s’ennuie.

L’acteur est inconnu, mais plutôt bon. Kristin Scott-Thomas interprète la tante de John Lennon, et Paul McCartney est joué par l’éternellement jeune Thomas Sangster, qui se fait appeler ici Thomas Brodie Sangster, allez savoir pourquoi.

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We are four lions

Jeudi 16 décembre 2010

Réalisé par Chris Morris

Titre original : Four lions

Sorti aux États-Unis (Festival de Sundance) le 23 janvier 2009

Sorti en France le 8 décembre 2010

Un nouveau Titre À La Con, puisque les distributeurs français ont cru indispensable d’ajouter à celui d’origine un « We are » sans lequel, etc.

À vrai dire, ce film britannique sur des terroristes évidemment islamistes mais amateurs est un parfait contre-exemple de la perfection scénaristique, technique et dramatique (au sens de l’interprétation) à laquelle nos chers ennemis héréditaires nous ont habitués. Ici, tout est niais, plat, mal fichu, stupide et pas drôle. Pour achever de saboter cette entreprise, on a tout filmé en caméra portée, et l’appareil gigote sans une seconde de répit pour les yeux du malheureux spectateur.

Il faut attendre le générique de fin pour avoir enfin une notation qui fasse un peu sourire, mais que personne ne voit puisque le public fiche habituellement le camp dès la dernière image : le traditionnel avertissement bien-pensant sur les animaux qui n’ont pas été molestés est remplacé par « Un mouton a explosé durant le tournage de ce film ». C’est maigre.

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Le président

Mardi 21 décembre 2010

Réalisé par Yves Jeuland

Sorti en France le 15 décembre 2010

Aucun de mes chers confrères critiques – et si je me trompe, prière de me le faire savoir, preuve à l’appui –, tous bardés de culture et futés comme Ulysse, ne s’est avisé que ce documentaire sans commentaire, et qui n’a rien à voir avec un vieux navet où Gabin tenait la vedette, mettait en lumière un homme qui, par sa stature de géant, par sa faconde, par son talent de séduire et de retourner en quelques secondes une petite teigne comme Fogiel ou une vieille baderne comme Elkabbach, par son aptitude à mentir sans vergogne et sans jamais se faire prendre – voir cette histoire totalement inventée qu’il a racontée dans tous ses meetings, de son grand-père âgé de 17 ans et se rendant pieds nus à Toulouse, sabots sur l’épaule, pour s’engager dans l’armée afin d’échapper à la misère, alors que ledit grand-père avait fait fortune en vendant un terrain aux chemins de fer –, que ce politique idolâtré dans sa région mais calomnié dans son propre parti, et qui a ratatiné aux dernières élections la candidate dudit parti, lui ramassant 55 % des voix et elle... 7 %, que ce chef, en un mot, qui faisait apparaître tous ses adversaires, en comparaison, comme des minus, que Georges Frêche, en somme, c’était Orson Welles.

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« Soixante-dix caméras », et un raton-laveur

Mercredi 22 décembre 2010

Vu aujourd’hui à la FNAC une nouvelle édition du DVD de Psychose, le chef-d’œuvre d’Alfred Hitchcock. Comme chaque fois que je tombe sur un DVD d’un film d’Hitchcock, je vérifie au dos du boitier les indications techniques, et je suis rarement déçu par les procédés de marchands de soupe des éditeurs : les films célèbres du maître ne sont JAMAIS vendus dans le bon format. Ainsi, pour celui-ci, le format d’image indiqué est le 1,85/1. Or jamais Hitchcock (pas plus qu’Orson Welles d’ailleurs) n’a utilisé l’écran large. Au mieux, et quand il travaillait pour la Paramont, a-t-il employé le procédé VistaVision, un truc assez ingénieux pour lequel la pellicule défilait horizontalement dans une caméra d’un modèle spécial, permettant ainsi d’impressionner une surface à peu près double de la surface habituelle, ce qui autorisait une meilleure définition. Le film était ensuite projeté sur un écran un peu élargi, au format 1,50/1, et souvent, hélas, après report sur une pellicule au format normal, car les projecteurs VistaVision étaient très rares, si bien que l’avantage acquis était perdu. Hitchcock n’a utilisé que cinq fois ce procédé, pour La main au collet et Mais qui a tué Harry ? en 1955, pour L’homme qui en savait trop en 1956, pour Vertigo et La mort aux trousses en 1958. Voir la fiche de la VistaVision sur Wikipedia.

 

VistaVision

 

(Ce schéma de Max Smith est approximatif et ne respecte pas les proportions.

Celle ci-dessous, imaginée – manque la piste sonore ! – d’après Vertigo, est plus correcte)

 

Vertigo en VistaVision

 

Autre indication au dos du boitier : selon son rédacteur, la fameuse scène du meurtre sous la douche a réclamé une semaine de tournage, ce que je crois volontiers et qui a été confirmé par le réalisateur lui-même ; mais on ajoute qu’elle a nécessité... soixante-dix caméras ! Pourquoi pas sept cents ? Dire que certains, qui liront cette énormité n’ayant pu naître que dans l’esprit d’un novice, vont la prendre pour argent comptant et la répéter afin de paraître renseignés !

Comme je me doutais que cette idiotie avait sa source dans la monumentale interview d’Hitchcock à Truffaut, j’ai fait la recherche qui s’imposait. Hitchcock raconte que, voulant s’« amuser en faisant une expérience », il a réalisé Psychose pour seulement huit cent mille dollars, avec une petite équipe de télévision, afin de tourner rapidement et à peu de frais. Et il donne des détails sur la fameuse séquence (page 212 dans la première édition chez Robert Laffont, en 1966 ; page 235 dans la deuxième édition chez Ramsay, en 1983 ; aussi page 235 dans la troisième édition chez Gallimard, en 1993). Selon lui, il y a eu, pour quarante-cinq secondes de film, soixante-dix positions différentes de la caméra – la seule caméra, car la préparation avant le tournage était minutieuse, tout était dessiné (sur un story-board), le montage était prévu dès la préparation, et on faisait peu de prises. Enfin cette scène était le contraire d’une scène à grand spectacle comme on en fait en extérieurs : intimiste, elle ne nécessitait nullement une foule d’appareils de prise de vues...

Mais le public auquel les DVD sont vendus n’est pas pris pour un ramassis de demeurés, décidément...

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Le voyage du directeur des ressources humaines

Jeudi 23 décembre 2010

Réalisé par Eran Riklis

Titre original : The human resources manager

Sorti en Suisse (Festival de Locarno) le 10 août 2009

Sorti en France le 10 novembre 2010

D’Eran Riklis, je ne connaissais que Les citronniers, film passable sur les abus de pouvoir en Israël. Ce nouveau film est très en-dessous, car, sous couleur de raconter une histoire qui se voudrait humaniste, c’est en fait un film très artificiel, où, après un début passable en Israël, les évènements situés en Roumanie s’accumulent par la seule volonté du scénariste, et sans la moindre nécessité. Jugez-en : à Jérusalem, une boulangerie industrielle employait une femme venue d’Europe de l’Est ; or son supérieur hiérarchique l’a licenciée « parce qu’elle était ingénieur », donc sous-employée, et qu’il était amoureux d’elle (admirez la cohérence). Or cette femme a été tuée dans un attentat, et un journal a publié un article vachard sur sa condition de « travailleuse abandonnée par son entreprise capitaliste et avide ». Pour rattraper le coup, la patronne de la boulangerie oblige son directeur du personnel à rapatrier le corps dans le pays d’origine de la jeune femme pour l’y enterrer dignement. Il s’y rend, voyez la vraisemblance, avec le journaliste qui l’a cloué au pilori. Hélas, sur place, il ne trouve que le fils de quatorze ans de la défunte, lequel, mineur, ne peut signer l’autorisation d’inhumer. Le fils réclame sa grand-mère, mais elle habite à mille kilomètres de là. On décide de s’y rendre avec le cercueil, mais la voiture, un tacot plus que délabré, tombe en panne. Heureusement, dans le village où ils sont bloqués, le trio DRH-journaliste-fils trouve un véhicule tout terrains de l’armée, et ils continuent ainsi. Mais, le DRH tombe malade, et ainsi de suite...

Cette accumulation de faits saugrenus fait rapidement perdre au film tout l’intérêt qu’il aurait pu avoir si cette histoire avait été écrite sérieusement. Je ne dis pas que son auteur a voulu faire rire. Même pas, on ne rit jamais.

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Le narcisse noir

Lundi 27 décembre 2010

Réalisé par Michael Powell et Emeric Pressburger

Titre original : Black Narcissus

Sorti au Royaume-Uni le 24 avril 1947

Sorti en France le 20 juillet 1949, ressorti le 7 novembre 1998

Le titre désigne un parfum de luxe acheté à Londres par le personnage que joue Sabu, tout au long désigné comme « le jeune général », bien qu’il soit toujours vêtu comme un prince dandy, ne commande aucune troupe et ambitionne uniquement d’aller étudier au monastère, avec les enfants et les jeunes filles.

Et puis, en mère supérieure provisoire, il y a Deborah Kerr, dont jamais, de toute sa vie, un cheveu ne se rebella, pas même ici, dans cette scène où la méchante religieuse, devenue folle, tente de la tuer en la précipitant dans le précipice et où elle est suspendue à la corde d’une cloche. Évidemment, c’est la méchante sœur qui, après avoir essayé de desserrer ses doigts un à un, tombe dans le vide...

Disons que ce film, très louangé par la critique, repose sur une histoire assez stupide et farcie de religiosité, et qu’il tient uniquement par sa réalisation classique et la beauté de ses couleurs. Si ce monastère, situé au sommet d’une montagne battue par les vents (il n’existe pas, tout a été fait en studio à Londres), n’est guère engageant, la vallée à ses pieds est un paradis, et le Technicolor en fait une splendeur.

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Un balcon sur la mer

Mardi 28 décembre 2010

Réalisé par Nicole Garcia

Sorti en France le 15 décembre 2010

Comme depuis longtemps je n’attends plus rien de Nicole Garcia, qui ne cesse de descendre de film en film, je confesse n’être allé voir celui-ci (qui ne comporte aucun balcon et où l’on voit assez peu la mer) que pour vérifier s’il avait bien été tourné à Oran, ville que je connais suffisamment pour y avoir habité pendant quatre mois. Et en effet, quelques plans fixes en ouverture montrent le port, la montagne de Santa Cruz, la façade du théâtre municipal, la rade de Mers-el-Kebir et les lions de bronze de la mairie, plus, en plongée, un beau plan avec Jean Dujardin visitant le monastère. Mais on se doute bien que les plans d’action en ville ont été, comme toujours, réalisés au Maroc – ce que confirme le générique de fin.

Le côté nostalgique ayant intéressé la réalisatrice est hélas noyé par une histoire sans le moindre intérêt, où le héros, agent immobilier à Aix, qui a cru reconnaître en une cliente cette petite voisine d’Oran dont il était naguère amoureux (mais il se trompe et elle le trompe, c’était une autre femme), se trouve emberlificoté dans une sombre affaire où la fille sert de prête-nom provisoire à des aigrefins, sans doute mafiosi, à l’instigation de son amant. Tout cela manque terriblement à la fois de conviction de la part de la réalisatrice, et d’intérêt pour le spectateur.

Reste les vues du Midi, notamment de Nice. La pauvre Sandrine Kiberlain, visiblement en perte de vitesse, joue les utilités. Michel Aumont aussi, mais lui a de la présence.

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Another year

Jeudi 30 décembre 2010

Réalisé par Mike Leigh

Sorti en France (Festival de Cannes) le 15 mai 2010

Sorti en France le 22 décembre 2010

Souvent, vous entendrez dire, par les critiques professionnels, que prétendre qu’un film est ennuyeux, ce n’est pas faire une critique valable. Je comprends mal pourquoi. Dire cela, c’est du terrorisme intellectuel. J’ai pour moi, je crois, pas mal de cinéastes professionnels, à commencer par Hitchcock, et qui considèrent qu’ennuyer le public, c’est de l’incompétence. Le cher Hitch disait même qu’il ne filmait « pas une tranche de vie, mais une tranche de gâteau ».

En foi de quoi, on a parfaitement le droit d’écrire que Mike Leigh est un casse-pieds de première grandeur ; qu’il faut attendre le milieu de son film, soit plus d’une heure, avant de voir le commencement d’une esquisse de semblant d’intrigue (l’amie du couple ayant des vues sur leur fils de trente ans, mais qui se voit déçue à mort quand ledit ramène à la maison sa nouvelle petite amie, avec des projets de mariage plein sa besace) ; et que la scène la plus distrayante de son film est celle des obsèques de la belle-sœur. C’est dire...

Et l’on s’étonne que le film n’ait eu aucun prix à Cannes !

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Rendez-vous l’été prochain

Vendredi 31 décembre 2010

Réalisé par Philip Seymour Hoffman

Titre original : Jack goes boating

Sorti aux États-Unis (Festival de Sundance) le 23 janvier 2010

Sorti en France le 29 décembre 2010

Je ne serais pas allé voir ce film bien-pensant (il est sorti au festival de Sundance !) si son réalisateur n’avait pas été Philip Seymour Hoffman, le plus grand acteur de composition des États-Unis (DeNiro est largué depuis longtemps). Histoire simple et simplement racontée d’un brave type chauffeur de taxi qui rencontre une fille plutôt frigide et qui, après avoir appris à nager pour ses beaux yeux, tente de briser la glace au cours d’un dîner qu’il a voulu préparer lui-même. On se doute bien que la soirée va tourner au désastre, parce que ses amis les plus proches, un collègue et la compagne de celui-ci, trop zélés, trop attentionnés, lui ont fait oublier le repas dans le four ! Tout est grillé, et son projet carbonisé. De plus, l’ami lui a fait un énorme mensonge sur le passé de sa dulcinée.

Mais tout s’arrange à l’épilogue, où, conformément au titre, Jack va faire du bateau avec la fille qu’il aime. Cette histoire est visiblement tirée d’une pièce de théâtre, mais la chaleur humaine qu’elle dégage fait oublier ce léger handicap. Et nous sommes loin de la sinistrose de chez Mike Leigh.

En bref : à voir.Haut de la page

An other Titre À La Con

Vendredi 31 décembre 2010

N’avais-je pas prédit que la mode des titres faussement anglais que les distributeurs français attribuent aux films étrangers continuerait de plus belle ? On sait que ces zozos n’ont en magasin qu’une petite dizaine de mots anglais dont ils supposent que les Français les connaissent, à l’exclusion de tout autre : trip, cop, bad, good, town, killer, war, city, life et love. En foi de quoi, histoire de rameuter le chaland vers leurs mangeoires, ils fabriquent de faux titres anglais, même si le film est déjà pourvu d’un titre dans cette langue. Je ne vous rappelle pas les exemples qui ont abondé dans ces pages, vu que si vous savez lire, vous savez relire, mais je vous annonce la prochaine victime. Il s’agit d’un film finlandais (si-si !), intitulé Napapiirin sankarit, mais qui va sortir chez nous le 9 février 2011 sous le titre de... Very cold trip. Avec ce passeport, il peut entrer en France dans un fauteuil.

Notez qu’en finnois, Napapiirin sankarit signifie « Héros du cercle polaire arctique », et que les Finlandais eux-mêmes se sont contentés du titre... suédois, Lappland Odyssé (« Odyssée en Laponie »). Ces Finlandais, quels incultes !

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