JPM - Films vus - Notules - Avril 2008

Notules - Avril 2008

 

Plus courtes que les critiques, les notules traitent d’un ou plusieurs films, ou de sujets d’actualité en rapport avec le cinéma. Jusqu’en septembre 2004, elles provenaient de divers forums aujourd’hui disparus. Par la suite, elles s’en affranchissent et sont rédigées directement ici.

Œuvres citées (en italiques, autre que des films) : Un cœur simple – Les témoins – 3 heures 10 pour Yuma (2007) – 3 heures 10 pour Yuma (1957) – Mataharis – Land and freedom – Les seigneurs de la mer – Les dents de la mer – DésengagementDisangagementLady JanePasse-passe – L’homme de Rio – Deux sœurs pour un roiThe other Boleyn girl – Raisons d’État – RecThe shieldSix feet under – Cloverfield – Quarantine – Les citronniers – Vertigo – Starko !Jeux de dupes – Leatherheads – Cash

Personnes citées : Marion Laine – Gustave Flaubert – Johan Libéreau – André Téchiné – Delmer Daves – Van Heflin – Glenn Ford – Christian Bale – Russell Crowe – Logan Lerman – Mata-Hari – Icíar Bollaín – Ken Loach – Rob Stewart – Richard Dreyfuss – Michael Moore – Juliette Binoche – Jeanne Moreau – Amos Gitai – Robert Guédiguian – Ariane Ascaride – Jean-Pierre Darroussin – Gérard Meylan – Yann Trégouët – Christine Deviers-Joncour – Roland Dumas – Tonie Marshall – Nathalie Baye – Françoise Dorléac – Justin Chadwick – Henry VIII – Eddie Redmayne – Elizabeth Ire – Matt Damon – Robert de Niro – Natalie Portman – Scarlett Johansson – Eric Bana – Kristin Scott Thomas – Mary Boleyn – Anne Boleyn – Catherine d’Aragon – Louis XIV – Jaume Balagueró – Paco Plaza – Luis Berdejo – George Romero – Jay Hernandez – Karl Zéro – Daisy d’Errata – Michel Guidoni – Jean-Marie Le Pen – Jacques Chirac – Nicolas Sarkozy – George Clooney – Renée Zellweger – Jean-Daniel Cadinot – Jean Reno

Un cœur simple

Mardi 1er avril 2008

Réalisé par Marion Laine

Sorti en France le 26 mars 2008

D’après un conte de Flaubert, l’histoire d’une humble domestique, Félicité. Abandonnée par son fiancé, elle entre au service d’une bourgeoise normande, madame Aubain, veuve avec deux enfants. La patronne est froide et revêche, et voit d’un mauvais œil que sa domestique s’attache aux enfants, qu’elle-même traite avec indifférence. Puis les enfants sont mis en pension et grandissent. Mais la fille meurt, ainsi que Victor, le neveu bien-aimé de Félicité (joué par Johan Libéreau, la vedette du film de Téchiné Les témoins).

C’est filmé à hauteur humaine, tout est dans les dialogues et le jeu des acteurs, observés avec attention. Évidemment ce n’est pas la grosse poilade du style « Mon curé chez les Ch’tis nudistes ».

Le son est très bon. Je ne ferai de réserve que sur une scène inutile d’égorgement de cochon, et sur la musique, au violoncelle, et lugubre : là, c’est en rajouter.

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3 heures 10 pour Yuma

Jeudi 3 avril 2008

Réalisé par James Mangold

Titre original ; 3:10 to Yuma

Sorti aux États-Unis le 21 août 2007

Sorti en France le 26 mars 2008

Remake du film de Delmer Daves, qui datait de 1957, avec Van Heflin et Glenn Ford. Cette fois ce sont Christian Bale et Russell Crowe qui s’affrontent. L’argument est connu d’avance, le premier doit conduire le second, hors-la-loi susceptible d’être pendu, au train qui l’emmènera en ville pour y être jugé. Inutile de préciser que le parcours n’est pas de tout repos, sinon il n’y aurait pas de film !

À l’instar de la plupart des remakes, le film est inférieur à l’original. Cette fois, les causes de l’échec sont évidentes : on a tout filmé en gros plans et en caméra portée, qui tremble dans arrêt, de sorte qu’on ne voit jamais très clairement qui fait quoi ; et surtout, le scénario est gluant de ce faux humanisme lubrifiant qui tente aujourd’hui de tout faire passer, voyez plutôt les pubs (par exemple ces marques de bagnole, qui se vantent de produire peu de gaz carbonique, et vont donc, c’est juré, « préserver l’environnement »...). La fin déverse par conséquent du bon sentiment à la louche, et, tout comme autrefois on avait la pute au grand cœur, on a ici le gangster au grand cœur : Ben Wade, le bandit en instance d’être jugé, plutôt intelligent et artiste (il dessine des oiseaux, sans doute pour évoquer François d’Assise), s’est pris de compassion pour Will (joué par Logan Lerman), le fils de 14 ans de Dan, son geolier itinérant – un brave fermier qui a la particularité d’être unijambiste. Si bien que, lorsque Dan est attaqué puis blessé mortellement par tous les membres de sa bande à lui, au lieu d’en profiter pour s’échapper... il les abat l’un après l’autre, et grimpe tout seul dans le train, sans y être contraint, pour faire croire au garçon que son père a gagné. Ne soyons pas naïfs, lorsque le train s’est un peu éloigné, il siffle son cheval et redescend du train (il a l’ouïe fine, ce canasson), mais que ne ferait-on pas pour préserver l’image du père auprès d’un orphelin ?

C’est d’une rare stupidité, le cinéaste n’a pas dû rencontrer beaucoup de truands, mais le cinéma du moment est ainsi : de la bien-pensance avant toute chose.

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Mataharis

Mardi 8 avril 2008

Réalisé par Icíar Bollain

Sorti en Espagne (Festival de San Sebastián) le 20 septembre 2007

Sorti en France le 2 avril 2008

La célèbre espionne Mata-Hari n’apparaît qu’en photo : l’une des filles du film l’a affichée au-dessus de son bureau. En fait, nous sommes dans une agence madrilène de détectives. Le patron est un homme, désagréable et macho, mais tous les détectives sont des filles.

Les enquêtes auxquelles elles se livrent ne sont pas l’essentiel du récit, qui montre surtout les répercussions que leur travail peut avoir sur leur vie personnelle. C’est simple et plutôt intéressant, notamment l’histoire de cette femme qui découvre que son mari a eu, sans le savoir, un enfant avec une autre femme. Il lui faudra bien du temps pour s’habituer au fait que le père aime cet enfant qu’il ne connaissait pas si peu de temps auparavant.

Le film est espagnol, joué par des acteurs inconnus chez nous. La réalisatrice et auteur du scénario, Icíar Bollaín, est une actrice qui a joué en 1995 pour Ken Loach, dans Land and freedom. C’est sa huitième réalisation.

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Les seigneurs de la mer

Jeudi 10 avril 2008

Réalisé par Rob Stewart

Titre original : Sharkwater

Sorti au Canada (Festival de Toronto) le 11 septembre 2006

Sorti en France le 9 avril 2008

– Hé oui, j’aime les requins, avouait Richard Dreyfuss dans Les dents de la mer. Le Canadien Rob Stewart, beau garçon intelligent, partage cette passion, et réalise ici un film militant, dont il est aussi le scénariste, le producteur, le directeur de la photo et le monteur !

Comme pour tous les films militants, on doit en prendre et en laisser, on n’est donc pas obligé de croire que tous les requins sont gentils, craintifs, et fuient l’homme. Ni que les blessures qu’ils infligent sont à ce point superficielles. Ni de prendre très au sérieux le slogan du film : « Vous risquez davantage d’être tué par un distributeur de boissons que par un requin » (sauf s’il délivre du Coca-Cola !). En revanche, on veut bien admettre que les requins ne tuent que cinq personnes par an, alors que les éléphants en tuent cent, mais c’est que les éléphants partagent leur milieu avec les humains, pas les requins.

Ce qui est indéniable, c’est que le requin est exterminé pour la pire des raisons : en Asie, on apprécie... la soupe aux ailerons de requin ! Moyennant quoi, et pour cette bouffonnerie pseudo-gastronomique – la chair du requin est insipide, on doit fortement assaisonner la soupe –, ces animaux sont pêchés, on les mutile en leur coupant (à vif) leurs nageoires, et on les rejette tels quels à la mer, où ils saignent à mort. Atroce.

Le film est un peu narcissique : Rob Stewart, comme Michael Moore, se filme sans cesse, et à maintes reprises on le voit nageant voluptueusement en petit slip noir au milieu des poissons. Je ne dis pas que c’est désagréable. Pourvu qu’il ne donne pas d’idées à Michael Moore...

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Désengagement

Vendredi 11 avril 2008

Réalisé par Amos Gitaï

Titre original : Disengagement

Sorti En Italie (Festival de Venise) le 6 septembre 2007

Sorti en France le 9 avril 2008

Le contexte est historique : Israël évacue ses colons de la bande de Gaza, en 2005. C’est évidemment son armée qui est chargée de la besogne, et ce n’est pas facile, car il faut le plus souvent chasser de force les colons, au besoin en démolissant leurs maisons.

Ce passage n’occupe dans le film que la dernière demi-heure, je conseille donc aux spectateurs intéressés par l’histoire contemporaine d’arriver avec une heure de retard !

Auparavant, on aura dû subir l’histoire fumeuse d’une Française qui, pour une histoire d’héritage, doit se rendre en Israël afin d’y retrouver sa fille, qu’elle a dû abandonner vingt ans plus tôt dans un kibboutz, on ne saura pas pourquoi. Elle la retrouve, la réunion des deux femmes est chaleureuse, mais la fille fait partie des colons évacués. Drame.

C’est empesé, mal construit, alourdi par une interminable et inutile chanson que Barbara Hendricks psalmodie au chevet d’un mort ; Juliette Binoche surjoue et se ridiculise ; et l’on assiste une fois de plus à cette absurdité, courante au cinéma : une notaire française (Jeanne Moreau) et une héritière française (Juliette Binoche, donc), dans un cabinet notarial d’Avignon, ville française, procèdent à l’ouverture d’un testament... et ne parlent qu’en anglais !

C’est le plus mauvais film d’Amos Gitai, qu’on retrouve uniquement dans deux plans-séquences, sa spécialité, à la fin du film : les retrouvailles muettes des deux femmes, et l’expulsion des colons israéliens. Sans ces deux plans, très riches en personnages et en actions diverses, très organisés, magistraux comme chaque fois que Gitai se souvient qu’il est metteur en scène, il ne serait pas utile de voir Désengagement.

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Lady Jane

Lundi 14 avril 2008

Réalisé par Robert Guédiguian

Sorti en Allemagne (Festival de Berlin) le 13 février 2008

Sorti en France le 9 avril 2008

Pourquoi le ravisseur de Martin, le fils de Muriel, a-t-il tué l’enfant sous les yeux de sa mère lors de la restitution et n’a pas pris l’argent ? C’est la question que le spectateur se pose jusqu’à la révélation finale.

Le film est de Robert Guédiguian, cinéaste qui prend d’ordinaire Marseille pour cadre, mais qui, cette fois, étend sa zone d’action à Aix-en-Provence, où Muriel (la sempiternelle Ariane Ascaride) tient une boutique de parfumerie. Mais Muriel n’est pas ce qu’elle paraît : dans sa jeunesse, fille d’un truand incarcéré aux Baumettes, elle a fait partie, avec ses amis – et amants – François (Jean-Pierre Darroussin) et René (Gérard Meylan), d’un trio de petits malfrats qui se prenaient pour des révolutionnaires parce qu’ils avaient distribué dans un quartier populaire les manteaux de fourrure qu’ils avaient volés. Mais au cours d’une de leurs agressions, elle a froidement abattu un courtier, alors que le trio était censé « travailler » sans armes. En réalité, ce meurtre que ses compagnons n’ont pas compris était une vengeance : le courtier était un ancien gardien de prison, qui avait trempé dans l’assassinat de son père. Restée impunie pour ce crime, Muriel a néanmoins fait de la prison pour vol.

Bien des années plus tard, devenue commerçante supposée honnête, son fils Martin lui est donc enlevé. Au téléphone (omniprésence des portables dernier cri, dans cette histoire), on réclame une rançon. Mais, lors de la remise de la rançon, Martin est abattu par son ravisseur, qui disparaît sans emporter les deux cent mille euros demandés. Après bien des péripéties, on apprendra que l’assassin, qui n’est jamais nommé (joué par Yann Trégouët), n’est autre que le fils du courtier naguère tué par Muriel. Il s’agissait donc d’une deuxième vengeance.

Le trio reconstitué retrouve le jeune homme, qui raconte tout, et surtout ses hantises après avoir vu son père abattu d’une balle dans la tête. Et Muriel renonce à la troisième vengeance, la sienne.

Cette histoire, somme toute assez simple, est racontée de telle façon que le récit est finalement plus obscur que nécessaire. Par exemple, que fait le jeune homme dans la vie, et comment peut-il interroger Muriel à l’hôpital, après sa tentative de suicide, et sur ce ton officiel ? Est-il policier, juge d’instruction ? Pourquoi dit-il qu’il est tenté d’inculper Muriel (ce terme n’est plus en usage) pour sa tentative de suicide, ce qui est absurde, eu égard à la loi française ? On ne le saura pas. Le film relève donc de la tendance actuelle, qui tend à pallier les insuffisances du scénario via des greffons scénaristiques – et ils sont nombreux dans Lady Jane – dont la nécessité ne se fait pas sentir.

L’autre tendance serait dans les intentions politiques supposées du réalisateur, qui aurait voulu montrer les désillusions des anciens « révolutionnaires », dont l’un est devenu patron de boîte de nuit aux méthodes mafieuses, et l’autre capable à son tour de tuer de sang-froid les petits truands qui le menacent. Mais le spectateur n’est pas obligé de croire à ce type de fable, destiné à cette catégorie de critiques qui adorent voir partout des intentions cachées. En réalité, on est face à un film de gangsters, passable, mais qui ne bouleverse pas les normes.

Le style de Guédiguian, lui, a évolué : beaucoup plus de scènes de nuit, majoritairement filmées en caméra portée, sans oublier une musique de Vivaldi assez incongrue dans un film de ce genre !

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Sémantique

Mardi 15 avril 2008

Un oxymoron (ou un oxymore) est une expression composée de termes dont le sens s’oppose. Par exemple : un silence éloquent, ou le clair obscur.

Sur ce principe, on peut varier à l’infini. Par exemple : un bon film français.

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Passe-passe

Mercredi 16 avril 2008

Réalisé par Tonie Marshall

Sorti en Allemagne (European Film Market) le 7 février 2008

Sorti en France le 16 avril 2008

Une comédie sur Christine Deviers-Joncour et Roland Dumas ! Mais Tonie Marshall a eu l’intelligence de ne pas coller aux faits, sachant sans doute que les personnages réels inspirent plutôt l’antipathie. En fait, la femme interprétée par Nathalie Baye est assez proche de Françoise Dorléac dans L’homme de Rio, une fofolle survoltée que rien n’étonne et qui claque l’argent avec allégresse.

C’est sympathique, bien réalisé, bien dialogué, avec peut-être une petite baisse de régime dans la deuxième partie, mais on ne s’ennuie à aucun moment. Et surtout, contrairement à la plupart des comédies, on n’y a inclus aucun de ces moments d’attendrissement quasi-obligatoire, de ceux qui servent à râtisser large.

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Deux sœurs pour un roi

Lundi 21 avril 2008

Réalisé par Justin Chadwick

Titre original : The other Boleyn girl

Sorti en Allemagne (Festival de Berlin) le 15 février 2008

Sorti en France le 2 avril 2008

Le réalisateur, Justin Chadwick, est un Britannique de 40 ans. Et le titre français du film dit assez de quel roi il s’agit : Henry VIII, roi d’Angleterre. On retrouve notamment le jeune acteur Eddie Redmayne, qui a joué à la télévision dans plusieurs téléfilms autour d’Elizabeth (la première), et qui jouait le fils de Matt Damon dans le film de Robert de Niro Raisons d’État ; mais aussi Natalie Portman, Scarlett Johansson, Eric Bana et Kristin Scott Thomas. Qualité britannique, donc.

Eddie Redmayne

Eddie Redmayne

Le film raconte comment, via une banale histoire de fesses, l’Angleterre a changé de religion officielle ! Le père et l’oncle des sœurs Boleyn projetaient de mettre l’aînée, Anne, dans le lit du roi, pour en retirer gloire et argent, mais Henry VIII préféra d’abord Mary, plus effacée. Cependant, alors que celle-ci venait de mettre au monde le fils que le roi désirait tant (on se demande pourquoi : les filles peuvent régner, dans ce pays, et c’est d’ailleurs ce qui est arrivé, puisque c’est sa fille, la fameuse Elizabeth, qui lui a succédé), mais qui mourra trop tôt pour régner, le roi s’est désintéressé d’elle pour jeter son dévolu sur sa sœur, Anne, une belle garce, déjà secrètement mariée, mais qui refuse de coucher avec lui hors mariage. Voilà le roi obligé, pour l’épouser, de divorcer de sa femme espagnole, Catherine d’Aragon, et du coup, excommunié par le pape. D’où la création d’une Église à sa botte, l’anglicane, qui dure encore.

Enfin mariée, Anne met d’abord au monde une fille, Elizabeth, puis, de nouveau enceinte, fait une fausse couche, et perd l’espoir d’avoir un autre enfant, car, entre-temps, Henry s’intéresse à une autre femme, Jane Seymour, qu’il épousera aussi (il s’est marié six fois !). Anne tente de convaincre son propre frère, George, de l’engrosser, mais George n’y parvient pas, et il est dénoncé par sa femme jalouse.

Adultères et incestueux, même si l’acte n’a pas été consommé, Anne et George sont décapités. Seule Mary s’en tire bien, elle épouse un brave garçon et va vivre paisiblement à la campagne. Son fils, royal bâtard, ne règnera pas, c’est Elizabeth qui montera sur le trône, et pour longtemps. Bien que bâtarde elle aussi aux yeux des catholiques, et pas moins excommuniée par le pape, elle va régner quarante-quatre ans... et conserver l’Église anglicane, bien entendu.

Le film est beau, clair et bien interprété. Mais ces Tudors, tout de même... En comparaison, notre Louis XIV fait figure de p’tit gars bien tranquille.

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Rec

Jeudi 24 avril 2008

Réalisé par Jaume Balagueró et Paco Plaza

Sorti en Italie (Festival de Venise) le 29 août 2007

Sorti en France le 23 avril 2008

Encore un bon film espagnol, dû à Jaume Balagueró et Paco Plaza, (réalisateurs et scénaristes) et à Luis Berdejo (scénariste), quasi-inconnus chez nous.

La mode de la prise de vue en caméra portée, imposée au cinéma par les séries télévisées récentes (pas toutes : The shield, oui, mais certes pas Six feet under, qui était très classique et sophistiqué), se justifie surtout, comme ici, par les récits faits en « caméra subjective » dans les films d’action, tel que Cloverfield, récemment. Dans Rec, c’est donc le directeur de la photo qui jouera le rôle du caméraman, personnage qu’on ne voit jamais.

Rec

« Rec », abréviation de record (enregistrement), désigne ainsi le bouton idoine sur les appareils électroniques, caméras, caméscopes et magnétoscopes. Dans le cas présent, une équipe de télévision très réduite – la présentatrice, Angela, et son caméraman – doit filmer toute une nuit les activités d’une caserne de pompiers de Barcelone. Et tout ce que nous verrons de cette histoire provient de la caméra tenue par le coéquipier d’Angela. Lorsque les pompiers sont appelés dans un immeuble où l’on a signalé une vieille femme qui pousse des hurlements, l’histoire tourne mal, car il s’avère bientôt que la femme a contracté une maladie très contagieuse, et que ses morsures transmettent la maladie en quelques minutes. C’est le principe des morts-vivants de George Romero, à ce détail près que les contaminés de Rec ne semblent pas dévorer ceux qu’ils approchent, ils se contentent de les mordre et de leur transmettre l’agent infectieux. Autre nuance, et de taille, il ne s’agit nullement d’un film gore. Mis à part quelques plans, flous et bougés, de blessures infligées par les contaminés, qui vont se multiplier, aucune image ne peut « choquer » qui que ce soit. En revanche, la bande sonore est parfois très agressive.

Le scénario, qui amène avec intelligence et progressivement les scènes violentes, et ne fournit pas les causes du drame – mieux, la séquence de fin obscurcit plutôt le mystère –, ne comporte aucune faute de logique. Ainsi, lorsque le caméraman est tué puis Angela enlevée par un contaminé (image ci-dessus), le film s’arrête, et n’a donc pas de dénouement. Quant à la mise en scène, elle est irréprochable.

Le croirait-on ? Le film est de 2008, et déjà on tourne un remake aux États-Unis, avec Jay Hernandez, Quarantine, dont la sortie est prévue pour le 31 décembre. Le manque d’imagination hollywoodien tourne au ridicule.

*

Post-scriptum : le film Quarantine est sorti un peu partout à partir du 10 octobre... mais pas en France !

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Les citronniers

Vendredi 25 avril 2008

Réalisé par Eran Riklis

Titre original : Etz Limon

Sorti en Allemagne (Festival de Berlin) le 8 février 2008

Sorti en France le 23 avril 2008

Film dans la lignée de la plupart des films israéliens, c’est-à-dire qui met en cause avec sévérité la politique du gouvernement. On attend que les pays arabes, et pourquoi pas la France ?, se mettent à l’unisson.

Près de la frontière cisjordanienne, une veuve arabe vit de son verger, où poussent trois cents citronniers. Or le ministre israélien de la Défense emménage en bordure du verger, et les services de sécurité, estimant que les arbres pourraient dissimuler d’éventuels francs-tireurs palestiniens, exigent qu’ils soient abattus.

Le récit qui s’ensuit conte le recours que Salma, la propriétaire des citronniers, tente d’abord auprès du tribunal, puis de la Cour Suprême israélienne, laquelle rend un jugement mi-chèvre mi-chou, appuyé sur la loi votée à propos de l’Intifada, issue illustrant l’absurdité de la justice d’État : la maison du ministre se retrouve séparée du verger par le fameux mur de béton qui a tant fait parler de lui, ET les citronniers sont tous élagués à cinquante centimètres du sol ! Bien sûr, ils repousseront au bout de quelques années, et d’ici là, le ministre, dont la femme le quitte à la fin, ne sera plus en place, mais en attendant, l’injustice est patente.

Le scénario est parfois maladroit, encombré par des épisodes sentimentaux hors sujet, et attribuant à ce mince épisode un retentissement international, auquel on croit difficilement. Quant à la réalisation, elle est minimaliste. Une seule idée visuelle, un changement subtil d’éclairage, comme dans le Vertigo d’Alfred Hitchcock, semble suggérer qu’un certain baiser n’a eu lieu que dans l’esprit des personnages.

 

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Starko !

Vendredi 25 avril 2008

Réalisé par Karl Zéro et Daisy d’Errata

Pas sorti en salles (télévision et DVD uniquement)

Pas encore sorti en salle, ce film a été vendu avec un hebdomadaire, et passe à la télévision. Les deux précédents films de Karl Zéro étaient réalisés en collaboration avec Michel Royer, cette fois, la réalisation est très familiale, et c’est sa femme, Daisy d’Errata, qui lui a prêté main forte (non, elle ne s’appelle vraiment Daisy, ce serait trop beau, mais Marie-Laure, en fait), et leur fille fait une voix dans les chœurs.

Comme les deux premières productions de l’ex-animateur-producteur du Vrai Journal, il s’agit d’un montage d’archives, et elles sont copieuses ! Ont été sélectionnés les passages qui ridiculisent l’actuel président, et Dieu sait si, à la fois, c’était aisé, et si le choix a été cornélien, compte tenu de l’abondance de la matière !

Les textes, dits par un excellent imitateur, Michel Guidoni, sont de Karl Zéro lui-même, et il sait écrire, le bougre ! Il a d’ailleurs publié naguère un livre passé un peu inaperçu, et qui flinguait Le Pen.

On s’amuse, et bien des séquences filmées n’ont jamais été vues à la télévision. Le moins bon, celles, rares, qui concernent Chirac ; le meilleur, les interviews faites par des journalistes étrangers, et les apartés saugrenus. Attention : rien de sérieux sur la politique. Tout est sur le Sarkozy communiquant.

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Polar ?

Samedi 26 avril 2008

Les bourdes de France Inter sont célèbres et recherchées des gourmets. En ce moment passe sur ses ondes une publicité pour le DVD de Paranoid Park, que cette radio parraine. Et la pub en question en parle comme d’un « polar ». Admirable ! Ces gens n’ont pas vu le film qu’ils veulent vendre.

Rappelons que Paranoid Park raconte comment un garçon de seize ans a provoqué un accident sur une voie ferrée : un employé des chemins de fer, qui le poursuivait pour s’être introduit clandestinement et nuitamment sur l’espace de la gare, est tombé sur les rails et a été coupé en deux par un train qui passait à ce moment-là. La suite du film montre les affres intérieures du garçon, qui n’a parlé à personne de l’atroce événement. Où est l’histoire policière, dans tout cela ?

Mais tout est « polar », aux yeux des incultes pubeux. Patientez un peu, un jour, ils verront un polar dans Autant en emporte le vent, sous le prétexte que Scarlett a tué un soldat. Et pourquoi la crucifixion de Jésus ne serait-elle pas un polar ?

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Jeux de dupes

Lundi 28 avril 2008

Réalisé par George Clooney

Titre original : Leatherheads

Sorti aux États-Unis le 24 mars 2008

Sorti en France le 23 avril 2008

Le vrai titre, Leatherheads (« Têtes de cuir »), fait allusion au casque porté par les footballeurs.

Le monde a bien changé, depuis 1925. Le football amateur remplissait alors les stades, alors que le football professionnel se jouait devant des gradins vides de spectateurs. Un joueur professionnel en fin de carrière, Dodge Connelly (George Clooney, aussi réalisateur, et qui fait beaucoup dans l’autodérision), veut relancer son équipe en engageant un amateur jeune et célèbre, Carter Rutherford. Pourtant, ils finiront par jouer dans des équipes opposées. Sur ce mince canevas se greffe une seconde histoire, puisque Carter, héros de guerre, ne doit sa réputation nationale qu’à un malentendu ; or une journaliste a été chargée de déboulonner sa statue.

Après un début brillant, le film est truffé de passages où l’on s’ennuie terriblement. Une erreur de distribution (Renée Zellweger, actrice sans aucun attrait) n’arrange pas le film. Dommage, le dialogue est souvent brillant. Mais cela suffit d’autant moins qu’en dehors des États-Unis, les règles de ce football sont incompréhensibles.

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Jean-Daniel Cadinot

Mardi 29 avril 2008

Ici, on ne cultive pas le conformisme. C’est pourquoi je me permettrai ce que ne feront pas les journaux consacrés au cinéma : rendre un court hommage à un réalisateur de films pornos.

Jean-Daniel Cadinot est mort le 23 avril, d’un arrêt du cœur. Il avait 64 ans. Photographe homosexuel, il a commencé par publier des albums de photos consacrés à la beauté masculine (des jeunes gens exclusivement), avant de passer à la réalisation de films, il y a plus de trente ans. Résistant à toutes les pressions policières, il s’est fait une réputation mondiale de qualité.

Sur le blog de son site, exceptionnellement bien tenu (aucune faute d’orthographe ou de syntaxe), il a fait ses adieux à ses admirateurs le jour même de sa mort. Comme il accompagnait tous ses messages d’une citation, voici la dernière qu’on peut y lire : « Un phallus dressé est un symbole de vie, une croix est un symbole de mort ».

Les films pornos, à mon humble avis, donnent moins dans la pornographie que bien des films dits « normaux », parce que dénués d’hypocrisie. Et si je ne suis pas assez faux-cul pour me dire « choqué » au moindre mot de travers entendu sur les ondes, je le suis néanmoins davantage par une scène où l’on voit un type balancer une douzaine de coups de pied dans la poitrine de quelqu’un, avant de terminer par le visage – comme on le voit au cinéma trente fois par an – que par des gens qui s’envoient en l’air.

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Ca$h

Mardi 29 avril 2008

Réalisé par Éric Besnard

Sorti en France et en Belgique le 23 avril 2008

Film sans doute coûteux, mais on préférerait un petit film fauché avec un scénario plus clair. Après un début brillant, l’histoire devient vite incompréhensible. Dès lors, le spectateur décroche et se fiche de ce qu’il voit sur l’écran.

En revanche, on peut s’intéresser au générique de fin : il nous apprend en effet, entre autres détails indispensables (les cons disent « incontournables »), le nom du régisseur adjoint de la loge de Jean Reno ! Et c’est pour nous fournir de genre de précisions que les génériques dépassent maintenant les six minutes. Patience, bientôt, on nous donnera les noms des putes qui viennent détendre les acteurs entre deux scènes...

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Sites associés :    Yves-André Samère a son bloc-notes 125 films racontés

Dernière mise à jour de cette page le dimanche 29 mai 2016.