JPM - Films vus - Notules -  Octobre 2018

Notules - Octobre 2018

 

Plus courtes que les critiques, les notules traitent d’un ou plusieurs films, ou de sujets d’actualité en rapport avec le cinéma. Jusqu’en septembre 2004, elles provenaient de divers forums aujourd’hui disparus. Par la suite, elles s’en affranchissent et sont rédigées directement ici.

Œuvres : I feel goodNos bataillesEn mille morceauxDilili à Paris – Azur et Asmar – Voyez comme on danse – Embrassez qui vous voudrez – GirlJohnny English contre-attaque – Johnny English strikes again – Upgrade – Saw – Titanic – SauvageCold warZimna Wojna

Personnes citées : Benoît Delépine – Gustave Kervern – Jean Dujardin – Yolande Moreau – Michel Ocelot – Louise Michel – Natalie Dessay – Emma Calvé – Michel Blanc – Lukas Dhont – Victor Polster – David Kerr – Rowan Atkinson – Leigh Whannell – Leonardo DiCaprio – Camille Vidal-Naquet – Pawel Pawlikowski

I feel good

Lundi 3 septembre 2018

Réalisé par Benoît Delépine et Gustave Kervern

Sorti en Suisse (Festival de Locarno) le 11 août 2018

Sorti en France le 26 septembre 2018

Dès le début, on comprend que le personnage incarné par Jean Dujardin est à la fois un raté doublé d’un flemmard, qui n’a jamais travaillé. Il se réfugie dans la communauté d’Emmaüs où sa sœur Monique – jouée par Yolande Moreau – est secrétaire, qui veut bien l’héberger à condition qu’il travaille, mais Jean ne cesse de tirer des plans sur la comète, et, grâce à son baratin, parvient à convaincre huit compagnons, dont sa sœur, qu’il peut réaliser leurs rêves : devenir footballeur, actrice, être beau, et gagner beaucoup d’argent. Il parvient à les entraîner en Bulgarie, où il a contacté une clinique capable de les transformer au gré de leurs souhaits – tout cela étant de l’invention pure.

Hélas, il est victime d’un grave accident de la route, et, totalement défiguré, mais opéré par le chirurgien de la clinique, il se retrouve avec le visage de... l’abbé Pierre !

Le film, qui n’est pas parfait lui non plus, a été mal reçu par les critiques professionnels et par les spectateurs, qui le traînent dans la boue. C’est un peu excessif, même si on ne croit pas une minute à cette histoire. Mais elle colle à notre époque, où l’idéologie dominante ne vise qu’à l’enrichissement et au dédain des pauvres.

Jean Dujardin, qui a grossi (volontairement) et pris de l’âge, est parfait dans cette caricature de lui-même.

En bref : à voir.Haut de la page

Nos batailles

Jeudi 4 octobre 2018

Réalisé par Guillaume Senez

Sorti en France (Festival de Cannes) le 13 mai 2018

Sorti en France le 3 octobre 2018

On devine que le réalisateur est un débutant, car il a tous les tics des cinéastes inexpérimentés : scènes trop longues, prises de vues en gros plans permanents, caméra gesticulante, tout ce qui sent l’amateurisme et qui constitue l’anti-cinéma, en faisant le contraire de ce qui EST le cinéma : le choix entre ce qui doit être conservé et ce qui doit être écarté. Le seul point positif est dans l’absence de musique, puisqu’on ne peut en entendre qu’au moment du générique de fin.

Le scénario est banal, on a vu tout cela dix mille fois, en mieux. Ajoutons que le personnage principal, qui est une sorte de contremaître dans un entrepôt géant et a du mal à donner des ordres à son équipe d’ouvriers, refuse une promotion à Toulouse, avec un salaire supérieur, alors qu’il travaille et habite... à Calais ! Qui croirait une fable pareille ?

En bref : inutile de se déranger.Haut de la page

En mille morceaux

Lundi 8 octobre 2018

Réalisé par Véronique Meriadec

Sorti aux États-Unis (Global Motion Picture Awards) le 14 février 2018

Sorti en France le 3 octobre 2018

Les cartons précédant le générique de fin plaident pour une certaine loi Taubira, adoptée en 2014, et qui veut instituer une nouvelle forme de justice, intitulée « justice restaurative » (sic), consistant à favoriser l’entrevue entre un assassin et la famille de sa victime, en espérant on ne sait quel « pardon ». L’ennui, ici, est que, dès le début, nous allons avoir droit à l’autoplaidoirie du personnage de Serge Riaboukine, qui a tué vingt-cinq ans plus tôt un jeune garçon (et l’a violé), parce que lui-même a été abondamment violé dans son enfance. Ayant purgé sa peine, donc libre, il se laisse convaincre par la mère de sa victime, qui voulait le rencontrer pour avoir une explication.

Cette entrevue est assez violente en paroles, et s’achève lorsque ladite mère veut bien passer l’éponge si l’assassin accepte de... se pardonner à lui-même !

Le film déroute par son propos, et surtout par sa réalisation, faite en suivant les canons actuels de la mode cinématographique : tout filmer en gros plans et en caméra portée, procédé envahissant et injustifiable, qu’aucun grand maître du cinéma n’a jamais utilisé, et qui fait fuir le public (nous étions trois spectateurs dans la salle, après seulement quatre jours d’exclusivité).

Le temps paraît bien long, face à ce pensum. On peut voir le film pour les deux acteurs, mais guère plus, car les bonnes intentions ne suffisent pas.

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Dilili à Paris

Mercredi 10 octobre 2018

Réalisé par Michel Ocelot

Sorti en France (Festival du film d’animation) le 11 juin 2018

Sorti en France le 10 octobre 2018

Dilili est une petite fille canaque, qui a été forcée de venir en métropole pour figurer dans la très spéciale Exposition Universelle de 1889, où les « sauvages » venus d’outre-mer servaient d’attraction dans des « villages indigènes ». Or Dilili est le contraire d’une sauvage, car elle a été très éduquée par son institutrice, Louise Michel, qui avait été déportée en Nouvelle-Calédonie. Elle s’échappe en compagnie d’un jeune et charmant livreur, Aurel, qui la conduit partout avec son triporteur et lui fait connaître toutes les célébrités de l’époque. Or Dilili veut enquêter sur les disparitions de fillettes de son âge, et elle va appprendre que ces enfants ont été enlevés, par des malfrats qui se surnomment les Mâles-Maîtres. Bien entendu, elle va découvrir leur secret et délivrer les victimes. Précisons que cet épisode est purement fictif.

Michel Ocelot n’a pas utilisé sa méthode habituelle, qui consistait à tout dessiner. Ici, seuls ses personnages sont dessinés, et incrustés sur des photos de Paris. En outre, son équipe est très fournie, et comprend même Natalie Dessay, qui fait la voix d’une cantatrice de l’Opéra, Emma Calvé, qui avait créé Carmen.

C’est très beau à voir, et seuls les grincheux font la moue. Si le film n’est pas aussi parfait qu’Azur et Asmar, il est néanmoins à voir.

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Voyez comme on danse

Lundi 15 octobre 2018

Réalisé par Michel Blanc

Sorti en France (Festival d’Angoulême) le 22 août 2018

Sorti en France le 10 octobre 2018

C’est une sorte de suite d’Embrassez qui vous voudrez, qui date de 2002. Les personnages ne sont pas très différents de ce qu’ils étaient cette année-là, mais le public et surtout les critiques professionels ne marchent pas. Pourtant, les dialogues surtout sont vifs et incisifs, et il est permis de ne pas faire preuve de mauvaise humeur en descendant ce film qui est bien réalisé et bien joué. Évidemment, tout cela est facile et sans surprise, mais Michel Blanc fait ce qu’il sait faire, ce qui n’est pas si courant.

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Girl

Mardi 16 octobre 2018

Réalisé par Lukas Dhont

Sorti en France (Festival de Cannes) le 12 mai 2018

Sorti en France le 10 octobre 2018

Un film terriblement déprimant ! Lara, 15 ans, est né garçon, mais veut devenir fille, et, ce qui corse l’anecdote, également danseuse. Surveillé par son père (pas de mère dans cette histoire), qui veille sur lui mais ne le contrarie en rien, et par des médecins, il se bourre d’hormones tout en travaillant dur afin de soumettre son corps à une discipline pas faite pour lui. Par ailleurs, cette sollicitude constante l’agace, et il refuse d’admettre que cela ne va pas si bien qu’il tente de le faire croire.

Le drame a lieu lorsqu’il s’émascule lui-même avec des ciseaux. Il ne meurt pas, on l’hospitalise, et la dernière scène le montre devenu femme – mais pas forcément danseuse.

La scène la plus intéressante mais pas forcément nécessaire se passe quand ses camarades filles le tarabustent en lui faisant remarquer qu’elles-mêmes se montrent nues lors des douches, alors que lui fait tout pour cacher son sexe, qu’elles n’ont encore pas vu. Il finit par céder.

Ce personnage inhabituel est joué par un garçon de quinze ans, qui en a désormais seize, Victor Polster, qui a été choisi parce qu’il était capable de danser. On ne le voit nu que par deux fois, très fugitivement. Il exprime très bien son désarroi, et ne manque pas de talent. Il a reçu à Cannes le prix d’interprétation. Le film est le premier de son réalisateur.

En bref : à voir à la rigueur.Haut de la page

Johnny English contre-attaque

Jeudi 18 octobre 2018

Réalisé par David Kerr

Titre original : Johnny English strikes again

Sorti en Colombie, en Malaysia et en Uruguay le 12 mai 2018

Sorti en France le 10 octobre 2018

Ce film est le troisième reprenant le personnage créé par Rowan Atkinson, spécialisé dans les rôles de maladroit prétentieux, et je trouve qu’il est le meilleur des trois. Le point de départ est très drôle : on a piraté le site des agents secrets du Royaume-Uni, dont les identités ont été dévoilées. Seul remède : rappeler un ancien des services secrets, que tout le monde a oublié, et le mettre sur l’affaire pour qu’il résolve ce petit problème. Or ce Johnny English est l’antithèse de James Bond, en ce qu’il ne connaît que le vieux matériel et ne cherche pas à se mettre au goût du jour.

Les absurdités abondent, et l’on s’amuse, donc le but est pleinement rempli. Un film comique qui fait rire ! Mais on ne voit jamais cela en France...

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Upgrade

Lundi 22 octobre 2018

Réalisé par Leigh Whannell

Sorti aux États-Unis (South by Southwest Film Festival) le 10 mars 2018

Sorti en France le 3 octobre 2018

Film australien, dirigé par un acteur scénariste (de Saw et quelques films du même genre), qui plante au centre de l’action un mécanicien bricoleur, Grey, lequel déteste la technique actuelle. Mais quand, à la suite d’un accident de voiture, sa femme est abattue par des bandits, Grey ne pense plus qu’à la venger. Hélas pour lui, l’accident l’a laissé tétraplégique. Par chance, un chercheur milliardaire – qui ressemble à Leonardo DiCaprio au temps de Titanic – lui propose l’implantation d’un circuit électronique qui prendra le contrôle de tous ses organes, lui permettant ainsi de marcher, de se battre, et ainsi de suite.

Le récit est assez violent, même trop, et certaines séquences de pure violence sont interminables.

Tous les acteurs sont inconnus.

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Sauvage

Vendredi 26 octobre 2018

Réalisé par Camille Vidal-Naquet

Sorti en France (Festival de Cannes) le 10 mai 2018

Sorti en France le 29 août 2018

Beaucoup de critiques professionnels ont couvert ce film d’éloges. Moi, je l’ai trouvé déprimant et laid. Le personnage central, jamais nommé, qui a vingt-deux ans, se prostitue, alors qu’il ne recherche que l’amour. Évidemment, il se fait rejeter de partout. Mais lorsqu’un homme un peu différent lui offre son affection, il le rembarre : « Tu es vieux, tu es moche, je t’emmerde ». Alors, il vit dans la rue, boit l’eau des caniveaux et se lave avec. Puis le type qui lui offrait son affection le persuade de voir un médecin de ses amis, qui prend au sérieux son état de santé alarmant et le remet sur pied. Il accepte alors de suivre ce nouveau (et seul) copain au Canada, où celui-ci émigre.

Mais, vu le style du film, l’abondance des scènes dont certaines sont irregardables, et le rejet permanent de tout qui caractérise cet anti-héros, on se doute bien qu’il va replonger. Et, en effet, au moment de prendre l’avion, il s’enfuit et va se réfugier dans les bois, où il mourra probablement.

Dans la grande salle où j’ai vu le film, qui d’ailleurs n’a aucun succès, nous n’étions que deux spectateurs. Pas étonnant, surtout sachant que tout a été tourné en caméra portée, ce qui rend le résultat désagréable à regarder.

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Cold war

Lundi 29 octobre 2018

Réalisé par Pawel Pawlikowski

Titre original : Zimna Wojna

Sorti en France (Festival de Cannes) le 10 mai 2018

Sorti en France le 24 octobre 2018

Tous les critiques ont rivalisé d’enthousiasme à propos de ce film, alors qu’il est très inférieur à la précédente production du même réalisateur, Ida – qui avait gagné à Hollywood l’Oscar du meilleur film étranger –, plus ramassé, plus concis, visant mieux et atteignant son but. Ici, on s’éparpille en racontant l’histoire, sur plusieurs années, d’un couple de musiciens polonais (pianiste et chanteuse) qui, après un début de carrière en Pologne, et qui avait rencontré un certain succès en chantant des airs populaires, s’échappe de la Pologne après qu’on leur a imposé de chanter les louanges de Staline. Ils continuent leur périple à Berlin, puis à Moscou, puis en Yougoslavie, et enfin à Paris. Leur fin aura lieu lorsqu’ils se suicident ensemble, sans que l’on comprenne vraiment pourquoi. En fait, cette histoire est inspirée de celle des parents du réalisateur...

Le style est le même que pour Ida : noir et blanc, format 1,37:1 (que les ignares qualifient de « carré »), rares mouvements de caméra. Mais les personnages sont beaucoup plus nombreux, et il y a beaucoup de musique. Mais le film est court, tant mieux. Et la réalisation est bonne.

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Sites associés :    Yves-André Samère a son bloc-notes 125 films racontés

Dernière mise à jour de cette page le lundi 29 octobre 2018.